You are currently viewing Impression 3D en milieu hospitalier : une innovation au cœur de la crise
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En quelques années l’impression 3D s’est imposée dans les hôpitaux français passant d’une expérimentation isolée à un usage étendu.

La crise, moteur d’innovation

La crise de la Covid-19 a frappé durement le secteur de la santé qui était déjà fragilisé par des années de coupes budgétaires et de gestion à coup de performances dans une logique de rentabilité. A cette situation tendue est venue s’ajouter celle de la pénurie d’équipements médicaux en raison d’une tension sur ces approvisionnements devenus stratégiques et dont les stocks faisaient défaut en France. Dans ce contexte, un partenariat innovant a vu le jour en mars 2020. Un chirurgien de l’AP-HP et le PDG d’une start-up spécialisée dans les services médicaux d’impression 3D ont mis en place « une ferme 3D » de 60 imprimantes. Cette coopération inédite entre équipes soignantes, ingénieurs, fournisseurs et partenaires universitaires a permis de produire en neuf mois plus de 33 000 unités. Il s’agissait majoritairement d’équipements de protection mais aussi des instruments chirurgicaux, des supports pour bouteilles d’oxygène, des pièces de rechange pour machines de nettoyage et même des appuie-tête pour les patients en soins intensifs.

Même si cette organisation n’a pas perduré dans le temps car elle avait été conçue en réponse à une période particulière et n’avait pas fait l’objet d’une réflexion plus poussée sur sa viabilité financière, elle a introduit de manière déterminante cette technologie comme ressource disponible dans une France faiblement industrialisée dans le secteur des biens médicaux manufacturés.

L’impression 3D, le nouvel outil du quotidien des hôpitaux

Désormais l’AP-HP a lancé un nouveau dispositif nommé Prim3D qui constitue un service d’impression 3D mutualisé pour tous les hôpitaux du groupe. La production a aussi changé de nature, l’objectif n’est plus de pallier l’absence de matériel mais d’améliorer les conditions de travail avec des objets réservés à différentes utilisations :

  • reproductions anatomiques sur-mesure à haut degré de réalisme pour la formation;
  • supports pédagogiques pour l’accompagnement thérapeutique des patients;
  • modèles anatomiques spécifiques à chaque patient pour la préparation des interventions chirurgicales.

A terme est envisagée la création de dispositifs médicaux pour les besoins en interne.

Cette initiative n’est pas unique puisque l’AP-HP a également créé un réseau de 19 CHU pour échanger autour des bonnes pratiques dans le domaine.

Certains hôpitaux sont déjà très avancés sur ce sujet, notamment le CHU de Besançon qui a la capacité d’implanter des dispositifs médicaux issus d’impressions 3D. Ils sont destinés principalement à la chirurgie cancérologique pédiatrique, la chirurgie malformative pédiatrique, la chirurgie orthopédique et traumatologique, la chirurgie maxillo-faciale et stomatologique, la neurochirurgie.

Cette méthode trouve également une application pharmaceutique. L’Hôpital Carémeau à Nîmes s’est équipé d’une imprimante 3D pour la conception de médicaments sur-mesure. Elle permet en effet de produire des unidoses avec des dosages différents qui ont une composition beaucoup plus stable que leurs équivalents sous forme liquide. Ce format est particulièrement adapté pour les traitements pédiatriques.

Et si c’était le début d’une nouvelle ère médicale ?

Ainsi l’impression additive, l’autre nom qui est utilisé au sujet de cette pratique, est actuellement bien implantée dans les hôpitaux français. Mais ce n’est pas la dernière innovation technologique à investir le champ médical. En effet la prochaine révolution médicale qui s’annonce est la bio-impression ou impression 3D de tissus biologiques à partir de cellules humaines, voire d’organes.

A la différence de l’imprimante 3D classique qui a recours à du plastique ou du métal pour ses créations, la bio-impression utilise une « bio-encre » composée de cellules vivantes et de biomatériaux pour construire des tissus biologiques. Les couches sont d’une précision extrême pour reproduire la complexité des structures du vivant avec une fidélité microscopique.

Toutefois pour le moment la reproduction d’organes demeure une perspective faisant l’objet d’études. En effet en plus de la forme, il convient également de recréer la fonction, par exemple un foie imprimé doit être capable de détoxifier l’organisme. Le défi technologique est immense mais s’il est relevé, ce sera un espoir pour toutes les personnes devant subir une greffe car les risques de rejets seront diminués par cette technique.

Loin de ces projections futuristes, cette technologie fait déjà l’objet d’essais cliniques au sein de l’Hôpital de la Conception à Marseille par le biais de la start-up française Poietis. Ils ont pour objectif de produire des tissus humains en grande quantité qui seront utiles pour des reconstructions de patients greffés, victimes de brûlures ou de traumatismes graves.

S’il est intéressant de constater qu’un épisode de crise peut contribuer à favoriser le progrès médical, il faut toutefois garder un certain recul sur cette course technologique engagée par les hôpitaux. En effet ces nouvelles technologies bien que très prometteuses ne sont pas exemptes de danger si elles ne font pas l’objet d’un encadrement rigoureux. L’Agence européenne des médicaments travaille actuellement à l’élaboration de normes spécifiques pour les produits issus de la bio-impression en complément de celles déjà existantes pour les médicaments et les dispositifs médicaux.

Ainsi la médecine du futur n’a jamais semblé aussi proche.

Sources :

https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/sante-et-biotech/impression-3d-en-milieu-hospitalier-linnovation-ouverte-durant-la-crise-du-covid-19/

https://www.3dnatives.com/chu-france-impression-3d-25032024/

https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/comment-l-impression-3d-revolutionne-l-hopital-de-brest-2381340

https://www.radiofrance.fr/franceculture/rapidite-precision-et-bas-cout-l-impression-3d-seduit-de-plus-en-plus-le-milieu-medical-3343094

https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-dossiers/bioprinting-la-bio-impression-3d-va-t-elle-revolutionner-la-greffe-dorganes-dici-2030

https://www.aphp.fr/prim3d

https://www.chu-besancon.fr/la-recherche/plateformes-et-structures-de-recherche/i3dm.h

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