Avec l’émergence du numérique et des nouvelles technologies, la surveillance des employés est devenue une préoccupation importante de la part des employeurs et elle s’effectue notamment grâce à l’intelligence artificielle (IA). En effet, on voit un essor considérable des algorithmes évaluant la productivité, les communications ou encore le suivi des frappes clavier. L’IA permet donc aux entreprises de surveiller leurs employés avec une précision et une efficacité considérable.
Ainsi on se pose la question de savoir où s’arrête le droit de l’employeur lorsqu’il s’agit de surveiller ses employés ? Cette surveillance pose d’importantes questions éthiques et juridiques, notamment dans un monde où la frontière entre le travail et la vie privée devient de plus en plus étroite.
Des outils de surveillance toujours plus performants
L’utilisation de l’IA dans le cadre du suivi des employés repose sur plusieurs facteurs. Les entreprises peuvent recourir à des logiciels analysant en temps réel l’efficacité des travailleurs en mesurant le temps passé sur certaines applications, en évaluant le rythme de frappe du clavier ou encore les mouvements de la souris. D’autres utilisent également la reconnaissance faciale ou l’analyse des expressions pour évaluer l’attention des employés lors des réunions en visioconférence. De plus, certains outils comme les chatbots collectent et analysent d’immenses quantités de données issues des échanges entre collègues afin d’identifier les tendances ou les comportements jugés problématiques. Ainsi, tous ces outils, bien qu’ils puissent être présentés comme des moyens d’améliorer la productivité et la sécurité peuvent également être enclins à réaliser une surveillance constante et souvent méconnue des travailleurs.
Un cadre juridique flou
Le cadre juridique lié à la surveillance par l’IA reste flou dans de nombreux pays. Aux Etats-Unis, la loi Electronic Communications Privacy Act permet une surveillance sous certaines conditions mais n’encadre pas encore l’usage dédié spécifiquement par l’IA. En Europe, le RGPD impose des restrictions sur la collecte et l’utilisation des données personnelles mais en matière de surveillance des employés son cadre reste limité. L’un des principaux problèmes est le manque de transparence, les travailleurs ne savent pas qu’ils sont surveillés par une IA ni comment les données les concernant sont analysées et utilisées. Cette zone grise alimente donc les craintes concernant les décisions en matière de ressources humaines qui pourraient être prises sur la seule base de biais algorithmique.
Le télétravail, un accélérateur de surveillance
Le télétravail a accéléré le recours aux outils de surveillance basés sur l’IA. En effet, des logiciels permettent de suivre les employés à distance, d’enregistrer les captures d’écran de leur ordinateur, d’analyser leurs communications via des applications internes à l’entreprise et même d’utiliser leur webcam pour vérifier qu’ils sont bien présents. Cette surveillance numérique soulève donc des préoccupations majeures en termes de vie privée. À quel moment la nécessité de contrôler la productivité empiète-t-elle sur la sphère personnelle du salarié ? Peut-on imposer aux employés d’être constamment surveillés lorsqu’ils travaillent chez eux ? Ces questions restent largement sans réponse, faute d’un encadrement juridique strict.
Des conséquences négatives sur le bien-être des travailleurs
Même si l’IA permet d’améliorer la productivité, une surveillance excessive peut aussi entraîner des effets négatifs. Il en résulte que la pression constante liée à l’observation permanente peut générer du stress, une baisse de motivation et une détérioration des conditions de travail. De plus, une IA biaisée pourrait discriminer certains employés en fonction de leur genre, de leur origine ou de leurs habitudes de travail. Sans cadre légal, le risque est de voir des décisions prises de manière arbitraires sans possibilité de contestation pour les travailleurs.
Vers un encadrement plus strict de la surveillance par l’IA
Afin de lutter contre les dérives potentielles de l’IA, il devient de plus en plus urgent d’adopter des règles plus strictes afin d’encadrer la surveillance effectuée par celle-ci. Il faut contraindre les entreprises à informer clairement les employés sur les outils de surveillance utilisés et les données collectées tout en définissant les limites entre la surveillance nécessaire et l’atteinte à la vie privée. En complément du RGPD, des normes internationales devraient voir le jour pour garantir un équilibre entre la protection des intérêts des entreprises et le respect des droits des travailleurs. Si de telles régulations ne voient pas le jour, l’IA pourrait devenir un outil de contrôle abusif plutôt qu’un facteur d’amélioration de la productivité.
Ainsi, Il appartient aux employeurs, aux législateurs et aux travailleurs de définir ensemble un cadre éthique qui garantit une utilisation équilibrée de l’IA en matière de surveillance tout en respectant la vie privée des employés
Sources :
How AI is used to surveil workers | MIT Technology Review
How AI is used to surveil workers – ONMINE
The Legal Implications of Employee Surveillance – Barrett & Farahany
How employers use technology to surveil employees
