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Partie 2 : Les conséquences économiques de cette libéralisation
Avec l’avènement du programme de libéralisation des extensions internet, beaucoup s’interrogent sur la réussite à long terme du projet de l’ICANN. L’engouement fait -a priori- l’unanimité comme en témoignent les 1 930 candidatures initiales. Néanmoins, les conséquences tant positives que négatives sont nombreuses : économiques, juridiques, mais aussi sociales. Le présent article a pour but de condenser et d’analyser, en particulier, certaines de ces conséquences économiques. 

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Crédits photo : http://www.netissime.com

Le premier article de ce dossier évoquait notamment la multiplicité des candidatures pour une extension (ex : « .app », « .love »). Après avoir passé le filtre de l’évaluation initiale, ces extensions font l’objet de pourparlers dans le but d’un accord entre les différents candidats. Si cette tentative est infructueuse, un des modes de résolution sera le mécanisme des enchères dont la somme finale reviendra à l’ICANN.
Le nom de domaine est l’un des éléments clés de la réussite de l’e-commerce, et l’intérêt des nouvelles extensions réside à l’évidence dans la création de valeur que cela représente. Chacun mesure aujourd’hui l’importance des noms de domaine, la contrepartie d’un tel investissement étant une visibilité accrue sur Internet et donc une meilleure communication.
Mais dans quelle mesure les sommes engagées dans ce processus d’acquisition (frais de dossier, enchères si nécessaire, frais d’entretien…) correspondent-elles à la valeur « intrinsèque » du nom de domaine ? Il n’est pas évident d’augurer du succès tant attendu de ces nouvelles extensions avant leur lancement ; mais il est possible d’envisager quelles sont les causes et potentiellement les effets de l’emballement autour de ce projet.
Précédemment abordé, la saturation du marché rend extrêmement difficile la création d’une adresse simple, efficace et nouvelle dans les extensions les plus usitées : « .com » principalement. Or, c’est là un élément fondamental pour une communication réussie. En effet, on remarque une généralisation de la mention du nom de domaine dans les publicités. Le nom de domaine devient un vecteur de publicité et est même au centre de certaines campagnes (ex : devenezvousmeme.com, personnalisation de la canette de soda par Coca-Cola…). A cela s’ajoute l’assurance, pour les titulaires de marque, de ne plus craindre les « events squatting » lors du lancement d’un nouveau produit en réservant à l’avance un nom de domaine dans l’extension qu’ils gèrent. On aborde ici la question de l’indépendance des propriétaires de marques qui pourront choisir eux-mêmes un « back-end operator » et ainsi organiser la gestion technique.
Dans cette même optique de communication et promotion, l’efficacité et l’efficience du marketing de niche augmenteront sans aucun doute en permettant, par exemple, à de « petits » acteurs tels que des régions et des villes d’être sensiblement plus « présents » sur le web grâce à des domaines plus précis et sectorisés (ex : « .alsace », « .paris »…).
Outre l’atout de communication, ces nouvelles extensions apportent des possibilités supplémentaires de services pour certaines catégories d’acteurs ; par exemple celles plus sensibles aux tentatives de phishing. On pense notamment à « .bank » qui devrait permettre de limiter l’accès aux acteurs « légitimes » du secteur bancaire et ainsi de garantir aux clients l’authenticité du site ou des messages reçus.
En sus de ces différents aspects, cette remodélisation du marché va pousser les acteurs à modifier leurs stratégies. S’il pouvait s’avérer sensé d’enregistrer auparavant de multiples noms de domaine pour se protéger, cette méthode ne serait pas raisonnable dans le cadre des nouvelles extensions. Cela pouvant devenir très coûteux pour des TPE ou PME. Il sera donc nécessaire pour chacun d’opter pour la stratégie de la surveillance afin de ne pas assister à un étiolement de sa marque. Notons, qu’il existe également le second marché, c’est-à-dire celui de la vente des noms de domaine déjà existants, comme alternative pertinente…sauf si Yahoo décide de vendre ses « vieilleries » à prix d’or !
Concernant les « simples » internautes, rien n’est gagné quant à leur adoption de cette nouvelle donne. Au vu des investissements engagés par certains, on peut souhaiter qu’ils s’approprient totalement ces nouvelles extensions et renouvellent les usages de la navigation internet. L’AFNIC envisage cependant deux autres scénarios « pessimistes » : soit les internautes se perdent face à la profusion de l’offre et ne modifient pas leurs comportements, ce qui renforce les extensions historiques ; soit la confusion engendrée par les nouveaux TLD pousse les internautes à délaisser les noms de domaine et à accentuer l’utilisation des moteurs de recherche.
Cette « mise à l’échelle » de l’Internet permet donc une mise en valeur de la pluralité et de l’abondance des contenus qui y sont présents. Néanmoins, cette croissance du « réseau des réseaux » ne se fait pas sans disparités. Les coûts trop élevés pour certaines extensions vont foncièrement empêcher certaines organisations ou communautés, ne jouissant pas de suffisamment de moyens, d’acquérir leur propre extension[1]. C’est donc dans le miroir « virtuel » et paradoxalement de plus en plus réel de la mondialisation que tout un chacun va devoir s’adapter, évoluer pour ne pas être à la traîne. Entre stratégie et protection, chacun lutte désormais pour acquérir, asseoir et conserver sa place malgré certaines pratiques peu recommandables (phishing, cybersquatting…). L’ICANN et sa prise en compte des problématiques juridiques dues aux nouvelles extensions vont probablement aider quelque peu.

[1] On notera l’existence désormais notable d’un « .africa ».
photo sophie muller

Sophie MULLER, étudiante en M2 Droit de l’Economie Numérique
Passionnée par la High-tech, les NTIC et d’un naturel curieux je suis attentive aux avancées et nouveautés existantes.
Pluridisciplinaire je suis adepte du marketing, de la communication et des questions juridiques.

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A propos de Sophie Muller