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Image générée par IA

L’actrice Tilly Norwood fait parler d’elle depuis quelque temps, pourtant, cette comédienne n’existe pas, elle est la création 100% numérique d’une intelligence artificielle (IA). Eline Van der Velden, sa « créatrice » et patronne d’une firme d’IA,  à bien l’intention d’en faire « la prochaine Scarlett Johansson ou Natalie Portman ».

Essor de l’IA dans le monde du cinéma

L’arrivée de l’IA sur les plateaux de tournages bouleverse le monde du cinéma. D’abord utilisée pour diverses tâches techniques telles que les effets spéciaux, la reconstitution d’images, l’IA s’est progressivement implanté dans les différentes étapes de la création cinématographique. 

Aujourd’hui, presque 70% des professionnels utilise l’IA pour la production et 45% en post-production. L’IA générative, plus récente, est particulièrement utilisée puisque 77,5% des professionnels y ont recours de manière quotidienne, régulière ou ponctuelle. 

L’IA est perçue comme un nouvel outil créatif contribuant à la scénarisation, à la direction artistique et comme nous le verrons, la création d’acteurs virtuels comme Tilly Norwood.

Tilly Norwood : l’actrice générée 100% par IA 

Depuis son apparition sur les réseaux sociaux, de Tilly Norwood attire autant la curiosité que la controverse. Décrite comme une jeune actrice britannique fictive, vivant à Londres et dispose d’un compte Instagram sur lequel la totalité des publications sont générées par IA et pourtant elle compte aujourd’hui presque 65 000 abonnés. 

L’initiative de sa « créatrice », Eline Van der Velden, inquiète. Derrière l’innovation technologique poussée par l’IA générative se pose une question : jusqu’où est-il possible d’aller dans la créations d’acteurs virtuels ? 

Réaction des acteurs : entre colère et inquiétude 

L’apparition de cette actrice a provoqué une vague d’indignation à Hollywood. En effet, en 2023, les acteurs américains avaient fait grève craignant d’être « remplacés par des machines » et inquiets que l’IA puisse répliquer leur image et même leur voix, ce qui avait abouti à un accord interdisant à l’IA d’utiliser leur travail sans leur consentement. 

Pourtant, le modèle de Tilly Norwood aurait été entraîné à partir de travaux d’acteurs réels, sans une quelconque autorisation ni même rémunération. Mais dans un communiqué de septembre 2025, le syndicat des acteurs la SAG-AFTRA (Screen Actors Guild-American Federation of Television and Radio Artists) affirme que « la créativité est, et doit rester, centrée sur l’humain ».

Plusieurs acteurs ont notamment réagi. L’actrice Mara Wilson dénonce un vol de visages de centaines de femmes pour créer cette actrice IA, estimant qu’il s’agit d’un vol d’identité. Aussi, l’actrice Whoopi Goldberg évoque, quant à elle, une concurrence déloyale : « le problème, c’est qu’on se retrouve soudainement face à quelques chose qui a été créé avec 5 000 acteurs. On y retrouve l’attitude de Bette Davis, les paroles de Humphrey Bogart… C’est un avantage un peu injuste ».

Face aux nombreuses critiques reçues, la créatrice de Tilly Norwood, Eline Van der Velden se défend en disant qu’elle ne voit pas l’IA comme un substitut à l’humain mais plutôt comme un nouvel outil. Étant elle même actrice, elle estime que « rien, et encore moins un personnage d’IA, ne peut altérer le talent ou le plaisir de la performance humaine ». 

Au contraire, elle voit l’IA comme un atout majeur pour l’industrie cinématographique et ne compte pas s’arrêter là. Elle entend bien créer une quarantaine d’acteurs numériques, car selon elle, « la prochaine génération d’icônes culturelles sera des stars qui ne se fatiguent jamais, ne vieillissent jamais et peuvent interagir avec les fans ».

Défis juridiques et éthiques : l’entraînement des acteurs virtuels et droits d’auteur sur les données utilisées

Le développement et le déploiement rapide de l’IA générative pose des enjeux majeurs de droit d’auteur et de transparence. Ces technologies reposent sur des ensembles massifs de données, souvent composés d’oeuvres protégées.

Le machine learning vise à entraîner un modèle à partir de ces données afin qu’il puisse reproduire ou créer des contenus cohérents comme des visages, des expressions, des voix (voice-cloning) ou encore des dialogues comme dans le cas de Tilly Norwood. 

Le problème réside dans l’origine de ces données. En effet, de nombreux modèles sont entraînés avec des films, des oeuvres protégées, servant de données d’entraînement et souvent sans autorisation des titulaires, ne respectant pas les droits d’auteur, pouvant conduire à des désaccords avec les acteurs ayant vu leurs données utilisées sans consentement. 

La création par l’IA de contenus soulève des questions sur la responsabilité juridique et la protection des acteurs, notamment le droit à l’image et à la voix dans un environnement numérique. Ces débats soulignent l’urgence de trouver un équilibre entre l’innovation et le respect des droits d’auteur et des droits numériques dans l’industrie cinématographique.

Face à ces enjeux, les régulateurs européens militent pour plus de transparence sur les jeux de données et pour la mise en place de mécanisme de rémunération voire de compensation des créateurs dont les oeuvres servent pour l’entraînement des IA génératives.

L’IA : un progrès pour le septième art ? Un équilibre à trouver

Sur le plan économique, l’IA présente un avantage dans la réduction des coûts de production,  optimisation du temps et des ressources, analyses prédictives du succès commercial d’un futur projet ou des tendances du public. 

Le cas de Tilly Norwood illustre à la fois un fort potentiel de créativité mais aussi des dérives potentielles d’une technologie encore mal encadrée. Si l’IA peut être un formidable outil d’innovation, il est essentiel de protéger la créativité, éviter la standardisation des oeuvres et l’effacement des vrais artistes.

Sources :

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