You are currently viewing Les câbles sous-marins : protéger les infrastructures invisibles de l’internet mondial
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Maillons essentiels de la communication, les câbles sous-marins constituent l’épine dorsale de l’internet mondial transportant 99% du trafic mondial à travers les océans et continent, totalisant 1,3 millions de kilomètres soit quatre fois la distance Terre-Lune.

Ces liaisons sous-marines sont de véritables mines d’or pour ceux qui savent les exploiter. Certaines personnes s’attellent même à les appeler « les nouvelles routes de la soie du numérique », et ce, à juste titre, puisque leur importance est stratégique.

Considérées comme des infrastructures critiquent, les câbles sous-marins apparaissent comme une cible de premier choix et symbolique pour ceux qui chercheraient à atteindre « le cœur d’une société » et ainsi la déstabiliser que ce soit politiquement, économiquement ou socialement par des attaques. Elles sont aussi confrontées à de nombreuses menaces variées, allant de l’endommagement physique lié à des catastrophes naturelles ou des accidents, jusqu’aux cyberattaques et sabotages intentionnels.  

Plus que jamais, dans un monde devenu dépendant des échanges numériques, la protection de ces câbles revêt aujourd’hui d’une importance stratégique capitale pour garantir la souveraineté des Etats.

La cybersécurité s’impose comme un levier incontournable pour protéger ces infrastructures critiques et se traduit notamment par la mise en œuvre de dispositifs avancés de surveillance des réseaux, de chiffrement des données de bande passante transitant par les câbles et d’établir des normes internationales pour leur protection. Par ailleurs, des initiatives de collaboration entre les États, les entreprises de télécommunications et les organisations internationales sont indispensables pour développer des protocoles communs et coordonner les réponses face aux menaces.

 

Les différents acteurs 

Il existe quatre grands types d’acteurs privés dans le secteur des infrastructures de liaisons sous-marines :

  • Les fournisseurs de systèmes sous-marins fabriquent les câbles et les équipements nécessaires à leur fonctionnement (Subcom, Nokia Submarine Networks Solutions, NEC, Huaweï Marine, etc.) 
  • Les propriétaires des câbles sont des opérateurs regroupés en consortium (Orange, Verizon, Vodafone, China Telecom, Tata communications, etc.)
  • Les armateurs spécialisés posent et répartissent les lignes sous-marines (Global Marine, E-Marine, Orange Marine, Subcom, ASN Marine, etc.).
  • Les GAFAM sont les nouveaux investisseurs des câbles leur permettant d’avoir une mainmise sur leur flux de communication et de données. Le groupe Meta, a par exemple, financé la pose de câble sous-marin à 10 milliards de dollars.

 

Les différents types d’impacts  

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, attaquer des infrastructures sous-marines se révèle souvent peu coûteux et ne nécessite pas d’avoir de fortes compétences et capacités techniques contrairement à d’autres infrastructures à haut risque protégées par des systèmes de sécurité numérique hyper performants.

  •  Impacts physiques : Sont produits, dans la plupart des cas, par des navires pirates qui désactivent leur système de géolocalisation pour passer à travers les radars pour pouvoir par la suite couper les câbles sous-marins en traînant son ancre au fond de l’océan prétextant un dommage accidentel dû à la pêche. Des drones ou explosifs sous-marins existent aussi pour causer des dégâts au fond de l’océan. Toutes ces attaques sont difficiles à qualifier car des milliers de kilomètres de câbles sous-marins ne sont pas surveillés.
  • Impacts économiques : On estime qu’environ 10 000 milliards de dollars de transactions financières passent chaque jour par le réseau de câbles sous-marins, dont la Bourse qui est importante, laissant présager qu’une grosse attaque pourrait engendrer de lourds dégâts sur l’économie d’une entreprise ou d’un pays. 
  • Impacts sécuritaires : Certaines infrastructures critiques terrestres reliées aux câbles sous-marins manquent de protections, notamment pour se protéger des cyberattaques. Les câbles reliant des bases militaires ou navales peuvent être visées par des espionnages, des fuites de données qui causeraient de grosses conséquences en matière de renseignement. Des hydroliennes ont aussi subi de récents piratages informatiques paralysant leur système provoquant une interruption en électricité pendant plusieurs semaines. Les centrales sont aussi des infrastructures vulnérables.
  • Conséquences politiques : ce sont les tensions internationales, l’atteinte à la souveraineté numérique. En juin 2020, une agence gouvernementale recommandait de refuser une demande de Meta et Google visant à connecter Los Angeles à Hong Kong via le Pacific Light Cable Network (PLCN), au risque de faire de Hong Kong une plaque tournante clé du trafic numérique. « Parallèlement à son avancée dans le secteur de la production et le déploiement de câbles, la Chine a cherché à étendre sa participation en tant que propriétaire/exploitant de câbles à travers le monde. » 

 

Ce qu’il faut retenir …

Contrairement à ce que l’on peut croire, le système de gestion actuel des opérateurs de câbles sous-marins est efficace pour affronter les cas d’attaques. Ainsi, les atteintes volontaires au réseau sous-marin restent rares si l’on regarde l’ensemble des dommages causés au quotidien. En effet, la véritable problématique pour notre société réside dans une attaque majeure constituée de plusieurs attaques coordonnées et simultanées sur le réseau sous-marin. Qu’il s’agisse de cybercriminels, d’espions étatiques ou de groupes terroristes, ces menaces, combinées à la complexité technologique et logistique de la sécurisation de ces infrastructures, mettent en lumière l’urgence de renforcer leur résilience.

 

Sources :

  • Dossier technique Camille Brosolo Master 2 Droit de l’économie numérique
  • BESANGER Serge. Le journal du dimanche. 99% du réseau internet passe par les câbles sous-marins : sommes-nous prêts à une coupure ?, 2021
  • SUARD Alain. La jaune et le rouge. Les câbles sous-marins, cœur des réseaux de télécommunications : avril. 2009, n°644
  • MOREL Camille. Cain.info, Menace sous les mers : les vulnérabilités du système câblier mondial, Hérodote revue 2016/4 n°163 p.33 à 43
  • BIVAUX Alexis. Les dommages causés aux câbles sous-marins, 2016