You are currently viewing Seconde main ou commerce déguisé ? Comment l’IA et les bots corrompent Vinted
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Leader du marché de la seconde main, Vinted fait face à la multiplication de pratiques douteuses, voire illégales. 

Comment l’intelligence artificielle facilite les arnaques sur Vinted

La célèbre plateforme spécialisée dans la vente de seconde main entre particuliers fait depuis quelque temps face à une pratique discutable. Certains utilisent l’IA afin d’embellir une photo, lui permettant de rendre le vêtement plus neuf qu’il ne l’est en réalité dans le but d’augmenter le prix de vente. 

Pire encore, une arnaque émerge avec la démocratisation de l’IA. En effet, certaines personnes malhonnêtes ont senti qu’il était possible de se faire de l’argent facilement. La technique est simple : acheter des articles à bas prix et de basse qualité issus de l’ultra fast fashion tels que Shein ou Temu avant de les mettre en vente sur Vinted en veillant à les modifier à l’aide de l’IA pour les faire passer pour des pièces plus ou moins luxueuses. Sous couvert de ne plus se rappeler de la marque lorsqu’ils créent l’annonce, cela leur permet ainsi de les vendre 3 à 4 fois plus cher que leur prix d’origine.

Même s’il existe des astuces pour éviter de tomber dans le piège, il est toutefois difficile pour la plateforme d’endiguer le problème de façon efficace. En effet, bien qu’en théorie cette dernière interdise explicitement dans ses conditions générales d’utilisation l’utilisation du site pour de la vente à but commercial, c’est en pratique que la plateforme perd un peu de sa crédibilité du fait de cette contradiction. En effet, selon une enquête menée par le service consommation de BFM/RMC, malgré un signalement, la plateforme a décrété que « le contenu signalé n’enfreint pas les règles de notre communauté » ce qui pose de réelles questions quant à l’action concrète menée par Vinted sur ce phénomène. De nombreux utilisateurs déplorent un manque de fermeté de la plateforme. 

Mais au-delà des questions d’éthique et de modération, ces pratiques soulèvent des interrogations bien plus larges sur le plan légal et environnemental. 

Dropshipping déguisé sur Vinted : entre fraude fiscale et trahison écologique

Cette technique peu scrupuleuse et interdite par la plateforme pose également des questions de légalité aux yeux de la loi. Au niveau du droit fiscal par exemple, cette activité peut être perçue comme du dropshipping déguisé. En effet, cette pratique consiste à acheter des articles auprès d’un fournisseur à un prix intéressant qui les revend directement au client sans que le vendeur ne réceptionne jamais l’article. Cela permet de générer une marge plus importante du fait de l’absence de logistique et de gestion de stock. Ici, même si le vendeur réceptionne l’article, il ne le réceptionne que dans l’unique but de le revendre immédiatement comme un article d’occasion. L’unique but est de revendre plus cher un article acheté à bas prix, ce qui relève donc d’une activité à but lucratif. 

Au-delà du problème de légalité que pose cette pratique, c’est aussi un enjeu environnemental qui se pose. En effet, Vinted est censée promouvoir l’économie circulaire et favoriser les utilisateurs à recycler leurs vêtements à une époque où l’on sait que le secteur de la mode est très polluant et se positionne devant l’aviation. 

Si l’IA représente une menace émergente pour l’intégrité de la plateforme, une autre technologie plus ancienne peine à être efficacement interdite. 

Vinted durcit sa lutte contre les bots automatisés utilisés par certains vendeurs

Une autre technologie est également utilisée afin de booster les ventes : les bots. Tout comme l’utilisation de l’IA pour camoufler du dropshipping, cette technique peut être interdite par la loi lorsque la vente qui en découle devient une activité lucrative nécessitant une déclaration fiscale et au RCS. En outre, elle est également en théorie interdite par la plateforme Vinted dans ses CGU : elle évoque en effet une interdiction pure et simple d’« utiliser tout type d’outil logiciel externe y compris, mais sans s’y limiter, des bots, etc. ».

En quoi consiste cette technique ? L’utilisateur peu scrupuleux installe sur son ordinateur un bot. Outre le fait de créer une sorte de concurrence déloyale puisque les autres utilisateurs n’ont alors aucune chance de dénicher le meilleur article au meilleur prix, cela pose également des questions au niveau du concept même de la plateforme. En effet, si le but est d’acheter un article de seconde main à bas prix, les personnes qui achètent au moyen de bots les revendent souvent sur la même plateforme, mais à des prix qui frôlent ceux du marché du neuf. 

Lors de la mise à jour de ses CGU, Vinted a mis l’accent sur leur interdiction. Bien que la pratique était normalement déjà interdite avant cette date, c’est le 8 septembre 2025 que la plateforme a décidé d’insister sur ce point et d’être plus ferme quant à leur sanction. C’est d’ailleurs en juillet 2025 que Vinted a décidé de lancer une campagne anti bots.

Face à ces dérives technologiques, Vinted se trouve confrontée à un défi majeur : préserver l’esprit originel de sa plateforme tout en s’adaptant aux nouvelles formes de fraude. Entre l’IA qui transforme des articles bas de gamme en fausses pièces de luxe et les bots qui automatisent les achats au détriment des utilisateurs lambda, la frontière entre vente entre particuliers et commerce déguisé s’estompe dangereusement.

Les enjeux dépassent largement le cadre de la simple modération. Il s’agit désormais de questions juridiques complexes. Aussi, l’économie circulaire, censée être au cœur du modèle Vinted, se retrouve totalement parasitée.

Reste à voir si les mesures prises par la plateforme suffiront à endiguer ces pratiques. Car au-delà de la réputation de Vinted, c’est la crédibilité de tout un secteur de l’économie numérique qui est en jeu.

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