Dans un contexte mondial marqué par la recrudescence des conflits armés, la course à l’innovation militaire s’intensifie dans le monde. Que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, les Etats investissent massivement dans les nouvelles technologies militaires afin d’obtenir un avantage stratégique en cas de conflits.
La compétition technologique était autrefois centrée sur la dissuasion nucléaire ou la supériorité aérienne. Désormais, ce sont les drones, robots, casques connectés et les systèmes intelligence artificielle qui incarnent la nouvelle supériorité militaire. Ces innovations de rupture visent à accélérer la prise de décisions, offrir un avantage tactique déterminant ou encore réduire les pertes humaines. Quelles sont ces nouvelles technologies susceptibles de redéfinir la puissance militaire de demain ?
Le robot-chien armé
La société australienne Skyborne Technologies a lancé son robot quadrupède semi-autonome, armé et connecté. Conçu pour des opérations au sol, ce robot-chien peut se déplacer dans les zones urbaines ou sur des terrains complexes, ainsi que procéder à des tirs sur ordre humain. L’intelligence artificielle intégré au quadrupède lui permet de viser de façon autonome. S’il peut se déplacer librement, il ne peut pas ouvrir le feu sans autorisation d’un opérateur humain. L’un de ses atouts réside dans sa simplicité d’utilisation. Il suffit d’une formation de quelques jours pour permettre aux opérateurs de le maîtriser. Pour l’armement, il est équipé d’un lance-grenades ou d’un fusil de chasse du constructeur. De plus, le robot dispose d’une autonomie opérationnelle d’au moins deux heures en fonctionnement continu.
Pour la suite, Skyborne souhaite connecter le quadrupède à son drone aérien, pour créer un système de combat intégré. D’autres pays, comme la Corée du Sud, investissent également dans ce secteur. Ce type de robot est de plus en plus développé et déployé par les armées dans le monde, notamment pour accompagner des unités d’infanterie. La société Skyborne a déjà conclu des contrats avec le ministère de la Défense britannique et l’armée américaine. Le robot est opérationnel et déjà utilisé par cette dernière. Le marché mondial des robots militaires est estimé à 18,5 milliards de dollars en 2024.
X-Bat, un « avion de chasse » piloté par IA
X-Bat est un avion de combat autonome conçu pour fonctionner grâce à l’intelligence artificielle, sans pilote humain ni piste d’atterrissage. La start-up américaine Shield AI, qui l’a développé, a pour slogan « la plus grande victoire ne nécessite pas de guerre ». L’avion peut décoller verticalement (mode VTOL), ce qui facilite son déploiement depuis un milieu hostile. Son logiciel d’IA Hivemind peut gérer la navigation, la prise de décisions tactiques et la coordination avec d’autres appareils. Il peut agir même lorsque les GPS ou les liaisons de communication sont perturbées.
Le coût de production d’un X-Bat serait de 23,2 millions d’euros, un montant bien inférieur aux grands avions de combat actuels. Toutefois, c’est une estimation fournie par l’entreprise. Il faudra attendre la commercialisation de l’aéronef pour confirmer le prix. L’armée de l’air américaine fait partie des clients de cette entreprise. En cas de réussite, cet avion pourrait être intégré à l’arsenal américain. Les premiers vols d’essai sont prévus pour 2026, pour un potentiel déploiement opérationnel en 2028.
EagleEye : l’équipement du futur
L’équipement EagleEye, conçu par la société américaine Anduril Industries, est destiné à équiper les soldats augmentés de demain. Anduril a noué un partenariat avec Meta en mai 2025, pour développer de nouveaux équipements et logiciels de réalité augmentée pour soldats. En pratique, c’est un système informatique embarqué dans un casque. La visière fait office de réalité mixte en superposant des informations numériques au monde réel. Concrètement, le casque permet de commander des drones, de détecter des menaces ou d’activer une vision thermique.
Les avantages de ce casque pour les combattants est multiple. D’abord, elle permet au soldat de voir le suivi des cibles assisté par l’IA, tout en fournissant une caméra de vue thermique. Le casque EagleEye permet aussi de pouvoir contrôler les drones aériens (UAV). Une première livraison de cet équipement est prévue pour 2026.
Ainsi, on observe une tendance mondiale à la robotisation et à l’intégration de l’intelligence artificielle sur le champ de bataille. Si l’utilisation massive des drones est le changement le plus marquant de ces dernières années, les robots et l’IA seront les prochaines innovations. En septembre 2025, l’armée de Terre française a annoncé un programme de robotisation massive nommé « Pendragon », avec une enveloppe de 5 milliards d’euros pour 2024-2030. L’arrivée imminente de ces innovations militaires pourrait bousculer les règles du droit humanitaire international. L’usage de systèmes d’armes autonomes ou de prise de décision par IA nécessite un nouvel encadrement juridique.
Source :
- Robot-chien tueur autonome de la société Skyborne
- Le CODiAQ dévoilé aux Etats-Unis
- Article sur le chien-robot de Skyborne
https://lessentieldeleco.fr/3851-codiaq-le-chien-robot-lanceur-de-grenades/
- X-Bat par ShieldAI
- Vidéo introductive du X-Bat
https://www.youtube.com/watch?v=OnpuNlE3UxU
- Article de l’Usine digitale sur X-Bat
- Article de Numerama sur le casque Eagle Eye
- Le partenariat entre Anduril et Meta

Étudiant en Master II Droit de l’économie numérique à l’Université de Strasbourg.
Centres d’intérêt : intelligence artificielle, protection des données, cybersécurité, histoire et droit des conflits armés.
