You are currently viewing Règles surveillées, données ignorées : les applications de suivi menstruel (Partie 1)

Du 11 au 16 mai dernier avait lieu la conférence sur les facteurs humains dans les systèmes informatiques à Hawaï. Une session entière portait sur le suivi du cycle menstruel via des applications. Lors de cette session des chercheurs anglais ont pointé du doigt les contradictions de ces applications en matière de protection des données ; 35% des 20 applications qu’ils avaient analysées avaient des dispositions contradictoires. Plusieurs applications prévoyaient un champ d’application élargi pour l’accès par les autorités aux données collectées. Vous avez bien lu, ces applications permettent aux autorités de récupérer les données sur votre cycle menstruel, votre cycle ovulatoire et votre activité sexuelle, si elles les demandent.

L’alerte lancée en mai n’est pas nouvelle. Depuis 2019, des organismes comme Privacy International alertent les utilisateurs de ces applications sur le peu de protection accordées à leurs données personnelles.

Quelles sont ces applications et quel est leur objectif ?

Flo, Cycles, Glow, Clue,… de nombreuses applications offrent des outils de prédiction du cycle des personnes menstruées. Les applications les plus populaires comme Flo ou Clue recensent respectivement 62 millions et plus 15 millions d’utilisateurs actifs à travers le globe en 2024[1]. Ces dix dernières années, le nombre d’applications permettant de suivre le cycle menstruel, la fertilité, la contraception, l’activité sexuelle ou le bien-être sexuel a augmenté. Ce phénomène porte aujourd’hui le nom de Femtech et vise tous les produits et services innovants dédiés à la santé des femmes.

La Femtech promet de lever le voile sur les menstruations et les organes féminins. L’idée est d’aider les utilisatrices à mieux comprendre leur corps. Certaines plateformes comme Flo proposent même des forums anonymes où les utilisateurs ont des discussions décomplexées et sans jugement.

Informations demandées par Flo quotidiennement (facultatif)

 

Mettre fin aux tabous sur le corps des femmes, oui, mais à quel prix ?

La majorité de ces applications repose sur le Freemium. Dans le cas des applications Femtech, la version gratuite permet d’avoir les prédictions des règles et ovulations, un système de suivi, un calendrier et l’historique du flux ainsi quelques autres services en fonction de l’application. La version premium donne accès à des conseils donnés pas des professionnels partenaires. Sur les 62 millions d’utilisateurs actifs de Flo, seuls 3,4 millions[2] disposent d’un compte Premium. Or, comme vous le savez déjà : si c’est gratuit, vous êtes le produit.

Ces applications revendent vos données personnelles à chaque fois que vous ajoutez des informations (crampes, humeur, activité sexuelles, règles,…). Elles deviennent d’ailleurs de plus en plus détaillées afin de connaître précisément votre état. Il est même maintenant possible de partager vos données avec votre partenaire afin d’améliorer, selon les développeurs, votre vie sexuelle. Vos menstruations sont peut-être pénibles pour vous, mais représentent un or rouge pour de nombreuses entreprises. 

Informations demandée par Clue quotidiennement (facultatif)

  

Que deviennent vos données ?

Il y a déjà eu plusieurs scandales liés à ces données sensibles. En avril 2019, le Washington post révélait que l’application Ovia[3] commercialisait les données des utilisatrices à des assurances, mais aussi à leurs employeurs ! Cela leur permettait de savoir quand elles comptaient retourner au travail ou si elles allaient tomber enceinte. L’application Flo à elle aussi été accusée de revendre certaines informations au groupe Meta.

La commercialisation de ces données n’est pas le seul élément alarmant.

Dans sa politique de confidentialité, l’application Flo indique « Nous pouvons également partager certaines de vos Données à caractère personnel dans les circonstances particulières suivantes :  En réponse à des assignations à comparaître, à des injonctions ou des procédures judiciaires, dans la mesure autorisée et limitée par la loi (y compris pour répondre aux exigences de sécurité nationale ou d’application de la loi). ». Ces partages de données sensibles auront un impact sur de nombreuses femmes. Aux Etats-Unis par exemple, la Cour suprême américaine a cassé la jurisprudence Roe v. Wade protégeant constitutionnellement le droit à l’avortement. De nombreux États comme le Texas ont donc rendu l’avortement illégal. Ainsi, si l’État demande à ces applications de récupérer les données des utilisatrices texanes, ils pourront savoir qui a eu recours à un avortement et les condamner. Même lorsque que ces applications ne collectent pas votre localisation, elles ont toujours accès à votre adresse IP qui donne une localisation approximative.

Nous verrons dans un prochain article comment limiter le partage des données et quelles applications protègent le mieux vos données.

 

[1] Au 24 Mai 2024 https://www.businessofapps.com/data/flo-statistics/#:~:text=200-,Flo%20Users,and%20280%20million%20registered%20users.

[2] https://flo.health/flo-premium

[3] Application permettant de suivre le cycle menstruel pour les femmes désirant tomber enceinte

SOURCES : 

A propos de Venise CORNET

Inscrite à l'examen des cours complémentaires en droit luxembourgeois (CCDL) et étudiante en Master 2 en Droit de l'Économie numérique à l'Université de Strasbourg, je suis déterminée à mettre en œuvre mon expertise en droit numérique et propriété intellectuelle au sein d'équipes juridiques innovantes.

Cette publication a un commentaire

  1. Emeline

    super intéressant cette première partie !! Merci pour ton travail Venise 👌🏽🫶🏽

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.