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Les robots envahissent de plus en plus les blocs opératoires. En France, on en comptait 4 il y a 20 ans, contre près de 300 aujourd’hui. Cependant, leur usage reste toutefois limité, puisque la France compte seulement 5% d’interventions chirurgicales robot assistées contre 15% aux États-Unis. En revanche, le taux de chirurgie assistée par robot varie selon les spécialités. En urologie, on compte environ 61% d’opérations réalisées avec un robot, selon les données du programme de médicalisation des systèmes d’information. 

Des robots au bloc opératoire ? Le cas de la chirurgie robotique 

Dans les blocs opératoires, les robots collaborent désormais avec les chirurgiens : les scalpels ont laissé place à des joysticks, à l’image du professeur Richard Gaston, chirurgien de renom et spécialisé dans la chirurgie robotisée, qui n’opère plus qu’avec un robot dans sa clinique.

Bienvenue dans le futur, le chirurgien qui opère n’est pas humain : Rosa, Mako, Hugo, Da Vinci, … autant de robots qui ont révolutionnés en quelques années la pratique des chirurgiens. 

Le Da Vinci Surgical System, lancé en 2000 est d’ailleurs le robot chirurgical le plus diffusé au monde, celui-ci ayant été utilisé dans plus de 12 millions d’interventions. Il permet au chirurgien de contrôler les instruments à distance, en reproduisant ses gestes tout en éliminant d’éventuels tremblements. En France, on compte 250 robots Da Vinci répartis sur tout le territoire entre établissements publics et privés. 

Encore en cours de déploiement progressif depuis 2021, Hugo Robotic-Assisted Surgery est un nouveau système concurrent du Da Vinci, si distinguant notamment par son architecture modulaire et offrant une plus grande flexibilité. En effet, chaque bras est indépendant et mobile, contrairement au bloc unique du Da Vinci.

Des chirurgiens augmentés

Même les plus réticents changent d’avis, comme Bertrand Richard de Latour, chirurgien thoracique au CHU de Rennes : « au début, je ne voyais pas bien à quoi un robot pouvait servir. Et puis, je me suis formé et j’ai pratiqué. Pour moi, le robot, c’est le chirurgien augmenté. Grâce à lui, je suis devenu ambidextre, ma vision est décuplée et je suis moins fatigué lorsque je fais de longues opérations. » Le chirurgien reste le décideur et l’opérateur principal, mais bénéficie d’une interface technologique amplifiant ses capacités. Ses avantages sont nombreux : 

  • Une précision et une stabilité accrues puisque le robot élimine les micro-tremblements de la main humaine et permet des gestes plus fins, plus réguliers et une vision améliorée grâce à de l’imagerie 3 dimensions haute définition.
  • Un certain confort pour le chirurgien puisqu’il travaille depuis une console favorisant la concentration prolongée. Une analyse sur la prévalence des troubles musculosquelettiques, publiée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health en 2023, démontraient que les chirurgiens montraient une plus forte prévalence de ces troubles du dos.
  • Moins agressive et plus bénéfique pour le patient puisque les incisions sont plus petites, une récupération plus rapide, des douleurs moins fortes, … Certains trouvent même qu’une opération robotique peut apporter plus de sécurité car la main de l’homme peut faillir.
  • Des opérations à distance, avec seulement 18 millisecondes de délai entre deux villes comme a pu l’illustrer une opération réalisée dans une clinique de Casablanca, mais où le chirurgien se trouvait à 300 kilomètres, avec un robot, dirigeant les instruments le robot depuis sa console.

Une pratique juridique encore peu encadrée

Aujourd’hui en Europe, un robot ne peut pas opérer seul sans surveillance et contrôle d’un humain car d’un point de vue juridique, le chirurgien reste pleinement responsable de l’opération. Il ne remplacera jamais le chirurgien qui reste le centre décisionnel lors d’une opération. Mais certains se posent la question d’une éventuelle panne ou perte de contrôle. Ainsi, en cas d’opération à distance, pour des raisons de sécurité, un chirurgien formé à la manipulation du robot, se tient prêt afin de reprendre le contrôle. Aujourd’hui, aucun incident n’a été enregistré sur les milliers d’opérations déjà réalisées.

Malgré les premiers succès de la chirurgie robotique, des choses restent à définir. En effet, en cas de complication sur une opération à distance, qui sera responsable ? Le chirurgien sur place, celui intervenant à distance ou le constructeur du robot ? Selon Richard Gaston, « pour le moment, ce n’est pas du tout encadré. Je crois que dans les années qui viennent, forcément ça va se développer. Il faudra réfléchir à ce problème de relation le chirurgien, qui est à des milliers de kilomètres, et le patient ».

Un basculement de la profession de chirurgien ? 

Mais alors, la machine remplacera-t-elle l’homme ? Selon Jacques Marescaux, chirurgien et président fondateur de l’IRCAD, c’est un scénario probable : « Dans 20 ans ou 30 ans, on sait que la chirurgie, comme l’aéronautique, est devenue automatique, la voiture est devenue automatique, la chirurgie va devenir automatique et le robot sera autonome ».

Pour lui, le monde de demain est un monde dans lequel les médecins opèrent les patients à distance sans aucune limite géographique : « Une tour de contrôle où une nuit vous avez deux neurochirurgiens qui vont pouvoir opérer dans 20 hôpitaux, par exemple, au moment où il y a des urgences. Ça, pour moi, c’est un avenir fabuleux de la téléchirurgie. »

Ainsi, c’est à Strasbourg durant le Congrès annuel de la Société de Chirurgie Robotique, à l’IRCAD, que les chirurgiens du monde entier viennent se former afin de prendre en main un robot de dernière génération. 

Des outils ultra-performants mais qui soulèvent encore des questions chez certains professionnels. « La robotique, l’informatique, l’intelligence artificielle aussi, je pense que ça sera le futur », assure le Dr. Antonella Usai, chirurgienne viscérale italienne. Mais elle reconnaît avoir peur : « Parce qu’on perd quand même le contrôle, moi je pense. »

Sources : 

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