Il devient monnaie courante de célébrer les effets positifs des technologies. Même si une forme de critique commence à s’installer dans le dialogue social, peu de réponses concrètes y sont encore apportées.
Peut-on affirmer que le progrès technologique influence la montée en compétences en entreprise ?
L’implémentation croissante des technologies a, en effet, un impact positif sur la polyvalence des salariés. L’accès à l’information est facilité (via Google), et le raisonnement à partir de ces données devient désormais possible (notamment avec ChatGPT). Si cette évolution n’est pas exempte de risques, comme celui de l’infobésité grandissante, elle en soulève encore bien d’autres.
Elle tend aussi à devenir une norme, à laquelle ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder risquent d’être exclus de certains postes.
L’intelligence artificielle accroît, d’une certaine manière nos compétences, toujours sous la condition qu’elle soit utilisée de façon raisonnée. Mais ce gain de productivité ou de performance devient alors un nouveau seuil minimal d’attentes que l’on projettera sur les travailleurs.
Le risque, déjà bien présent, est que cette arrivée brutale des technologies engendre un stress considérable, où chacun ressent la pression de devoir s’y conformer sous peine d’être rapidement distancé.
Comment les technologies de pointe peuvent-elles, à l’inverse, contribuer à résoudre les problématiques de sécurité ou de bien-être au travail ?
Les emplois dits « 3D » (dégoûtants, dangereux, dégradants) sont aujourd’hui de plus en plus pris en charge par des robots. Les tâches les plus répétitives sont désormais automatisées, ce qui représente un gain de confort considérable dans certains secteurs, comme les industries chimiques ou pétrolières.
Malgré tout, les risques psychosociaux restent difficilement évitables. Lorsqu’un salarié se retrouve subordonné à une intelligence artificielle pour accomplir son travail, car celui-ci est exécuté bien plus rapidement avec son aide, il peut développer un sentiment de déqualification. Le rythme de travail s’accélère, réduisant d’autant les temps de repos.
Le robot, insensible à la fatigue comme à l’émotion, ne fixera pas de limite au rythme des commandes transmises aux employés équipés de casques audio. Et si ce n’est pas lui qui le fait, personne ne le fera à sa place. L’automatisation entraîne aussi une segmentation du travail en tâches très spécifiques, répétitives, parfois aliénantes.
On parle alors d’une précarisation de la main-d’œuvre, mise au service de la machine.
L’Organisation des Nations unies tire la sonnette d’alarme : elle alerte sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi, notamment sur celui des femmes. Les résultats d’une étude montrent que les postes occupés par des femmes sont deux fois plus exposés à l’automatisation que ceux occupés par des hommes.
Si dans le secteur de la tech européenne les femmes restent sous-représentées, elles sont en revanche bien plus présentes dans les emplois administratifs, aujourd’hui fortement exposés à l’émergence de l’intelligence artificielle.
Il y a donc un véritable dialogue social à engager pour mieux protéger certains travailleurs en y apportant des solutions concrètes à mettre en place.
Théo BARTZEN
Sources :
