• Auteur/autrice de la publication :
  • Commentaires de la publication :0 commentaire
  • Temps de lecture :7 mins read
  • Post category:Digital divide
You are currently viewing L’IA : véritable innovation durable ou bulle spéculative prête à éclater
Image générée par IA

Lorsque l’on aborde l’IA sous l’angle des chiffres, nous sommes saisis de vertiges tant les sommes sont colossales. A titre d’exemple le 29 octobre dernier la société californienne Nvidia est devenue la première entreprise cotée à franchir le cap symbolique des 5000 milliards de dollars de valorisation boursière. Elle représente 8% du S&P500, indice boursier regroupant les 500 entreprises disposant des plus importantes capitalisations boursières américaines, et vaut désormais deux fois plus que le CAC 40 (indice boursier de Paris comportant les 40 plus grandes entreprises françaises). Quant aux « Magnificent seven » (Nvidia, Apple, Microsoft, Tesla, Amazon, Meta et Alphabet-Google), ils pèsent 38% de ce même indice boursier. Et pourtant malgré ces chiffres impressionnants des doutes émergent parmi les économistes sur le devenir de cette technologie.

L’histoire économique est jalonnée d’épisodes de frénésie spéculative occasionnant des investissements massifs et des projets entrepreneuriaux d’envergure suivis par des périodes de replis qui précédent le retour en grâce des technologies déchues en ayant au passage éliminés les acteurs les plus fragiles au profit des puissants pour enfin entamer un cycle de stabilité. Dans la course actuelle au développement de l’IA il est intéressant d’analyser l’écosystème en place pour envisager l’évolution de cette technologie émergente.

Un cocktail explosif : des sommes astronomiques en jeu, des investissements sous forme de dettes massives et une économie circulaire entre quelques acteurs majeurs

En 2025, les dépenses d’investissement prévues par les entreprises américaines pour des projets liés à l’IA devraient dépasser 400 milliards de dollars. Selon le Financial Times, cette somme a été multipliée par 2,7 depuis la présentation en 2022 du modèle chatGPT d’OpenAI qui marque le point de départ de cette course effrénée vers cette technologie présentée comme étant celle du futur.  3000 milliards de dollars de dépenses mondiales sont envisagées dans le domaine d’ici 2029 selon la banque Morgan Stanley. Rien que la société OpenAI chiffre ses investissements prévisionnels sur huit ans à hauteur de 1400 milliards de dollars. Un problème émerge, celui du financement de ces investissements. En effet les géants de la tech sont en train de contracter de la dette pour des montants inédits, à des taux dépassant 6%. Ainsi Meta a levé 30 milliards de dollars de dette pour une durée de 24 ans au taux de 6,58% pour un projet de centre de données abritant des supercalculateurs baptisé Hyperion. Au final cette somme sera multipliée par 4,6 à l’issue des 24 ans. Oracle et OpenAI se sont associés pour un projet de data center dans le Wisconsin de 38 milliards de dollars empruntés sur cinq ans au taux de 6,40%. L’IA n’a plus vocation à être financée par des professionnels du secteur et des géants de la tech dans le cadre du capital-risque tant les montants requis sont élevés occasionnant ainsi une explosion des dépenses d’infrastructures.

Un autre point inquiète, il s’agit du cercle de croissance fermé qui s’est créé autour de ce secteur. Le cas de Nvidia est emblématique de cette tendance : fournisseur de puces destinées à l’IA, cette société vend à ceux qu’elle finance. Son dirigeant a annoncé investir 100 milliards de dollars dans OpenAI pour le développement de ses serveurs. En effet sans révolution IA pas de puces à vendre et sans puces pas de révolution IA. Le destin de ces deux entreprises est fatalement lié. Autre exemple Anthropic le concurrent d’OpenAI a conclu des accords avec Amazon et Google qui vont le financer à hauteur de 4 et 2 milliards de dollars. En échange Anthropic va investir 4 milliards de dollars dans Amazon Web Services, la plateforme Cloud d’Amazon. Au final les flux de capitaux bénéficient essentiellement à ceux qui peuvent vendre leur produit (Nvidia) ou louer leurs serveurs (Microsoft, Amazon, Google, Oracle).

Le spectre de la bulle spéculative

Et c’est bien ce point qui fait naître des doutes sur la viabilité de l’IA. Si l’on prend pour exemple la société OpenAI dont le chiffre d’affaires est de 13 milliards de dollars en 2025 pour atteindre désormais un chiffre d’affaires en rythme annuel de 20 milliards d’euros, sa valorisation boursière est de 500 milliards de dollars. L’écart est énorme et constitue le signe d’une bulle spéculative. Cette absence de perspectives de rentabilité n’est pas réservée aux seules entreprises spécialisées dans l’IA. Selon une étude réalisée par le MIT à l’été 2025 sur 300 cas d’introduction d’outils IA dans les entreprises, 95% n’ont généré aucun retour sur investissement. Il n’a été constaté qu’une amélioration de la production individuelle mais sans contribuer au résultat net des entreprises. Seuls 5% de ces cas ont rapporté réellement de l’argent. La célèbre bulle dotcom qui avait éclaté dans les années 2001-2002 avait aussi pour origine un afflux massif de capitaux vers une technologie (la commercialisation d’internet) portée par des sociétés peu ou pas rentables mais avec des valeurs en bourse à des niveaux record.

Selon la Deutsche Bank le risque de bulle serait même triple car elle y voit également deux autres bulles. La bulle d’infrastructure qui se caractérise par des investissements colossaux dans les centres de données, les cartes graphiques et l’énergie nécessaire au fonctionnement de tous ces équipements avec le risque de construire trop vite et trop grand par rapport à la demande. Enfin une bulle marketing qui crée une euphorie autour d’une technologie dont les capacités réelles sont volontairement exagérées et qui encourage des projets sans modèle économique viable à court terme.

Et s’il suffisait d’aborder les IA avec plus de pragmatisme pour éviter le krach

La start-up chinoise DeepSeek a lancé en janvier 2025 un modèle d’IA aux performances comparables à ceux d’OpenAI moins onéreux avec des composants moins sophistiqués et moins nombreux. Cet exemple devrait amener les géants du secteur à s’interroger sur l’intérêt des dépenses envisagées. Il ne s’agit pas de dépenser sans compter et de s’inquiéter a posteriori de cet aspect en espérant que des plans de licenciement pourront améliorer la rentabilité.

Une autre piste à envisager pour aborder sereinement la croissance du secteur de l’IA est son application dans le e-commerce. Elle prend différentes formes : chatbots pour le support client, moteurs de recommandation, outils d’optimisation des paniers. Toutes ces options attirent de forts investissements mais la monétisation est tangible. Un modèle comme ChatGPT pourrait même devenir à terme une interface transactionnelle lui conférant ainsi le statut de place de marché. Il existe aussi un solide marché pour les IA “expertes” (santé, finance, industrie). L’IA médicale pour la détection de cancers, l’IA financière pour l’analyse de risque, ou l’IA industrielle pour l’optimisation énergétique s’appuient sur des besoins émergents mais réels. Le temps d’adoption risque d’être long en raison de différentes phases à respecter : régulation, certifications, intégration. Cependant la concurrence est moindre car les barrières à l’entrée sont fortes car il s’agit de secteurs réglementés. Les valorisations sont élevées mais plus en adéquation avec des perspectives réelles. La croissance s’aligne sur une utilité sociétale incontestable.

Si la bulle devait éclater, il ne faudrait toutefois pas y voir la fin des IA et le retour à une sobriété austère. En effet l’économiste Carlota Perez nous invite à considérer ce phénomène économique comme un catalyseur agissant tel un immense filtre destiné à trier les projets d’avenir de ceux qui ont la résonance d’une coquille vide. C’est d’ailleurs bien ce qui s’est produit à l’éclatement de la bulle internet, des géants comme Google et Amazon ont émergé de son effondrement.

Sources :

Sitographie :

https://www.politis.fr/articles/2025/10/economie-autopsie-de-la-bulle-de-lintelligence-artificielle/?

https://www.ia-info.fr/ia-bulle-speculative-et-defi-industriel.html

https://www.iagen.io/du-spectre-de-la-bulle-a-la-realite-des-marches/?

https://www.bdor.fr/actualites-or/bulle-ia-deutsche-bank-economie-americaine?

https://partageonsleco.com/2025/01/19/definition-de-la-bulle-dotcom/

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/11/12/derriere-la-course-a-l-ia-des-montagnes-de-dette-s-accumulent_6653065_3234.html

https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/04/les-trois-enseignements-d-une-folle-flambee-de-wall-street_6651888_3232.html

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/10/26/intelligence-artificielle-la-folle-circulation-des-milliards-qui-nourrit-le-secteur-et-fait-craindre-une-bulle_6649648_3234.html

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/11/09/intelligence-artificielle-openai-face-aux-doutes-sur-son-modele-economique_6652813_3234.html

Podcast :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-journal-de-l-eco/la-bulle-de-l-intelligence-artificielle-prete-a-eclater-2153289

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.