You are currently viewing L’utilisation des objets connectés (IoT) en matière d’assurance automobile
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Tout mécanisme d’assurance repose sur des statistiques qui permettent de déterminer la probabilité de réalisation d’un risque. En ajoutant à ces statistiques des données de conduite réelles, il est possible d’obtenir une probabilité de réalisation du risque encore plus précise.

Parce que de nouvelles pratiques accompagnent les nouvelles technologies, les assureurs doivent constamment adapter leur modèle et proposer de nouvelles offres. Ces dernières années, un nouveau modèle a émergé, celui des Assurtech. Elles s’appuient sur le Big Data, l’IA et les objets connectés pour proposer des modèles toujours plus proches des pratiques des assurés. Pour proposer des modèles personnalisés, les assureurs se basent sur l’analyse de données. Ces dernières ne manquent jamais, notamment en raison de la prolifération des objets connectés. L’IA est capable d’analyser rapidement ces gros volumes de données pour en déduire des probabilités.

La variation des usages: une tarification adaptée

Les usages en matière de déplacement évoluent et varient selon plusieurs facteurs. Ils tendent par exemple à devenir plus occasionnels dans les grandes villes, qui proposent de nombreuses alternatives et encouragent les mobilités douces. Ces changements sociétaux poussent les assureurs automobiles à repenser leurs offres. Les objectifs premiers tendent vers la modularité de l’offre avec une tarification liée à l’usage. Les offres « Pay as You Drive » qui permettent aux conducteurs de payer en fonction du nombre de kilomètres parcourus se multiplient.

Ces tarifs « adaptés » à la conduite du consommateur ne viennent néanmoins pas sans contrepartie. En effet, pour pouvoir réduire le montant de ses primes d’assurance, l’assureur analyse les données de conduite récoltées. Dans certains cas, c’est la collecte des données de conduite de l’assuré qui permet la personnalisation de son tarif : le nombre de kilomètres parcourus tel jour, son arrivée à destination à telle heure. Cela soulève évidemment des questions s’agissant de la protection des données personnelles et de la vie privée. S’il semble s’agir d’une préoccupation majeure, une étude d’Harris Interactive de février 2019 révélait pourtant que plus de 70% des Français accepteraient de partager leurs données personnelles contre une réduction des primes d’assurance.

Des assurés sélectionnés à partir de l’analyse de leurs données de conduite

Pour être attractive, l’Assurtech doit se distinguer de ses concurrents, notamment par une démarche dématérialisée et un prix largement plus bas que les assureurs traditionnels. Pour prendre un exemple concret aux Etats-Unis, l’Assurtech Root Insurance a affiché au premier semestre 2019 une hausse de 827% des contrats souscrits par rapport à 2018. Si la startup peut maintenir des prix relativement bas, c’est parce qu’elle sélectionne ses assurés parmi les meilleurs conducteurs. En effet, les assurés réalisent un test de conduite durant 2 à 3 semaines via une application dédiée à cet effet disponible sur smartphone. Les données de conduite enregistrées permettent ensuite d’évaluer le comportement du conducteur et d’établir un devis dont le montant est déterminé à 35% sur la conduite.

L’Assurtech française Wilov obéit à la même approche dématérialisée. Elle se distingue néanmoins de certains de ses concurrents en proposant une assurance à l’usage. L’assuré reçoit un capteur sous forme de badge qu’il peut installer lui-même et connecter au Bluetooth de son téléphone.

Un enregistreur de données automobiles, obligatoire sur tous les véhicules d’ici 2024

La réflexion sur les données de conduite ne s’arrête pas là. En effet, dans le cadre du Règlement (UE) 2019/2144, les nouveaux véhicules homologués en Europe devront être équipés d’une « boite noire », c’est-à-dire un enregistreur de données automobiles, relatives notamment à la vitesse, l’accélération, le freinage, le port de la ceinture ou encore la force de la collision. Cet appareil ne conserve les données enregistrées qu’en cas d’accident (30 secondes avant l’accident et 10 secondes après le choc) et n’est à priori pas accessible par les assureurs, mais uniquement par les enquêteurs, les autorités judiciaires ou les instituts de recherche.

Néanmoins, il convient de se demander si ce dispositif, qui deviendra obligatoire sur tous les véhicules d’ici 2024, va changer les règles dans la détermination de responsabilité en cas d’accident, et s’il ne préfigure pas à l’installation de boitiers plus développés accessibles par les assureurs. L’assuré pourrait alors être amené à mettre volontairement un tel boitier en place dans son véhicule en échange d’un tarif concurrentiel. Il est probable que ce sujet soit saisi des juristes dans un proche futur et entraine dès lors l’Union européenne à prendre position.

 

Sources :

 

A propos de Karine Munschi