You are currently viewing IA et conflits armés : l’influence de l’algorithme sur le pouvoir de décision
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L’intelligence artificielle (IA) pourrait radicalement transformer la conduite de la guerre. La prise de décision d’une frappe pourrait être facilitée par des systèmes autonomes, notamment pour accélérer l’identification des cibles. Le droit des conflits armés impose des principes fondamentaux pour protéger les civils, mais leur application devient périlleuse lorsque c’est un algorithme qui décide. Comment l’intelligence artificielle pourrait bouleverser les guerres modernes ? 

 

L’IA au coeur des opérations militaires contemporaines

 

L’IA pourrait radicalement transformer la conduite de la guerre. L’IA doit être distinguée d’une arme autonome, puisque seul cette dernière ne nécessite pas une intervention humaine significative. L’IA permet l’aide à la prise de décision et la reconnaissance de cibles, sans que cela soit fait de manière totalement autonome. 

Par exemple, au début du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran en 2026, l’armée américaine a affirmé avoir frappé plus de 2 000 objectifs en quatre jours, contre une centaine par jour avant l’intégration de l’IA au sein de l’armée américaine. Ce nombre important de frappes a été rendu possible par le tableau de bord Maven Smart System de l’entreprise américaine Palentir. Ce système permet d’analyser en temps réel des images satellites et propose une recommandation de frappe militaire, libre à l’opérateur humain de la neutraliser ou non. Si l’opérateur humain prend la décision finale de frappe, l’IA permet d’accélérer drastiquement l’ordre en passant à quelques secondes alors qu’auparavant l’approbation d’une frappe pouvait prendre plusieurs heures.

L’Ukraine a également eu recours à l’IA lors de l’opération “Toile d’araignée” en juin 2025 contre la Russie. Des drones kamikazes ukrainiens étaient équipés d’une IA capable de prendre le relais en cas de perte du flux de données entre le drone et l’opérateur humain. L’IA prenait le relais pour poursuivre l’attaque vers sa cible, sans supervision humaine grâce à l’IA et même en cas de brouillage du drone ukrainien.

 

Les principes fondamentaux du droit des conflits armés mis à l’épreuve

 

Le droit des conflits armés repose sur des principes fixés par les Conventions de Genève de 1949 et le premier Protocole additionnel de 1977. Trois d’entre eux sont directement fragilisés par l’utilisation de l’IA par les armés.

D’abord, le principe de distinction exige de différencier combattants et les personnes qui ne peuvent combattre (civils et blessés de guerre). Or, le premier problème est que l’algorithme peut avoir des données obsolètes ou biaisées, ce qui peut faire croire à l’IA qu’une école est une caserne militaire ou inversement. Le système peut détecter des mouvements ou la forme d’un véhicule militaire, sans pouvoir faire la différence entre un membre de force armée ou un civil. L’autre problème est que la possibilité de prendre une décision de frappe en quelques secondes avec IA accélère la possibilité d’une erreur. L’étude d’une frappe pendant quelques heures laisse la possibilité de refuser son exécution dès constatation d’un problème empêchant son exécution, ce qui est bien plus difficile si la décision doit être prise sous pression en quelques secondes. 

Selon l’organisation Human Rights Watch, il est possible que l’IA aurait été utilisée lors du bombardement américain d’une école primaire à Minab en Iran, causant la mort de plus de 100 fillettes. L’enquête officielle n’a pas encore permis de confirmer un tel fait, mais l’hypothèse selon laquelle la décision aurait été prise sur la base d’une base de  datée ou d’une recommandation automatisée illustre les risques pouvant être engendrés par l’IA.

Le principe de proportionnalité impose de ne pas causer de dommages excessifs aux civils par rapport à l’avantage militaire attendu. Mais est-ce que ce calcul peut être délégué à une machine ? Sur qui peut être rejeté la responsabilité en cas d’erreur ? Dans le cas d’une frappe contre une école, cet exemple constitue un crime de guerre au regard du droit des conflits armés, même si la frappe était non intentionnelle. Si elle était intentionnelle, la responsabilité n’en serait que plus grave. Dans les deux cas, la question de l’imputabilité reste entière. 

Enfin, le principe de précaution exige une évaluation de la situation. Comment arrêter une attaque de drone autonome si des civils apparaissent soudainement dans la zone ? Le droit des conflits armés impose une interruption de l’offensive ; est-ce que la technologie actuelle pourrait garantir la même chose ?

 

Le véritable enjeu : qui contrôle la machine ?

 

La question centrale n’est pas l’usage de l’IA, mais le pouvoir que l’on confère à ses instructions. En déléguant l’analyse d’une situation à la machine et en lui accordant une trop grande confiance par la suite, cela ouvre la porte à une déresponsabilisation du commandement militaire. Un membre des forces armées qui viendrait valider un ordre mécaniquement suite à une recommandation de l’IA n’exerce plus une analyse et un contrôle effectif sur ses décisions. Or, la recommandation générée par un algorithme peut faire une erreur, notamment du fait de données d’entraînement obsolètes. De plus, ces outils sont conçus pour générer une réponse avec assurance, même quand elle est fausse. Le plus grand danger est de déléguer totalement l’analyse ou la prise de décision à une IA. 

Le CICR plaide pour le maintien d’un contrôle humain réel et significatif sur toute décision létale. Deux obstacles rendent cela difficile. D’abord, le problème est que les IA fonctionnent comme une boîte noire ; l’humain reçoit un résultat sans comprendre exactement comment la machine est parvenue au contenu sorti. Ensuite, l’avantage militaire qu’offre la rapidité de l’IA sur l’analyse complique l’abandon de son utilisation. 

Pourtant, déléguer à une machine le pouvoir de décision létale de manière autonome pourrait comporter des risques. Que faire si l’IA estime avoir identifié un missile balistique à tête nucléaire et propose de riposter en conséquence ? L’histoire de Vassili Arkhipov en 1962 sert d’exemple pour démontrer les avantages de l’analyse humaine. Ce soldat s’était opposé, contre l’avis d’un autre supérieur, à l’utilisation d’une torpille nucléaire contre un navire américain. Il avait motivé sa décision en affirmant que si les américains représentaient un danger immédiat, le sous-marin soviétique aurait déjà été éliminé. Sa juste analyse démontre bien la nécessité de prendre le temps d’une décision d’attaque plutôt que de se précipiter dans une riposte et une escalade potentiellement inutile.

 

Conclusion : 

 

L’utilisation dans l’IA dans les conflits exige la préservation du jugement humain. D’ici quelques années, l’enjeu pourrait être la prise de décision de manière autonome par IA ; de la reconnaissance d’une cible jusqu’à sa neutralisation. Le plus grand danger serait d’accorder une confiance trop importante à l’IA sans vérifier ni questionner sa recommandation, au risque de frapper des cibles illégitimes au regard du droit des conflits armés. 

 

Source : 

 

  1. https://www.courrierinternational.com/article/intelligence-artificielle-comment-l-ia-a-accelere-les-frappes-americaines-en-iran_241674 
  2. https://www.franceinfo.fr/monde/usa/etats-unis-l-intelligence-artificielle-pour-faire-la-guerre-avantage-tactique-ou-risque-ethique_7852526.html 
  3. https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/12/iran-lattaque-americaine-contre-une-ecole-demontre-le-besoin-de-reforme-et-de#:~:text=Selon%20le%20New%20York%20Times,b%C3%A2timent%20scolaire%20faisait%20auparavant%20partie 
  4. https://ihedn.fr/lundis-de-lihedn/ia-en-conflits-armes-qui-est-responsable-en-cas-de-violation-du-droit/#:~:text=L%27IA%20promet%20d%27acc%C3%A9l%C3%A9rer,dans%20la%20conduite%20des%20op%C3%A9rations 
  5. https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/20250114_np_comedef_avis-sur-l%27usage-des-technologies-d%27intelligence-artificielle-par-les-forces-armees.pdf 
  6. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/03/25/maven-pentagone-guerre-ia/ 
  7. https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2025-08-05/voici-l-histoire-de-l-homme-qui-a-sauve-le-monde-a-bord-d-un-sous-marin-nucleaire-d2868530-3e31-40fe-8955-524bbaedae0c 

 

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