You are currently viewing “Casser la voix” des versions françaises de mauvaise qualité grâce au doublage automatisé
© Image libre de droit - Pexel, George Milton

Le mois de Septembre 2023 marquait la fin de l’été et le début des heures sombres pour… l’industrie du doublage. Depuis la mi-septembre de nombreuses vidéos de personnalités célèbres conversant aisément dans plusieurs langues étrangères, circulent sur les plateformes X (nouveau nom de Twitter) et Tik Tok. Non, les français ne sont pas soudainement devenus bons en anglais, italien ou encore japonais, mais l’intelligence artificielle (IA), elle, l’a toujours été.

En 2015, 70% des Français[1] déclaraient préférer voir un film en version française plutôt qu’en version originale. Cette version française n’existait jusque là, que grâce aux auteurs de doublages et aux comédiens spécialisés dans ce domaine. Mais depuis septembre, la start up Heygen offre la possibilité à ses utilisateurs de faire ce travail avec l’aide de l’intelligence artificielle. Plusieurs syndicats et associations de professionnels ont élevé leurs voix contre ce nouvel usage menaçant leur métier.

Heygen Ai, mauvais bouc émissaire de la presse ?

Ces derniers jours la presse a beaucoup mis en avant cette startup innovante, comme si elle était l’ennemi juré de l’industrie du doublage. En se penchant sur le site d’Heygen Ai  on réalise que la possibilité de doubler directement une personne dans une autre langue n’est qu’une des nombreuses fonctionnalités offertes par la plateforme. La start up propose d’accompagner l’utilisateur dans ses présentations professionnelles. Les utilisateurs peuvent également, réaliser des vidéos de présentation sans avoir à parler devant l’écran et apprendre la présentation grâce à un avatar à leur effigie. Enfin, la plateforme d’Heygen Ai ne supporte que jusqu’à 500MB de vidéo, donc des vidéos de moins de 10 minutes.

Même si Heygen fait parler d’elle depuis la mi-septembre, elle n’aura probablement pas d’impact sur l’industrie du doublage. Cependant, certaines sociétés proposent de traduire des films grâce à l’IA depuis 2020.

©Page d’accueil d’HeyGen 

La peur du grand remplacement, crainte infondée ou justifiée?

En 2021, la start up israélienne Deephub permettait aux audiences sudaméricaines et mexicaines de voir le film d’horreur Everytime I die en doublé dans leur langue grâce à l’IA. Mais quand on se penche un peu plus sur l’utilisation de l’IA dans le monde du cinéma, on réalise que ce n’est pas la première utilisation de cette technologie. En 2020, Disney avait recours à des procédés similaires dans la série The Mandalorian en reprenant des enregistrements de Mark Hamill (interprète du personnage Luke Skywalker) lorsqu’il avait 40 ans. Cela leur a permis de faire apparaître le personnage en tant que jeune Jedi.

Il est vrai que le recours à une IA permet de réduire les coûts car une journée de doublage coûte entre 250 et 300€. Mais parler de grand remplacement peut pour le moment paraître excessif. Il est plus difficile de transmettre des émotions dans la voix avec l’intelligence artificielle. Quand on compare la version originale non doublée et celle doublée par une IA comme celle de Heygen, on note que certains détails sont effacés : un acteur mâchant un chewing-gum ne semble plus en avoir dans la version ‘artificielle’. L’IA traduit pour le moment sans émotion particulière.

Le débat sur la disparition du métier de comédien de doublage ressemble beaucoup au débat qui avait émergé à l’apparition du livre numérique. Or, en 2022, 51,4%[1] des ventes de livres portaient sur les livres imprimés contre 7,8% de livres numériques. Cette tendance est similaire dans de nombreux pays comme les Etats-Unis (44,6% de vente de livres papier et 23,4% d’eBook). On a tendance à oublier que les humains aiment toujours avoir un contact humain et physique. Un comédien de doublage et un auteur de doublage pourront saisir les subtilités d’une langue, faire des jeux de mots propres à celle-ci ou faire des références à la culture populaire d’un pays contrairement à l’IA qui ne peut, pour le moment, que proposer une traduction littérale et mécanique. Il ne faut pas oublier que l’auteur de doublage ne doit pas simplement traduire un texte, mais l’adapter. Pour le moment l’IA n’est pas capable de faire une telle chose.

SOURCES :

A propos de Venise CORNET

Inscrite à l'examen des cours complémentaires en droit luxembourgeois (CCDL) et étudiante en Master 2 en Droit de l'Économie numérique à l'Université de Strasbourg, je suis déterminée à mettre en œuvre mon expertise en droit numérique et propriété intellectuelle au sein d'équipes juridiques innovantes.

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