C’est quoi le « soft power » ?
Le cinéma, au-delà de son rôle artistique et divertissant, est devenu un vecteur d’influence culturelle majeur à l’échelle internationale. On entend de plus en plus parler de « soft power ». Mais comment se définit vraiment cette expression ?
Le soft power peut être vu comme une stratégie diplomatique qui repose sur l’exact inverse de la menace ou la force. Un pays va alors tenter de parvenir à ses fins non pas en imposant mais en séduisant. Cela peut passer par la culture, le sport, les grands évènements etc…
L’influence américaine
L’écrivain américain Elmer Davis disait : « Le moyen le plus facile d’injecter de la propagande dans l’esprit des gens, c’est via un film de divertissement. » En effet, lorsque l’on va au cinéma, c’est avant tout pour se détendre et passer un bon moment : en résumé, on baisse notre garde. C’est donc le meilleur moment pour faire passer des messages.
Fondée en 1947, la CIA a très vite compris que le pouvoir ne se limitait pas aux armes ou aux informations. Le vrai pouvoir, c’est celui qui façonne les esprits : l’influence culturelle. L’agence de renseignement américaine va alors commencer peu à peu à financer des projets artistiques et intellectuels à travers le monde sans jamais les revendiquer. En 1985, la CIA va créer officiellement un bureau de liaison avec l’industrie du divertissement.
Le pentagone est également à l’origine d’initiatives similaires. En effet, il a créé en 1948 son propre bureau dédié aux médias. Celui-ci promet aux studios des accès à des équipements militaires, des bases ou encore des soldats mais à une seule condition : les scénarios doivent être soumis à son approbation. Grâce au « Freedom of Information Act », on a pu apprendre que plus de 2500 films et séries avaient été modifiés depuis 2001. Le but ? Eviter de faire passer l’armée américaine pour les méchants en retirant des scènes de tortures ou de crimes de guerre et transformer toute intervention militaire en acte héroïque. Le budget annuel du Pentagone dédié à Hollywood est estimé à 695 millions de dollars.
On peut prendre l’exemple du film Transformers sorti en 2007. Ici, le Pentagone a collaboré avec le réalisateur du film Micheal Bay pour s’assurer que l’image de l’armée soit valorisée. Le scénario a donc subi des modifications pour éviter toute représentation négative des forces armées. En bref, chaque plan militaire a été validé. Dans American Sniper sorti en 2014 et inspiré de faits réels, on y voit le tireur d’élite Chris Kyle présenté comme un héros tout en minimisant les aspects controversés de ses actes, lui qui a fait plusieurs dizaines de victimes au cours de ses missions. Ce système transforme les productions en vecteurs de propagande douce.
En 1986, la Navy a étroitement collaboré à la production du film Top Gun. L’armée américaine a fourni tout ce que l’on peut voir dans le film : les porte-avions, les avions de chasse, les bases, le personnel… En échange de cela : un contrôle total sur le scénario. Le but était de donner envi aux gens de s’enrôler dans l’armée et cela a plus que fonctionner. La Navy est aller jusqu’à installer des stands de recrutement devant les cinémas.
La face cachée
Il existe cependant un autre aspect du cinéma américain, celui des films qui sont refusés, qu’on tente de faire taire. Un réalisateur incarne bien cela : Oliver Stone. Vétéran du Vietnam, ce réalisateur a choisi de montrer des vérités plus dures à regarder. Il sort donc Platoon en 1986, qui se veut être un portrait brut de la guerre du Vietnam, sans musique héroïque ni glorification, juste de la peur et de la violence inspiré de son propre vécu. L’armée américaine a catégoriquement refusé de l’aider car le film a été jugé « irréaliste ». Il remet ça avec Snowden en 2016 où il dénonce la surveillance de masse orchestrée par la NSA. Oliver Stoner a affirmé que certaines fuites ont été perpétrées pour nuire au film et le discréditer avant même sa sortie. Quand il a été interrogé sur les difficultés à produire ses films, le réalisateur a déclaré : « Le Pentagone ne veut que des films où les soldats sont des martyrs. »
Des nouveaux acteurs
Après avoir longtemps dominé la scène mondiale grâce à la puissance du cinéma américain, d’autres pays cherchent désormais à s’emparer de cet outil d’influence. Plus récemment, des nations comme le Qatar (avec la coupe du monde football 2022) ou l’Arabie saoudite investissent massivement dans le septième art pour redéfinir leur image à l’international et affirmer leur place dans le paysage culturel mondial.
Prenons l’exemple de l’Arabie saoudite : après avoir levé l’interdiction des salles de cinéma en 2018, le royaume a lancé une stratégie ambitieuse pour faire de Riyad un centre régional du divertissement. À travers la création de la Saudi Film Commission, l’organisation de festivals comme le Red Sea International Film Festival, et des partenariats avec des studios internationaux, le pays cherche à promouvoir une nouvelle image plus moderne, ouverte et tournée vers la culture. Cette politique s’inscrit dans le cadre du plan « Vision 2030 », qui vise à diversifier l’économie saoudienne en misant notamment sur la culture et le tourisme.
