Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre parcours dans le domaine de l’innovation et des technologies immersives ?
Passionné par les sciences depuis toujours, mon parcours a naturellement commencé par une formation scientifique universitaire, suivie de travaux dans la recherche publique, avant de m’orienter vers des rôles opérationnels et techniques en entreprise. Au fil des années, j’ai développé une double expertise en informatique, à la fois très technique, de la programmation à la gestion des infrastructures, et ancrée dans les réalités du terrain et du déploiement opérationnel.
C’est la réflexion sur la place croissante des données numériques dans notre quotidien qui m’a conduit vers les technologies immersives. Persuadé que la réalité augmentée représentait l’interface idéale pour rendre ces flux de données complexes plus accessibles à l’être humain, j’ai fondé RA Pro pour promouvoir et structurer ces usages.
Cet intérêt pour l’innovation et les usages complexes m’a également poussé à m’investir dans d’autres secteurs, comme l’accompagnement des entreprises ou les biotechs. Que ce soit dans l’immersif, la santé ou les données, mon fil conducteur reste le même : explorer des domaines variés tout en gardant une approche pragmatique, centrée sur la réponse à des besoins concrets et le service rendu à l’utilisateur.
Comment les technologies immersives ont-elles évolué au cours des dernières années selon votre expérience ?
Pour comprendre l’évolution des technologies immersives, il faut d’abord clarifier un point : elles ne datent pas d’hier. Elles existent depuis plus de soixante ans et se sont développées dans des secteurs comme le militaire ou l’ingénierie industrielle, notamment l’aéronautique ou l’automobile. Il ne s’agit donc pas d’une nouveauté, mais d’une histoire longue.
Ce qui a profondément changé ces dernières années, ce sont les tournants majeurs qui ont facilité leur adoption par le grand public. Côté réalité augmentée, l’arrivée du smartphone, et en particulier de l’iPhone en 2007, a marqué un tournant en permettant des usages massifs au quotidien, comme l’essayage virtuel de produits ou les filtres ludiques de Snap en 2015. Pour la réalité virtuelle, le lancement d’Oculus en 2012, puis son rachat par Meta en 2014, ont constitué une autre étape clé. En intégrant ces technologies dans les foyers, un message fort a été envoyé aux entreprises : l’immersif n’était plus de la science-fiction, mais un outil concret et utile.
Cette maturité s’est cependant installée à des rythmes très variables selon les secteurs. Dans l’industrie ou le e-commerce grand public, certains usages, comme l’essayage de lunettes ou de maquillage, sont si intégrés depuis plus de dix ans qu’on ne parle même plus de technologie immersive. En revanche, dans des domaines comme le patrimoine ou la culture, l’appropriation a été plus récente.
Aujourd’hui, la grande tendance réside dans une double simplification : l’accès à un matériel de plus en plus facile à utiliser pour tous, comme les lunettes connectées, et le développement d’outils de conception toujours plus accessibles. Dans cette dynamique, l’intelligence artificielle joue désormais un rôle clé en facilitant et en accélérant la création de contenu.
Au-delà de leur utilisation en entreprise, quels sont aujourd’hui les domaines où les technologies immersives ont le plus d’impact (éducation, santé, culture, patrimoine, services publics, etc.) ?
La question est large, car les technologies immersives sont aujourd’hui utilisées dans de nombreux secteurs. Il est difficile d’établir un classement.
Si l’on devait cependant isoler un domaine où leur impact est à la fois important et mesurable, ce serait sans conteste celui de la formation. Depuis de nombreuses années, la réalité virtuelle et la réalité augmentée ont prouvé leur utilité dans les situations d’apprentissage. Apprendre par l’action, s’immerger dans des simulations complexes, s’entraîner dans des environnements dangereux ou difficilement reproductibles, ou encore apprendre à gérer son stress en situation critique : dans tous ces cas, l’immersif offre des résultats pédagogiques et comportementaux qu’aucune autre méthode ne permet d’atteindre avec la même efficacité.
Un autre champ d’application majeur concerne la visualisation d’espaces ou d’objets qui n’existent pas encore ou qui ont disparu. Dans l’immobilier ou l’aménagement du territoire, montrer un futur programme en 3D et permettre aux personnes de s’y promener grâce à un casque transforme la compréhension du projet. Cela aide à mieux anticiper les aménagements et donne une voix aux citoyens dans leur cadre de vie quotidien.
Dans la continuité de cette logique pédagogique et culturelle, l’immersif offre des possibilités uniques pour recréer des œuvres ou des paysages disparus, comme la reconstitution d’un château tel qu’il était décoré au XIVe siècle. Là encore, ces outils ouvrent des perspectives de projection et de médiation qu’aucun autre moyen de représentation classique ne peut égaler.
Enfin, le secteur de la culture et des loisirs n’est pas en reste. De plus en plus de spectacles exploitent ces technologies pour recréer des univers inédits ou placer les spectateurs dans un état émotionnel et cognitif particulier. Que ce soit pour faire voyager les gens ou pour transmettre des connaissances, l’expérience immersive renforce la mémorisation et améliore l’empreinte de cet apprentissage chez les utilisateurs.
Tous ces exemples ne représentent qu’un échantillon des usages actuels, car les technologies immersives continuent de pénétrer de nombreux autres domaines.
Pensez-vous que les technologies immersives peuvent contribuer à réduire certaines inégalités ou favoriser l’inclusion de certains publics ? Pourquoi ?
La réponse est complexe, car les technologies immersives présentent une ambivalence dans leur capacité à réduire les inégalités et à favoriser l’inclusion.
D’un côté, les opportunités sont indéniables, notamment en matière d’accès géographique et physique. Qu’un utilisateur vive en plein centre de Paris, dans un village d’Auvergne ou à l’autre bout du monde, une visite en réalité virtuelle permet de franchir la porte d’un lieu comme le Musée du Louvre sans se déplacer. Cette égalité d’accès s’applique aussi aux personnes en situation de handicap physique, qui peuvent ainsi explorer des espaces ou assister à des événements autrefois inaccessibles.
Au-delà de la mobilité, l’immersif offre des leviers puissants pour compenser certains déficits sensoriels. La réalité augmentée et la réalité virtuelle permettent, par exemple, de doubler une expérience visuelle d’une description sonore détaillée, ou de capter en temps réel l’environnement d’une personne malvoyante pour le lui retranscrire. Que ce soit pour se former, accéder à la connaissance ou assister à un concert, ces outils deviennent de vrais facteurs d’inclusion et de démocratisation.
Cependant, cet aspect positif est contrebalancé par les exigences propres aux technologies numériques. Pour que ces dispositifs soient réellement inclusifs, il faut que les utilisateurs sachent s’en servir, ce qui pose un enjeu majeur d’acculturation et de formation. Il existe ainsi un risque réel de fracture numérique liée aux compétences. À cela s’ajoute le frein financier : même si le coût du matériel diminue progressivement, l’équipement reste relativement onéreux et difficile d’accès pour une partie de la population. Sans une prise en compte pragmatique de ces barrières, l’immersif risque de créer de nouvelles formes d’exclusion.
Une anecdote illustre bien la capacité de ces outils à faire bouger les lignes : l’utilisation de la réalité augmentée dans les formations à la soudure. Dans plusieurs cas documentés, le déploiement de ces dispositifs a profondément modifié le profil des apprenants en attirant un public féminin, jusqu’alors très minoritaire dans ces filières industrielles. En évitant, dans un premier temps, le passage par des ateliers perçus comme pénibles ou salissants, la réalité augmentée a permis de mettre l’accent sur la technicité du geste. Cela a subtilement transformé la perception du métier et levé des freins sociologiques bien ancrés.
Curieux par nature, j’explore l’impact des nouvelles technologies (IA, blockchain, etc.) en matière de droit et dans notre quotidien. Objectif ? Rendre le numérique accessible à tous même papy et mamie !
