Vous avez envie de dire adieu à votre travail, mais vous avez trop peur de le dire à votre effrayant patron ? Si vous êtes au Japon, n’hésitez plus ; certaines entreprises vous aideront à démissionner pour quelques centaines d’euros. Parmi elles figure EXIT, une start-up fondée en 2018. 

 

La culture du travail au Japon


La culture du travail au Japon du siècle dernier n’avait pas une bonne image ; le mot japonais karōshi – qui signifie « mort par surmenage » – a eu une reconnaissance mondiale. Cinq décennies après sa conception, ce mot est malheureusement toujours en vigueur. Parmi les pays du G7, le Japon est le moins productif au travail, selon l’OCDE. Les heures de travail sont en baisse constante, d’après les statistiques gouvernementales et les travailleurs semblent trouver plus d’équilibre entre la vie privée et professionnelle, mais la culture du travail n’est pas forcément idéale partout. En outre, bien que cela soit de moins et moins conventionnel, travailler pour une seule entreprise pour toute sa vie est considéré comme une vertu. (Image en haut par KYODO, via the Japan Times. Source.)

 

Le site de l’entreprise EXIT liste quelques raisons qui inciteront les gens à solliciter le service : certains n’arrivent pas à dire directement leur intention de quitter leur travail, parce qu’ils se sentent désolés, que leur patron les harcèlent ou qu’ils craignent qu’ils soient dissuadés par les RH. Solliciter une entreprise et lui demander de donner leur préavis à leur place semble être une nécessité réelle au Japon. 

   

Comment fonctionne ce service ? 

 

Voici comment ce service se déroule en général : d’abord le client sollicite un fournisseur de ce service. Après une ou quelques consultations, le fournisseur contacte l’entreprise dans laquelle le client travaille et lui transmet l’intention du client de démissionner. Le client n’a même pas besoin de se rendre à l’entreprise ; les démarches nécessaires se feront par correspondance. 

 

Le coût de ce service est généralement entre 30 000 à 50 000 yens japonais (env. 230 à 380 euros). 

 

Les risques juridiques

 

Alors que ce service gagne davantage d’attention, il entraîne quelques risques juridiques, dont certains sont : 

 

  • Le préavis de deux semaines obligé pour les CDI

 

L’article 627(1) du Code civil du Japon stipule que : 

 

(Offer to Terminate Employment with Indefinite Term)

Article 627 (1) If the parties have not specified the term of employment, either party may request to terminate at any time. In such cases, employment shall terminate on the expiration of two weeks from the day of the request to terminate.

 

(http://www.japaneselawtranslation.go.jp/law/detail/?printID=&id=2057&re=02&vm=02, Traduction anglaise par le Ministère de la Justice du Japon)

 

Alors que certains fournisseurs de ce service proposent la rupture du contrat de travail le jour même, y compris EXIT, le fin de l’emploi devrait avoir un préavis de deux semaines (le même délai pour les CDD, comme stipule l’article 626 du Code civil.) 

 

  • La pratique du droit sans licence

 

L’article 72 de la Loi sur les avocats (Attorney law) du Japon stipule que : 

 

Article 72 No person other than an attorney or a Legal Professional Corporation may, for the purpose of obtaining compensation, engage in the business of providing legal advice or representation, handling arbitration matters, aiding in conciliation, or providing other legal services in connection with any lawsuits, non-contentious cases, or objections, requesting for re-examination, appeals and other petitions against administrative agencies, etc., or other general legal services, or acting as an intermediary in such matters; provided, however, that the foregoing shall not apply if otherwise specified in this Act or other laws.

 

(http://www.japaneselawtranslation.go.jp/law/detail/?id=1878&vm=04&re=02, Traduction anglaise par le Ministère de la Justice du Japon)

 

Les fournisseurs non avocats proposant le service d’arbitrage ou de conciliation avec l’employeur du client pourraient être considérés comme illégaux. 

 

 

Un autre mot japonais que karōshi gagne davantage de reconnaissance : Ikigai, un concept qui vise à trouver un équilibre entre la vie privée et professionnelle. (Image à gauche par EDHEC. Source.) 

 

Alors que ces services réduisent le stress qui vient avec la démission et aident les gens à mieux poursuivre leur ikigai, il est important de veiller sur la légalité de ces services.

Écrit par Chiaki Arai

A propos de Chiaki Arai