Introduction:
Face à la domination de la Chine dans la robotique, les États-Unis veulent durcir l’accès sur le marché américain des robots chinois avec le projet de loi “American Security Robotics Act’ et “GUARD Act”.
Le cadre législatif : de l’American Security Robotics Act au GUARD Act
Ces propositions de réglementation arrivent alors que les États-Unis rendent plus stricts l’accès au marché américain pour les technologies chinoises sur le fondement de la sécurité nationale.
L’American Security Robotics Act a été présenté au Congrès pour restreindre l’achat de robots terrestres étrangère (humanoïdes, chiens, à chenilles) par le gouvernement fédéral
Le 3 juin 2026, le gouvernement va plus loin avec le projet de loi « GUARD Act » (Guarding the US Against Adversarial Robotics Dominance) qui vise l’ensemble du marché économique.
Pourquoi les robots chinois sont-ils dans le viseur de Washington ?
Le président de la Commission spéciale sur la Chine, John Moolenaar (républicain), estime que ces technologies représentent un danger pour la sécurité nationale, les travailleurs américains et les infrastructures critiques.
Les autorités américaines expriment plusieurs préoccupations :
- Des failles de sécurité susceptibles d’être exploitées à des fins d’espionnage.
- Des relations étroites entre les fabricants chinois et l’armée chinoise.
- Des pratiques de prix bas, soutenues par des subventions étatiques, créant une dépendance risquée pour les États-Unis.
Ce projet de loi stipule que les agences de sécurité nationale américaine évaluent en amont les risques qu’entraînent les robots humanoïdes et quadrupèdes en provenance de la Chine. La Commission fédérale des communications (FCC) a établi une liste de produits interdits d’importation aux États-Unis en raison d’un risque intolérable pour la sécurité nationale.
Les robots étrangers qui n’auront pas fait l’objet d’un examen complet dans un délai d’un an seront automatiquement ajoutés à la liste de produits interdits.
Les conséquences pour les entreprises américaines:
L’interdiction des robots d’origine chinoise pourrait profiter à certains acteurs locaux dont Ghost Robotics, qui est aujourd’hui l’un des rares fabricants en mesure de fournir des robots terrestres aux agences fédérales américaines.
Ces projets de réglementations font toutefois peser des risques significatifs sur deux catégories d’acteurs : les entreprises américaines cotées entretenant des liens commerciaux avec la Chine, et les entités fédérales.
Aux États-Unis, les entreprises cotées ont une obligation de transparence conformément aux Securities and Exchange Commission (SEC), elles sont tenues d’informer leurs investisseurs de tout risque juridique ou réputationnel susceptible de découler de leurs relations commerciales. Pour NVIDIA, le géant des semi-conducteurs qui a annoncé le 1er juin 2026 un accord de collaboration avec la fabricant chinois Unitree Robotics pour le développement de robots humanoïdes. Ce partenariat pourrait se fragiliser si les restrictions envisagées venaient à être formellement adoptées.
Du côté des entités du gouvernement fédérales, le Département de la Défense sera interdit, dès fin juin 2026, de contracter avec toute entreprise figurant sur la « liste 1260H des entreprises militaires chinoises », puis de s’approvisionner en produits ou services auprès de ces mêmes entités à partir de juin 2027. Cette liste recense 188 entités chinoises, dont Unitree Robotics, soupçonnée par Washington d’entretenir des liens avec le complexe militaro-industriel chinois.
Au-delà du seul secteur robotique, cette liste traduit une stratégie plus large de protection de la souveraineté technologique américaine, ciblant explicitement les puces dédiées à l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et l’informatique quantique.
Réaction de la Chine face aux restrictions américaines
La Chine a condamné ces mesures, dénonçant une instrumentalisation de la sécurité nationale pour cibler injustement des entreprises chinoises. Certaines entreprises ont contesté leur inclusion sur cette liste (Alibaba, Baidu ou BYD), faute de liens avérés avec l’armée chinoise. Xiaomi a remporté un procès en mai 2022 pour être retiré de cette liste.
En réponse, le ministère chinois des finances et du commerce a mis en place des mesures qui ont pris effet dès leur publication:
- 10 entités américaines à la liste de contrôle des exportations de biens à double usage, dont plusieurs acteurs de la robotique (Jaia Robotics, Red Cat Holdings, Teal Drones, Aveox). Toute exportation de biens chinois vers ces entités est immédiatement suspendue, sauf autorisation ministérielle préalable.
- Interdit à 46 entreprises américaines de participer aux marchés publics chinois, parmi lesquelles figurent plusieurs sociétés liées à la robotique militaire américaine.
Li Yong (membre du conseil exécutif de la société chinoise de l’OMC) a averti que si les États-Unis maintiennent ces pratiques, cette guerre technologique entre les deux puissances risque de s’intensifier.
Conclusion: Perspectives du marché de la robotique face aux tensions sino-américaines
Face à ces réglementations, il est probable que les entités américaines cesseront de faire appel à des fournisseurs chinois.
Paradoxalement, sans alternative domestique crédible, la recherche et le développement américains en robotique pourraient ralentir, faute d’accès à un matériel informatique performant et abordable, les États-Unis étant dépendants du matériel chinois pour la robotique.
Les grands acteurs de robotique aux États-Unis peinent à industrialiser leurs produits à grande échelle, et restent pour l’essentiel à des phases pilotes dans la logistique et la manutention. Contrairement à la Chine avec la société Unitree Robotics, dont la capacité de production annuelle est de 75 000 robots humanoïdes.
Sources:
- https://spectrum.ieee.org/chinese-robots-us-ban
- https://chinaselectcommittee.house.gov/media/press-releases/moolenaar-obernolte-mcclellan-introduce-legislation-to-ban-dangerous-chinese-robots
- https://www.newsweek.com/why-electric-cars-robot-makers-linked-china-military-12047765
- https://www.cnbc.com/2026/06/09/alibaba-baidu-byd-named-on-pentagons-china-military-list-.html
- https://media.defense.gov/2026/Jun/08/2003945537/-1/-1/1/ENTITIES-IDENTIFIED-AS-CHINESE-MILITARY-COMPANIES-OPERATING-IN-THE-UNITED-STATES-IN-ACCORDANCE-WITH-SECTION-1260H.PDF
- https://www.globaltimes.cn/page/202606/1364094.shtml

Étudiante en Master 2 Droit de l’économie numérique, je me spécialise dans l’intersection entre nouvelles technologies et propriété intellectuelle, avec un intérêt particulier pour les enjeux juridiques du secteur créatif.
