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La course à pied, connaît un essor spectaculaire depuis plusieurs années. L’avènement des réseaux sociaux et des plateformes comme Strava a transformé ce sport en un véritable terrain de jeu numérique. Les coureurs y partagent leurs itinéraires, leurs performances et leurs records, créant une culture de la comparaison et du dépassement de soi.

Mais au-delà du partage, la course repose sur une compréhension fine des terrains, montées, descentes, neige, chaleur ou course de nuit, et une maîtrise totale de l’alimentation et du ravitaillement. 

L’ultra-trail, qui commence à partir de 80 km, incarne cette exigence extrême. Parmi les épreuves mythiques : la Diagonale des Fous, la Course des Templiers, et bien sûr l’UTMB, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc.

La révolution des données dans la performance

Depuis peu, l’analyse de données s’est imposée comme un facteur clé dans la performance des coureurs d’élite. Ce ne sont plus les capacités physiques stratosphérique seules qui distinguent les champions, mais leur aptitude à comprendre et exploiter leurs data : fréquence cardiaque, puissance, VO₂ max, rythme de récupération, ou encore répartition énergétique.

Des marques comme Adidas collaborent avec des data scientists de l’Institut National du Sport (INSEP) pour modéliser le corps humain comme un système d’ingénierie de performance. L’enjeu n’est plus uniquement d’atteindre des performances records, mais aussi d’éviter les blessures, d’adapter les plans d’entraînement et de mieux comprendre les limites physiologiques.

UTMB 2025 : quand les chiffres redessinent la montagne

L’édition 2025 de l’UTMB a marqué un tournant dans l’histoire du trail. À Chamonix, Joseph Mestrallet, fondateur d’Enduraw, a transformé son approche scientifique en véritable laboratoire de la performance. Ses algorithmes modélisent la course en intégrant des milliers de données : consommation d’oxygène, dénivelé, altitude, température, profil énergétique et gestion du pacing.

Chez les femmes, Ruth Croft a remporté l’épreuve grâce à une stratégie parfaitement calibrée : départ mesuré, allure économique, accélération progressive. Une victoire méthodique, où chaque geste semblait calculé.

Chez les hommes, Tom Evans, après deux abandons consécutifs, a renoué avec le succès grâce à une gestion réaliste de ses ressources, orchestrée par la même équipe. Selon certaines analyses, les deux athlètes ont couru à la manière de « bolides calibrés », chaque watt dépensé étant anticipé à l’avance.

Cette édition illustre une nouvelle ère : celle des athlètes augmentés par la donnée. Comme en Formule 1, les plans de course sont simulés, ajustés et optimisés, parfois en temps réel.

L’instinct face aux algorithmes

Pourtant, cette place grandissante des chiffres fait débat. Des coureurs comme Baptiste Chassagne dénoncent le risque d’enfermement : « Les tableaux Excel, c’est bien pour l’assistance, mais en course, ça peut devenir une prison ». L’école du feeling continue de défendre une approche intuitive fondée sur l’écoute du corps, la gestion mentale et la lecture du terrain.

Des légendes comme François D’Haene ou Kílian Jornet refusent d’abandonner cette part d’instinct, préférant s’appuyer sur leurs sensations, quitte à improviser. Pour ces athlètes, la question n’est pas là, la montagne est seulement un partenaire.

Trouver l’équilibre

Opposer les données et l’instinct n’aurait pas de sens. La clé réside dans l’équilibre entre les deux approches : utiliser la science pour prévenir les erreurs sans nier l’importance de l’humain. La donnée aide à modéliser la performance, mais c’est la sensibilité du coureur qui lui permet de s’adapter dans l’imprévu.

L’enjeu de demain sera également éthique : comment gérer les données personnelles, parfois liées à la santé, que les athlètes partagent avec des applications, des marques ou des laboratoires ? Le débat ne fait que commencer.

Vers une course augmentée

L’avenir de la data en course à pied ne se limite pas à l’entraînement. Les innovations matérielles, comme les chaussures Adidas 4DFWD imprimées en 3D, s’appuient sur des centaines de milliers de points de données pour optimiser la propulsion et l’amorti. La boucle est bouclée : de la mesure à la performance, du corps à l’objet.

Entre intuition et algorithmes, l’ultra-trail s’avance vers une forme d’harmonie inédite : une alliance du muscle et de la donnée, où la montagne reste la seule vraie juge.

Sources :

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