You are currently viewing Fini le « Made in China » bas de gamme : Comment Pékin a tenté de hacker l’économie mondiale.
Photo de Manuel Joseph: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/ville-avec-des-gratte-ciel-19885/

Nous avons tous cette image en tête. Le jouet en plastique mal ébavuré qui casse après deux jours, le t-shirt qui rétrécit au premier lavage, l’électronique bon marché qui sent le brûlé. Pendant des décennies, « Made in China », c’était ça. Le synonyme mondial du « pas cher, pas terrible ». Mais si vous regardez autour de vous aujourd’hui — votre smartphone, votre drone, ou la voiture électrique de votre voisin — vous réalisez que quelque chose a changé. La Chine ne veut plus être l’atelier de misère du monde. Elle veut en être le cerveau.

Ce virage n’est pas le fruit du hasard. Il porte un nom, lancé en fanfare en mai 2015 : « Made in China 2025 ».

L’objectif était clair, presque arrogant : transformer le géant asiatique en une superpuissance technologique en dix ans. Fini l’assemblage, place à l’innovation. Aujourd’hui, l’échéance est arrivée. Alors, pari gagné ou propagande coûteuse ? J’ai plongé dans les rapports académiques et les données industrielles pour voir ce qui se cache derrière la façade. Et le résultat est… compliqué.

Le triomphe vert : Quand l’État joue au Monopoly

Si vous pensez que la transition écologique est une affaire de conscience citoyenne, détrompez-vous. Pour Pékin, c’est avant tout une opportunité de domination. Et sur ce point, le plan a fonctionné au-delà de toutes les espérances.

Barry Naughton, économiste renommé, explique dans ses travaux sur la politique industrielle chinoise (The Rise of China’s Industrial Policy) comment la Chine a appliqué la théorie de « l’État développeur » à la lettre. Ils n’ont pas juste subventionné des entreprises ; ils ont créé des écosystèmes entiers. Regardez les chiffres, ils donnent le vertige. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), grâce à un protectionnisme assumé et des milliards injectés, la Chine domine désormais la production mondiale de batteries et de véhicules électriques (VE). Des marques comme BYD ou CATL ne sont pas devenues des leaders par magie, mais parce qu’elles ont été portées à bout de bras par une stratégie nationale.

Le résultat ? Une dépendance inversée. C’est désormais l’Occident qui court après la Chine pour la technologie verte.

La douche froide : La guerre des puces

Mais attention au biais du survivant. Si l’on voit les voitures électriques chinoises partout, on ne voit pas ce qui manque à l’intérieur. L’objectif central de « Made in China 2025 » était d’atteindre 70 % d’autosuffisance pour les composants de base. En gros, ne plus dépendre de personne.

Sauf que la réalité est cruelle. Dans le secteur vital des semi-conducteurs — les cerveaux de nos machines — la Chine s’est pris un mur. Les rapports techniques d’IC Insights sont formels : le taux d’autosuffisance réel de la Chine oscille péniblement entre 16 % et 20 %. Et le pire ? Ce chiffre inclut les usines étrangères, comme celles de Samsung ou TSMC, installées en Chine.

Les sanctions américaines ont fait mal. Très mal. En bloquant l’accès aux machines de lithographie avancée (les outils qui permettent de graver les puces les plus fines), Washington a rappelé une vérité brutale : on ne décrète pas l’innovation par ordonnance. Scott Kennedy, chercheur au CSIS, parle d’une « inefficacité relative » des investissements chinois dans la tech. En clair ? Ils ont dépensé des fortunes pour des résultats médiocres dans les secteurs de pointe. L’avion C919 de la COMAC vole, certes, mais ses moteurs et son avionique restent désespérément occidentaux (General Electric, Honeywell).

Le réveil brutal de l’Occident

Finalement, le plus grand impact de ce plan n’est peut-être pas technologique, mais psychologique. En 2015, la Chine a abattu ses cartes trop tôt.

Un rapport qui a fait date, celui de la Chambre de Commerce de l’Union Européenne en Chine (2017), a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme. Ils ont analysé le texte et ont compris : ce n’était pas juste un plan de développement, c’était une menace existentielle pour l’industrie européenne. La réaction a été violente : guerre commerciale sous Trump, filtrage des investissements en Europe, méfiance généralisée.

La Chine a compris la leçon. Comme le notent les experts du MERICS (Mercator Institute for China Studies) dans leur analyse « Made in China 2025: The making of a high-tech superpower », le terme même de « Made in China 2025 » a disparu du vocabulaire officiel dès 2019. Trop toxique. Trop provocateur. Mais ne soyons pas naïfs. Si le nom a disparu, la politique, elle, est toujours là. Elle s’appelle désormais « Double Circulation » ou « Nouvelles forces productives de qualité ». Le packaging change, mais l’ambition d’hégémonie reste intacte.

Au fond, le bilan de cette décennie est celui d’une puissance hybride. La Chine a réussi à devenir le leader de l’industrie verte, mais elle reste un colosse aux pieds d’argile, dépendant de l’Occident pour les technologies les plus pointues. La partie est loin d’être terminée, mais la Chine a perdu l’avantage de la surprise.

Sources :

https://www.industry.gov.au/news/2022-update-list-critical-technologies-national-interest-have-your-say

https://ifr.org

https://www.caict.ac.cn/english/

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