Le samedi 28 septembre 2013, à l’occasion de la journée mondiale de mobilisation pour le droit à l’avortement, les ministres de la santé et des droits des femmes, Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem ont annoncé l’ouverture du site ivg.gouv. Les ministres pointent en effet la  « prolifération d’informations souvent trompeuses et culpabilisantes pour les femmes » sur internet.

Capture IVG
site: IVG.gouv.fr

Cette action gouvernementale fait suite au rapport sur l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), remis le 13 septembre 2013 par le Haut Conseil pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Celui-ci est révélateur de la nouvelle stratégie adoptée par les militants anti-IVG. En effet, il constate une augmentation croissante du nombre de sites, d’apparence neutres, mais derrière lesquels se cachent des associations opposées à l’avortement tel ivg.net. Ce qui frappe réellement, c’est la qualité référentielle de ces sites qui dépasse celle du site du planning familial, source première en matière d’IVG, témoignant ainsi de la puissance financière réelle du mouvement.
La nouvelle e-stratégie des anti-IVG
A cela s’ajoute un autre dysfonctionnement, à savoir la monopolisation de la parole de ces mêmes militants sur des sites participatifs généraux tels Doctissimo et Wikipédia. Ainsi, ce dernier site définit négativement l’avortement comme une interruption d’un processus qui « s’achève normalement à terme par la naissance d’un nouvel individu de l’espèce ». La désinformation passe également par nombre de témoignages négatifs sur l’IVG ou de faux numéros verts d’information tenus par les anti-IVG. Cette stratégie est d’autant plus efficace que la plupart des patientes s’informent d’abord sur internet avant de se rendre au planning familial ou chez un médecin.
C’est cette tendance que le Gouvernement veut combattre en lançant ce site d’information objectif et neutre. Une autre action plus pragmatique concerne le programme de rachat de mot clés à Google d’un montant de 10.000 € pour faire progresser le référencement. Par ailleurs, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé la préparation d’un projet de loi visant à étendre le délit d’entrave à l’IVG à l’action militante qui empêche la bonne information, y compris sur internet.
La guerre de l’IVG aura-t-elle lieu ?
Toutefois, il n’est pas sûr que ces mesures soient suffisantes à la vue de l’ampleur du phénomène. Il serait en effet illusoire de se reposer uniquement sur une loi pénale qui s’applique difficilement à la problématique internet et à la prolifération de la désinformation médicale en général. Cette prolifération est d’autant plus facilitée que 97% des Français utilisent Google comme principal moteur de recherche, ce qui pose inévitablement la question de la responsabilité de cette entreprise, notamment en terme de référencement.
Dans le même ordre d’idée, empêcher les commentaires exprimant une opinion serait une mesure allant à l’encontre du pluralisme voulu par la République. En effet, ce qui est ici visé ce n’est pas l’opinion anti-IVG en tant que telle, mais bien le détournement de l’information médicale qui doit être avant tout neutre et objective, avant de se positionner par rapport à une opinion. D’un autre côté, le militantisme internet se positionne de plus en plus vers la surcharge des commentaires, parfois en démultipliant les comptes utilisateurs (voir la fin de cet article du Monde)
C’est ainsi que la guerre pour l’accès à l’information sur l’IVG a commencé sur internet : reste à savoir si elle se finira.
Guillaume Sauter
Guillaume SAUTER
Etudiant en droit de l’économie numérique, europhile convaincu et concerné par la révolution numérique, les questions de cybersécurité, de protection des données personnelles et de sociologie humain-machine. Vous pouvez consulter mes profils Logo Linkedin 1 et logo viadeo ou me contacter par Logo Mail1  .

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