L’espace est un espace vital pour les infrastructures numériques. Les satellites nous donnent accès à des services essentiels, comme la navigation, la météo, les télécoms ou encore la télévision. Sans eux, ces services essentiels peuvent être paralysés. Les récentes crises liées au Covid-19 et de la guerre en Ukraine ont entraîné un regain d’intérêt pour les questions d’autonomie et de souveraineté technologique. Mais comment l’Union européenne peut-elle garantir la continuité de ces services de façon souveraine ?
Les programmes Galileo et Iris²
La Commission européenne a planifié plusieurs projets visant à renforcer la souveraineté de nos infrastructures numériques. D’abord, Galileo, le programme européen de géolocalisation et de navigation par satellites, qui permet une autonomie européenne face au système américain GPS. Contrairement au système américain, Galileo est destiné à un usage civil notamment dans les transports (contrôle des réseaux routiers, ferroviaires et du trafic aérien), ainsi que pour les systèmes douaniers et la justice (contrôle aux frontières, localisation des suspects).
Selon l’Agence spatiale européenne (ESA), le programme européen est plus précis, plus sécurisé et plus fiable que le GPS. La précision de Galileo permet de répondre aux besoins de certains secteurs, tels que celui des voitures autonomes ou dans le cadre des opérations de sauvetage des personnes.
Ensuite, le projet dit Iris² pour « Infrastructure de Résilience et d’Interconnexion Sécurisée par Satellites de l’Europe » vise à garantir une connectivité sécurisée en Europe, sans dépendre des technologies étrangères. Ce projet repose sur un accord de concession de douze ans, conclu pour un montant de 10,6 milliards d’euros entre la Commission européenne, l’Agence spatiale européenne et le consortium SpaceRise. L’objectif est de mettre en orbite 300 satellites de communication d’ici 2030, afin de garantir un accès à Internet aux autorités gouvernementales et aux personnes privées. Toutefois, le projet accuse un retard important puisque le premier satellite devrait être lancé en 2029, alors qu’il était initialement prévu pour 2024. Toutefois, Iris² suscite des critiques sur sa viabilité face à la concurrence, notamment face à la société américaine SpaceX. Les satellites Starlink, qui appartiennent à la société SpaceX, sont plus nombreux et moins chers grâce à la réutilisation des lanceurs.
Le recul de l’influence européenne dans l’espace
L’Europe reste en retrait du domaine spatial, ce qui explique en grande partie sa dépendance. Selon un rapport de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) sur l’économie spatiale en 2025, les lancements européens vers l’espace représentent 7% du total mondial, contre 34% pour les Etats-Unis, 30% pour la Chine et 21% pour la Russie.
Actuellement, c’est l’entreprise SpaceX, du milliardaire américain Elon Musk, qui est l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’Internet avec plus de 8 600 satellites Starlink actuellement opérationnels. En 2024, les satellites Starlink représentaient 70% des lancements mondiaux de fusées. Mais que faire si Elon Musk décide de couper l’accès à son réseau ? En 2022, SpaceX avait coupé l’accès à internet via Starlink pour empêcher une contre-offensive de drones ukrainiens. Cette dépendance peut poser question dans le cadre des programmes de défense européen. Le fait de développer un programme spatial européen permet ainsi de garantir une autonomie opérationnelle en cas de guerre.
Les espoirs : Ariane 6 et un investissement dual
Le 9 juillet 2024 depuis le port spatial européen de Kourou, en Guyane française, la fusée européenne Ariane 6 a réussi son décollage et mis en orbite des micro-satellites. Ce vol marque un succès dans le lancement de satellite dans l’espace, ce qui réduit la dépendance aux lanceurs étrangers comme le Falcon 9 de SpaceX. Le prochain vol de la fusée Ariane 6 est prévu en novembre 2025, dans le cadre du programme Copernicus. SpaceX dispose toujours d’un avantage en termes de coûts de lancement du fait de la réutilisation de ses fusées. Mais l’Europe accélère sur ce sujet avec le programme Thémis et le moteur Prometheus, pour permettre la réutilisation du premier étage d’un lanceur.
Le budget spatial européen est actuellement investi dans le civil à 88%, contre 46% aux États-Unis. Pourtant, il serait possible d’augmenter le budget pour l’espace par un financement dual, à la fois civil et militaire. Cette approche pourrait permettre d’accélérer l’innovation et de renforcer la souveraineté technologique européenne. Le plan « Réarmer l’Europe » présenté par la Commission européenne en 2025 pour investir dans l’armée, pourrait être une opportunité pour financer des projets à double usage : des satellites de communication pour la défense et les citoyens.
Sources :
https://space-economy.esa.int/article/287/esa-report-on-the-space-economy-2025
https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/galileo/
https://cnes.fr/dossiers/iris2-future-constellation-made-europe
https://www.esa.int/Space_in_Member_States/France/Galileo_six_faits_qui_vont_vous_epoustoufler

Étudiant en Master II Droit de l’économie numérique à l’Université de Strasbourg.
Centres d’intérêt : intelligence artificielle, protection des données, cybersécurité, histoire et droit des conflits armés.
