You are currently viewing Les challenges de conservation d’art numérique
Archive personnelle

Depuis des millénaires, l’art a pris diverses formes : peinture dans les grottes, sculptures en métal ou en pierre, images, sons et mouvements par ordinateur. Récemment, de nombreuses initiatives ont vu le jour pour numériser l’art physique dans l’espoir de le préserver pour les générations futures et de le rendre accessible à un public plus vaste. Les artistes contemporains ont ainsi donné naissance à des œuvres d’art utilisant les médias numériques, invitant les spectateurs à les découvrir en ligne.

Pourtant, malgré la splendeur des peintures rupestres de Lascaux, qui défient le temps depuis plus de 20 000 ans, subsiste une incertitude quant à la pérennité des images numérisées de ces chefs-d’œuvre du passé, tout comme celle de l’art numérique contemporain. Se demander si ces créations numériques traverseront les décennies, voire les millénaires, reste un mystère fascinant.

L’art numérique : plus que des NFTs

Bien que les NFTs (non-fungible tokens) soient la première association aux arts numériques aujourd’hui, l’art numérique désigne un ensemble varié de catégories de création utilisant les spécificités des langages de programmation et des dispositifs numériques, ordinateur, interface ou réseau. Il s’est développé comme genre artistique depuis le début des années 1960.

Les œuvres d’art numériques témoignent de l’évolution de notre société et de notre culture contemporaine, et présentent un large éventail de techniques aux artistes pour s’exprimer. Les techniques de création des arts numériques le plus notables sont :

  • Prompt art (art crée par usage d’IA) – le prompt art est une technologie qui consiste à créer des œuvres d’art au moyen de l’intelligence artificielle. Le principe est que l’utilisateur d’une interface informatique tape des mots clés dans un moteur de recherche, dont l’intelligence artificielle va se servir pour générer une ou plusieurs œuvres.
  • Art fractal – l’art fractal est une forme d’art algorithmique qui crée des images, des animations et même de la musique en utilisant des objets fractals. L’art fractal s’est développé à partir du milieu des années 1980.
  • Impression 3D – une technologie qui permet de concrétiser des objets tangibles à partir de modèles géométriques numériques.
  • Pure Data – logiciel libre de création numérique sonore, visuelle et électronique en temps réel.
  • Spectacles vivants
  • Net.art – Net.art désigne des créations artistiques conçues par, pour, sur ou avec Internet, et qui ne pourraient exister sans cette plateforme. Les moyens, les matériaux et les lieux de création de ces œuvres se mêlent à ceux de leur diffusion. Dans certains cas, cependant, une partie ou un élément de l’œuvre peut-être aussi dans l’espace physique.

Compte tenu de la diversité des œuvres numériques et de l’évolution rapide des technologies, la question principale qui se pose est comment préserver les œuvres d’art numériques lorsque les technologies utilisées deviennent très rapidement obsolètes ?

Les défis de la conservation des œuvres d’art numériques

L’art numérique nécessite des logiciels spécifiques pour être visualisé, entendu ou expérimenté. Cependant, à mesure que les logiciels, les navigateurs et les formats de fichiers se mettent à jour ou deviennent obsolètes, tant l’art numérique (créé à l’aide d’ordinateurs et de logiciels) que l’art numérisé (art reproduit ou converti en format numérique à partir de son support physique d’origine) risquent de disparaître.

Contrairement à l’idée répandue selon laquelle les “bits ne meurent pas”, l’obsolescence technologique représente une véritable menace pour l’art numérique et constitue un défi majeur alors que son utilisation ne cesse de croître. De la même manière que les conservateurs ont découvert des méthodes pour prolonger la durée de vie des matériaux artistiques traditionnels tels que les pigments, la toile et la pierre, des solutions doivent être élaborées pour assurer la longévité des œuvres numériques, puisque les formats de fichiers, les logiciels et les dispositifs matériels utilisés pour créer et visualiser ces œuvres évoluent rapidement.

De plus, les créations numériques sont stockées sur des supports numériques tels que des disques durs, des cartes mémoire ou des serveurs. Ces supports peuvent être fragiles et sujets à la corruption, aux pannes matérielles ou aux attaques de logiciels malveillants, mettant en péril la pérennité des œuvres.

Initiatives prises pour préserver patrimoine culturel numérique

Les solutions envisageables pour la conservation des œuvres d’art numériques correspondent généralement à la migration (changement de format ou de support) et à la restauration classique (refreshing). Dans cette optique, de nombreuses institutions culturelles ont pris des initiatives pour préserver leur patrimoine culturel numérique.

Google Arts & Culture a conclu un partenariat avec Rhizome pour contribuer à la préservation de l’art numérique. Rhizome est issu de la communauté des web-artistes du milieu des années 1990 et est aujourd’hui une organisation à but non-lucratif florissante située à New York. Elle a mis au point des outils uniques qui préservent les œuvres d’art numériques et permettent de les voir longtemps après que leurs composants logiciels complexes soient devenus obsolètes.

De plus, de nombreuses œuvres d’art numérique, telles que Brandon (1998-99) de Shu Lea Cheang, net.flag (2002) de Mark Napier et Unfolding Object (2002) de John F. Simon Jr. ont été conservées dans le cadre de collaboration entre Guggenheim Museum et le NYU depuis 2014.

A proximité de Strasbourg, ZKM Karlsruhe combine recherche et production, expositions et performances, collections et archives, médiation et événements. Les spécialistes issus des domaines de la restauration, de l’électrotechnique, de l’informatique et de l’histoire de l’art relèvent ainsi les défis liés à la conservation des œuvres électroniques et informatiques.

 

Sources :

A propos de Maja Rajic

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.