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En septembre dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, plusieurs pays ont lancé des alertes et exprimé la volonté de définir des lignes rouges pour encadrer le développement de l’intelligence artificielle. 

Cette démarche pose une question fondamentale : l’IA pourrait-elle être la dernière invention de l’humanité ? L’humanité maitrise-t-elle encore ses propres inventions ?

Le passé et son évolution montre que l’apparition de grandes inventions a toujours été accompagnée de peur. Le téléphone, l’électricité ou encore la voiture ont tous crée et suscité une crainte à leur début. Ces peurs sont souvent liées à la façon dont une technologie semble modifier irréversiblement les modes de vie, jusqu’à remettre en cause le contrôle que l’humain pense exercer sur elle.

À son origine, Internet, s’inscrivait dans une logique très différente : il était conçu comme un espace de liberté, un lieu d’échange humain fondé sur un idéal d’émancipation collective. Ce rêve exprimé par John Perry Barlow dans sa célèbre Déclaration d’indépendance du cyberespace en 1996, y affirmait avec force qu’aucun gouvernement ou pouvoir traditionnel ne pouvait s’imposer sur cet univers naissant et en pleine expansion.

Le paysage numérique a toutefois connu une profonde transformation depuis cette période. On observe aujourd’hui un renversement conceptuel majeur : le passage d’un Internet « humain », centré sur la coopération et l’autonomie des utilisateurs, à un Internet de plus en plus « machinique ». 

Ce nouvel Internet est dominé par l’automatisation, où la collecte massive et l’exploitation des données conditionnent désormais l’expérience en ligne, souvent au détriment de la liberté d’expression et de la diversité des contenus. Le numérique se transforme ainsi en un écosystème régulé par des algorithmes et des intelligences artificielles, laissant place à des enjeux complexes de contrôle et de souveraineté.

L’IA face à nos projections : de la singularité à l’anthropomorphisme

Cette question sur la fin de l’humanité provoquée par l’IA s’inscrit dans un ensemble plus vaste de réflexions philosophiques contemporaines. Parmi ces réflexions se trouve les accélérationnistes et les doomers qui cristallisent deux attitudes opposées, l’espoir d’un progrès technologique salvateur et la crainte d’une domination machinique. Ces courants trouvent leurs racines dans une culture intellectuelle plus large que Timnit Gebru et Emily M. Bender ont qualifiée de « TESCREAL bundle », acronyme regroupant les traditions transhumanistes, extropianistes, singularitariennes et plus globalement les mythes techno-messianiques liés à l’intelligence artificielle. Ces perspectives s’inscrivent dans une lignée idéologique où la croyance en l’utopie technologique tend à confondre éthique, spiritualité et puissance computationnelle.

Plusieurs auteurs, comme Kate Crawford et Éric Sadin, ainsi que des essais récents comme « Les prophètes de l’IA » ou « Apocalypse Nerds », ont démontré que ces récits de la suprématie technologique s’inscrivaient dans une tradition occidentale basée sur le salut technologique. La question n’est donc pas seulement de savoir si l’IA détruira l’humanité, mais de comprendre pourquoi certains discours souhaitent activement cette transformation comme une forme d’accomplissement quasi spirituel.

Dans ce débat, la singularité technologique s’affirme comme le concept central, c’est l’hypothèse selon laquelle l’apparition d’une intelligence artificielle capable de s’améliorer elle-même entraînerait une croissance exponentielle des technologies, provoquant des bouleversements sociaux imprévisibles. Démocratiser par Vernor Vinge et Ray Kurzweil, cette idée divise, certains anticipant son arrivée autour de 2045, d’autres restant sceptiques.

Cette inquiétude augmente par notre tendance naturelle à anthropomorphiser l’IA, c’est-à-dire à lui prêter des intentions, une conscience ou des émotions qu’elle ne possède pourtant pas.

Il s’agit là d’une confusion fondamentale. L’Homme, conscient de sa propre capacité d’autodestruction, projette sur l’IA cette dimension destructrice et la perçoit comme une menace potentielle. Autrement dit, en lui attribuant des traits humains, nous lui conférons une conscience qui la rendrait aussi dangereuse que nous.

Ce phénomène s’explique également par ce que Masahiro Mori appelle la vallée de l’étrange : lorsqu’une machine ressemble presque à un humain, ses imperfections créent un trouble cognitif dérangeant. Cette sensation renforce notre méfiance envers ces machines qui, sous leurs traits familiers, demeurent profondément étrangères.

Les symptômes d’un Internet déjà transformé

Depuis quelques années, la prolifération de contenus générés automatiquement par des IA, qu’il s’agisse de textes, d’images ou de sons, alimente un flux massif d’informations de qualité inégale. Cette production automatisée crée une forme de « bouillie numérique » de « slop »qui rend le tri de l’information complexe et appauvrit la valeur du Web en submergeant les espaces en ligne sous une avalanche de contenus peu pertinents. L’objectif implicite semble être de saturer Internet, au détriment de sa diversité et de son authenticité d’origine.

Certains analystes y voient une perspective dystopique : celle d’un Internet déshumanisé, où les utilisateurs, lassés de l’artificialité ambiante, chercheraient à se reconnecter ailleurs, dans des espaces plus authentiques ou hors ligne.

La dernière invention ou le dernier miroir de l’humain ?

L’IA n’est peut-être pas la dernière invention de l’humanité, mais elle soulève pour la première fois la question du rôle même de l’humain dans la création et la maîtrise de ses outils.

Certains observateurs mettent en garde contre le risque d’une indifférence collective qui ferait disparaître l’esprit d’échange, de curiosité et d’humanité qui caractérisait autrefois Internet. 

Pourtant, une note d’espoir demeure : le développement d’une véritable éducation numérique pourrait permettre aux générations futures d’aborder ces espaces avec un regard critique, conscient des enjeux techniques, sociaux et culturels qui s’y jouent.

 

Sources : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Singularité_technologique

https://www.youtube.com/L’horreur_existentielle_de_l’usine_à_trombones.

https://www.lemonde.fr/nous-allons-perdre-le-controle-comment-les-catastrophistes-de-l-ia-haussent-le-ton_6641620_4408996.html 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Slop_(intelligence_artificielle) 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Déclaration_d%27indépendance_du_cyberespace

https://fr.wikipedia.org/wiki/Perroquet_stochastique

https://www.forbes.fr/technologie/et-lhomme-crea-lia-a-son-image/

https://www.youtube.com/watch?v=z1M6_W3ZJkQ 

https://firstmonday.org/ojs/index.php/fm/article/view 

https://fr.wikipedia.org/wiki/TESCREAL 

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