You are currently viewing Les dark patterns : des pièges numériques qui manipulent les consommateurs

Malgré leur interdiction imposée par le DSA (règlement européen sur les services numériques ) début 2024, l’UFC-Que-Choisir dénonce l’usage des darks patterns sur différents sites e-commerce. Ainsi, Temu, Aliexpress, Amazon et Veepee sont visés par cette association de consommateurs.

Définition et objectifs des dark patterns

 Le terme est introduit en 2010 par Harry Brignull, un spécialiste britannique de l’UX design. L’UX design consiste à concevoir des interfaces numériques en tenant compte des besoins et attentes des utilisateurs. Son objectif est d’améliorer leur expérience en rendant la navigation intuitive, agréable et fluide.

Le dark pattern est une technique de conception d’interface utilisateur délibérément trompeuse dont le but est d’influencer les utilisateurs à prendre des décisions qui ne sont pas dans leur meilleur intérêt, souvent pour le profit d’une entreprise. En d’autres termes, c’est un piège dissimulé dans la conception d’un site web ou d’une application. 

Ces pièges revêtent des formes diverses telles que:

  • les coûts cachés
  • la résiliation difficile d’un service
  • la publicité déguisée
  • les cases précochées
  • la fausse urgence
  • les manipulations visuelles et textuelles

Ces interfaces truquées vont répondre à plusieurs objectifs : 

  • Générer plus de ventes en ligne 
  • Augmenter le taux de conversion
  • Accroître le trafic et le temps sur le site web ou l’application
  • Faire grimper le panier moyen 
  • Recueillir des données personnelles à des fins publicitaires ou de revente.

 

Des exemples de dark patterns 

 1)    La résiliation difficile d’un abonnement.

 Le processus de résiliation est plus complexe que l’inscription et exige plusieurs étapes peu intuitives. On peut citer le fastidieux parcours de résiliation Amazon Prime : il y a plusieurs pages pour confirmer la résiliation et le bouton de résiliation contient un libellé ambigu « mettre fin aux avantages ».

 2)    Le piège de l’urgence

 Des plateformes affichent des messages de stocks limités, un compte à rebours avec un temps restant avant la fin d’une offre. Le but étant de précipiter l’acte d’achat. Ces messages de stock et de temps jouent sur la peur de manquer une bonne affaire et apportent cette illusion d’avoir fait l’achat juste à temps. 

 Veepee qui affichent des expressions vagues comme « bientôt épuisé » sans qu’il soit possible de vérifier la quantité de stock disponible.

 Temu qui utilisent des comptes à rebours pour faire en sorte que le client finalise son achat afin de bénéficier de réduction : « offre spéciale se termine dans 12 :35 ». L’étude de l’association UFC Que Choisir révèle qu’après l’échéance des prétendues promotions, les prix restent les mêmes voire  baissent davantage. Par exemple, un sac à dos sur ce site e-commerce affiché à 22 € lors de la durée de la promotion passe à 14€ le lendemain. Ce qui souligne le caractère trompeur de ce type de promotion.

 3)    La  perpétuation d’abonnement

C’est un essai gratuit qui se transforme de façon automatique en abonnement payant sans en avertir clairement la personne. 

 4)    Les coût cachés

C’est le fait de dissimuler le prix total d’un service ou d’un produit en affichant uniquement le prix initial en amont de son paiement sur le site. Lors de l’étape de confirmation, le client est ainsi surpris de voir qu’il paye un prix plus élevé que celui indiqué. Des frais supplémentaires  tels que les taxes, des frais de livraison etc. sont en effet greffés au prix initial. Ces coûts cachés sont pratiqués sur les sites de ventes de billets d’avion ou des sites de réservation d’hôtel. 

5)    La publicité déguisée

Certaines publicités apparaissent dans les résultats de recherche des marketplaces. Elles sont si bien intégrées que le consommateur les confond avec les résultats authentiques.

6)    Les manipulations visuelles et textuelles

Lors de l’affichage des bannières cookies, le bouton « tout accepter » est souvent plus visible avec une couleur foncée alors que bouton « refuser » est en couleur clair et moins contrasté. Ce bouton « refuser » est souvent placé loin des autres boutons. Le pré-cochage par défaut oblige les utilisateurs à décocher pour refuser.

 Ils peuvent figurer sur ces bandeaux cookies un langage persuasif, jouant sur les émotions du consommateur, parfois en essayant de faire culpabiliser le consommateur en utilisant des formulations comme « je ne veux pas de réduction ».

 

 Un cadre légal encore difficile à mettre en œuvre

Depuis février 2024, le Digital Services Act (DSA) interdit explicitement l’utilisation des dark patterns sur les places de marché. Toutefois, cette réglementation ne concerne pas l’ensemble des sites de e-commerce. La mise en œuvre de cette législation est confrontée à plusieurs défis majeurs :

  •       Les entreprises opérant à l’échelle internationale comme Temu ou Amazon compliquent les contrôles.
  •       La DSA propose des exemples courants de dark patterns, la liste reste incomplète et il faut une interprétation au cas par cas.
  •       La direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) surveille et agit contre ces pratiques manipulatrices à partir des signalements des consommateurs.

 

Les bonnes pratiques face aux dark patterns


Il faut lire attentivement avant de valider  et vérifiez les détails des offres et des promotions.

Il faut refuser les abonnements par défaut  et faire attention aux cases pré-cochées sans votre consentement explicite.

Ne pas céder à la précipitation  et se méfier des messages d’urgence. Il faut prendre le temps de comparer les offres.

La plateforme « Signal Conso » mise en place par la répression des fraudes permet de faire prévaloir les droits des consommateurs et d’alerter sur les problèmes et anomalies rencontrés avec les entreprises.

 

 En résumé

 Les dark patterns continuent de piéger les consommateurs. Ces techniques, à la fois subtiles et manipulatrices, favorisent les intérêts des entreprises au détriment des droits des utilisateurs. Apprendre à repérer ces pratiques est essentiel pour protéger ses choix et naviguer sur internet de manière plus sereine et éclairée.

 

Sources :

 Image générée par CHATGPT

ux-mensongere-et-pratiques-commerciales-trompeuses-qui-sont-les-20-plus-grands-sites-de-commerce-epingles-393413.htm

https://www.humanite.fr/vie-quotidienne/vos-droits/trois-choses-a-savoir-sur-les-dark-patterns-ces-pratiques-interdites-mais-omnipresentes-sur-internet

 https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-dark-patterns-sur-les-sites-d-e-commerce-l-ufc-que-choisir-appelle-les-autorites-a-sanctionner-les-interfaces-trompeuses-n125978/