L’affaire Cassel et Liu contre Ubisoft cristallise les enjeux entourant la fermeture de serveurs. Le jeu The Crew, un jeu développé par Ubisoft, a vu ses serveurs être fermés récemment, ce qui a rendu le jeu injouable et l’a même fait disparaître des bibliothèques des joueurs.
Cette décision de la part d’Ubisoft a entraîné une action collective à son encontre, lancée par Matthew Cassel et Alan Liu. Contrairement à des titres similaires, Ubisoft n’a pas offert d’alternative pour permettre aux joueurs de profiter de leur achat une fois les serveurs désactivés. Dans un contexte où de nombreux titres modernes nécessitent des connexions permanentes aux serveurs, cette affaire pourrait bien créer un précédent juridique qui clarifie les responsabilités des éditeurs en matière de maintien de l’accès aux jeux achetés. Si la justice venait à donner raison aux plaignants, cela pourrait obliger Ubisoft, mais aussi d’autres éditeurs, à revoir leurs pratiques et à mettre en place des mesures pour garantir l’accès aux jeux même après la fin de leur support en ligne.
Cette situation remet en question la notion de propriété dans l’ère numérique. Les joueurs ayant investi temps et argent se retrouvent avec un produit inutilisable. Juridiquement, l’achat d’un jeu est souvent considéré comme l’acquisition d’une licence d’utilisation plutôt que d’une propriété pleine et entière. Néanmoins, cette action en justice contre Ubisoft pourrait marquer un tournant pour l’industrie des jeux vidéo. L’issue de cette affaire pourrait redéfinir les responsabilités des éditeurs vis-à-vis de leurs joueurs, notamment en ce qui concerne l’accès permanent aux jeux achetés. Si les juges donnent raison aux plaignants cela pourrait constituer un nouvel argument pour la consécration d’une forme de propriété au joueur.
Certains suggèrent la mise à disposition de serveurs privés par la communauté, cette initiative soulève des questions de légalité en termes de droits d’auteur. Mais la mise en place d’un tel système permettrait aux joueurs de profiter de leur achat de manière pérenne.
Une autre forme de solution existe déjà et peut être mise en place par les éditeurs de jeux vidéo. La fonctionnalité mode hors ligne. Cette fonctionnalité permet au joueur de continuer de jouer à son jeu vidéo sans les fonctionnalités multijoueur. Ubisoft a annoncé l’introduction d’un mode hors ligne pour « assurer l’accès à long terme » de The Crew 2 à la suite de la controverse précédemment évoquée.
Une pétition européenne « Stop destroying video games » a été lancée, visant à préserver les jeux vidéo dans le temps et à protéger les consommateurs. Si elle atteint un million de signatures, l’exécutif européen sera obligé d’y répondre. Selon Le Parisien : « Le collectif estime que de plus en plus de jeux vidéo sont vendus comme des biens, mais sont en réalité conçus pour devenir complètement injouables dès que le support prend fin. La pétition remet en question la légalité de ce procédé. »
La question de la propriété des joueurs sur le bien vidéoludique qu’ils achètent est encore un concept en cours de création. La pétition et l’affaire Cassel et Liu contre Ubisoft pourraient potentiellement engendrer une évolution législative qui viendra définir clairement le concept et mettre fin au débat de savoir si le joueur bénéficie d’une forme de propriété sur l’actif numérique qu’il achète. Si on arrive à une situation où un joueur qui achète un jeu physique ou dématérialisé peut y accéder de manière pérenne, cela constituera un argument solide pour dire qu’il bénéficie d’une propriété sur son jeu. Pour ce qui est de la « propriété numérique » concernant sa progression ou ses objets virtuels, cela restera ouvert aux débats. Il ne faut pas oublier que le joueur traditionnel n’est pas le seul acteur pouvant penser pouvoir revendiquer une forme de propriété sur un actif numérique. Comme précédemment évoqué, le joueur peut aussi avoir le rôle de créateur de contenu et participer à la valorisation d’un jeu vidéo.
Sources :
