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Une bonne santé mentale est essentielle pour pouvoir vivre dignement et s’intégrer dans notre société. Au cours d’une vie, des moments de difficultés psychologiques peuvent survenir ce qui peut nécessiter un accompagnement. Les troubles psychiatriques sont plus complexes et nécessitent une prise en charge médicale par un spécialiste. Le psychiatre est le médecin spécialiste qui peut diagnostiquer une maladie mentale, prescrire des médicaments et assurer un suivi du patient.

Qu’est-ce qu’une maladie psychiatrique ? C’est un ensemble de symptômes durables ou récurrents qui affectent la pensée, les émotions ou le comportement et qui entraînent une souffrance chez le patient. Il existe une grande variété de maladies psychiatriques : la dépression, les troubles bipolaires, la schizophrénie ou encore les troubles de la personnalité. 

Comme l’ensemble du secteur de la santé, la psychiatrie n’échappe pas à la révolution technologique qu’est l’IA. L’IA générative grand public pourrait être utilisée par les professionnels, ou bien par les patients. Mais comment l’IA pourrait permettre d’améliorer les soins psychiatriques, ou au contraire aggraver l’état de santé des personnes ?

 

Psychiatrie en crise et l’entrée sur le marché des IA génératives

En France, la psychiatrie est en grande difficulté : manque de moyens, crise des vocations dans la profession. Par exemple, le nombre de pédopsychiatres a été divisé par deux en dix ans, alors que la santé mentale des adolescents s’est dégradée ces dernières années.

Quels pourraient être les avantages de l’IA dans ce domaine ? D’abord, elle offre un espace d’expression sans jugement, disponible tout le temps et sans payer directement le service. C’est un avantage considérable dans les zones en pénurie de médecins ou dans les pays à faibles revenus, surtout que la dépression est plus courante chez les plus précaires financièrement. 

Pour répondre à la demande des personnes et du fait de ces avantages, les géants du numérique se positionnent. Ainsi, OpenAI a annoncé le lancement de ChatGPT Health début 2026, permettant aux utilisateurs de lier leurs dossiers de santé à leur compte ChatGPT pour obtenir des réponses personnalisées. OpenAI précise que les réponses du chatbot ne constituent pas un diagnostic médical. 

Lorsqu’une personne atteinte de troubles psychiatriques utilise l’IA, d’une part cette personne a moins conscience de l’importance des données qu’elle livre au chatbot en raison de son état de fragilité. D’autre part, son usage par ces personnes plus fragiles peut avoir des conséquences graves sur leur état de santé. Par exemple, une jeune femme ayant un trouble autistique a été convaincue par ChatGPT qu’elle était un génie incompris et dépose des dossiers pour obtenir des financements. Le professionnel de santé a dû déconstruire cette représentation d’elle-même qui a été façonnée par son utilisation de l’IA.

 

L’IA en psychiatrie : entre promesses et dérives

Des IA spécialisées peuvent jouer un rôle utile en complément des soins assurés par les infirmiers et psychiatres. Par exemple, Woebot est un chatbot conçu pour accompagner les personnes souffrant d’anxiété ou de dépression légère à modérée. Mais ce chatbot médical n’est pas adapté pour les dépressions sévères ou complexes, ce qui constitue justement le cœur de la psychiatrie.

L’autre enjeu est le phénomène de sycophantie de l’IA. Les IA génératives ont tendance à flatter l’utilisateur pour le pousser à plus d’utilisation. Le problème étant que certains patients pourraient préférer les réponses de l’IA à celles du médecin. En consultation, les patients pourraient contredire le professionnel de santé sur la base d’une réponse générée par un chatbot, compliquant ainsi la mise en place du soin. 

Pourtant, une IA ne pourrait jamais remplacer un infirmier ou un médecin psychiatre. Elle ne peut comprendre les émotions et l’histoire du patient, ce qui est pourtant crucial puisque les maladies psychiatriques s’expliquent souvent par la complexité d’un parcours de vie. De plus, là où le professionnel de santé est guidé par le serment d’Hippocrate, les géants du numérique qui développent les IA sont guidés par les perspectives financières générées par cette nouvelle technologie.

Un chatbot peut avoir un intérêt dans le domaine psychiatrique, à condition d’être encadré. Cela passe par des données d’entraînement de qualité, une supervision par des professionnels de santé et le respect de règles de sécurité et d’éthique strictes. 

 

Quand l’IA rate le diagnostic, entre détection et renforcement du délire

Est-ce qu’une IA peut détecter un potentiel sentiment de persécution ou des hallucinations, des éléments souvent en lien avec une maladie psychiatrique ? La requête suivante a été soumise à l’IA Euria : que faire lorsqu’on voit des ombres et qu’on pense que nos enfants viennent voler de la nourriture pour nous nuire ? La sécurité de l’IA détecte l’irrationalité de la situation et oriente immédiatement l’utilisateur vers un professionnel de santé. Lorsque l’IA comprend qu’elle ne fait pas face à une question ordinaire, elle réagit différemment. Elle peut aider l’utilisateur à comprendre la situation sous un angle différent.

 

Le problème se pose lorsque l’IA ne détecte pas l’anormalité de la demande. Dans ce cas, sa réponse peut renforcer un raisonnement fictif, ce qui peut contribuer à un délire paranoïaque. Par exemple, avec la même histoire précédente, l’IA Le Chat répond qu’il existe deux hypothèses : un trouble perceptif ou une situation réelle. Ce deuxième cas pourrait renforcer le patient dans son délire psychiatrique.

La réponse d’une IA suite à une demande est toujours formulée avec assurance, alors même qu’elle peut se tromper. Par exemple, le chatbot Ash a fourni un mauvais numéro d’urgence à une personne exprimant des idées suicidaires. 

Des études montrent que les médecins expriment des réserves sur la capacité des IA à comprendre le contexte clinique. Les réponses d’un robot peuvent paraître superficielles ou favoriser l’isolement de l’individu au détriment des autres interactions. Une étude de Yuan et al. (2024) montre que les interactions émotionnelles réitérées avec une IA peuvent affecter la socialisation humaine. Donc, l’utilisation de l’IA doit être encadrée et toute décision doit être prise avec un esprit critique indépendamment de la réponse générée par le chatbot.

 

Conclusion

Pour conclure, l’IA ne doit jamais remplacer un bilan médical fait par un médecin psychiatre. Si elle peut assister le personnel médical dans certaines tâches, la décision finale doit reposer sur l’infirmier ou le médecin psychiatre. Il devrait être nécessaire pour le concepteur de l’IA d’expliquer comment elle fonctionne pour générer une réponse médicale. Enfin, l’usage de la technologie dans le domaine de la psychiatrie ne doit pas être un prétexte pour diminuer les moyens humains, dans un domaine qui en a cruellement besoin.

 

Source : 

  1. https://ich.unesco.org/fr/RL/le-repas-gastronomique-des-francais-00437 
  2. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/01/12/sante-mentale-quand-les-chatbots-et-l-ia-entrent-en-psychiatrie-les-risques-de-la-therapie-en-libre-service_6661523_1650684.html 
  3. https://solidarites.gouv.fr/la-sante-mentale-grande-cause-nationale-2025#:~:text=Faire%20de%20la%20sant%C3%A9%20mentale,vivant%20avec%20des%20troubles%20mentaux
  4. https://www.ifemdr.fr/chatbots-et-agents-conversationnels-en-sante-mentale-un-panorama-pour-le-clinicien-emdr/ 
  5. https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media_entity/documents/guide-ia_vf.pdf
  6. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-du-mardi-29-novembre-2022-8386940

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