• Auteur/autrice de la publication :
  • Commentaires de la publication :0 commentaire
  • Temps de lecture :5 mins read
  • Post category:IA / Santé
You are currently viewing La santé mise à l’épreuve par l’IA, ou l’IA confrontée aux défis du secteur de la santé ?

La santé mise à l’épreuve par l’IA, ou l’IA confrontée aux défis du secteur de la santé ?

 

L’une des premières applications de l’intelligence artificielle dans la santé fut l’expérience MYCIN. On parle alors d’IA symbolique. MYCIN regroupa environ 9 médecins qui élaborent des analyses médicales sur plus de 80 patients atteints de méningites. 

Une représentation explicite de la connaissance et du raisonnement humain à travers 600 règles. MYCIN était révolutionnaire à son époque. Son fonctionnement était très simple. Le médecin exécutait le programme qui lui posait une longue série de questions simples oui/non ou textuelles (« si… alors… »)

En réalité, la puissance de MYCIN était davantage liée à sa représentation des connaissances et à son raisonnement (par chaînage arrière).

 

La disparition d’une médecine « dogmatique » au profit d’une médecine « empirique »

Les données massives de santé collectées ont fait prendre à la médecine un tournant à 180 degrés. Le monde de la santé est désormais plongé et orienté vers une dépendance, mais aussi vers une utilisation intelligente des données.

Cette utilisation « intelligente » des données se rapporte directement à la technologie révolutionnaire que représente l’intelligence artificielle. 

L’expérience du médecin n’est désormais plus la pierre angulaire du secteur. Bien évidemment, elle reste primordiale. Malgré tout, la capacité d’apprentissage de l’intelligence artificielle s’adapte extrêmement bien au domaine de la santé. Un domaine qui est majoritairement constitué de règles explicites, d’observations médicales mesurables avec précision. 

 

Le défi de rassembler de constituer des données qualitatives

La collecte des données de santé intervient à différents stades. Une collecte présente durant tout le parcours de soin, depuis l’état civil jusqu’aux résultats médicaux (imageries, biologie médicale, dépistage…). On retrouve aussi les données d’hospitalisation, de consultation ou encore les types de médicaments achetés par le patient à la pharmacie.

Le problème est que toutes ces données sont aussi proches que différentes. Il n’est pas concevable de les placer sous un même dénominateur commun si un traitement IA est prévu. Il faut nécessairement classer, qualifier et annoter les données pour qu’elles deviennent exploitables par l’IA. De plus, l’interopérabilité sera souvent le facteur le plus critique. La réutilisation des données dans le secteur de la recherche étant le moyen le plus efficace de rendre ces données utiles sur le long terme.

 

Les données de santé doivent devenir un « bien commun »

L’objectif est d’ériger les données de santé comme un « bien commun ». Les données de santé ne doivent pas rester prisonnières des collecteurs propriétaires, mais au service de la recherche.

Pour ceux qui auraient tendance à affirmer que la législation européenne est un frein majeur à cet objectif, ce postulat est à relativiser. Il est possible de faire évoluer les pratiques pour favoriser l’innovation tout en respectant la protection des personnes.

À titre d’exemple, les IHU constituent un levier puissant pour cette évolution à travers la recherche translationnelle en élaborant une recherche hybride entre secteurs publics et privés.

Malgré tout, le droit ou du moins les réglementations européennes tendent souvent à un discours à la croisée des chemins, entre innovation et contre-innovation.

 

L’IA et la fibrillation atriale : exemple d’une innovation freinée par la réglementation européenne

Des chercheurs français ont conçu un algorithme qui assiste le cardiologue lors de ses interventions chirurgicales pour mieux traiter la fibrillation atriale. Un trouble cardiaque caractérisé par des battements chaotiques des oreillettes du cœur et assimilé à une réelle « tempête électrique », du moins avant certains travaux.

La recherche a permis d’identifier des zones bien précises responsables de cette fibrillation. Grâce aux données collectées, l’IA permet d’aider à identifier ces zones de « dispersion spatio-temporelle » et de guider le geste chirurgical.

Résultat : l’IA a permis d’améliorer de 18% le traitement des fibrillations atriales.

Malgré tout, un problème persiste : la start-up travaille presque exclusivement avec le marché américain. Les Européens ne peuvent donc pas profiter pour l’instant de cette technologie.

Théophile Mohr Durdez relate cette problématique : « les systèmes de remboursement des actes médicaux sont tous différents » et avec le « marquage CE » : « le marché européen est fractionné et son appréhension très coûteuse pour une start-up » est un « frein majeur pour l’innovation médicale » et la « diffusion de notre technologie sur notre propre continent« .

Ce constat renforce le postulat qu’est celui de l’attractivité américaine face à l’attractivité européenne. 

 

Le discours d’une attractivité européenne doit pouvoir se concrétiser. 

L’Europe doit pouvoir adapter ses règles et faire primer le maintien d’une start-up en Europe, et ce, quitte à faire une entorse à certaines règles administratives ou réglementaires temporairement. 

Cette nécessité est aussi relatée par Thomas Clozel (directeur général d’Owkin, start-up de biologie et d’intelligence artificielle) : « Il faut d’urgence insuffler cet esprit start-up dans la santé, en remettant des processus (avec des sociétés de conseil − eh oui !) et des investissements en technologie (après que chaque hôpital a désinstallé les quantités de logiciels obsolètes, inutiles pour la plupart). »

Ainsi, l’IA, tout comme la santé, est mutuellement challengée par ses propres spécificités. Il sera nécessaire de dépasser ces obstacles en instaurant une collaboration mutuellement positive pour ouvrir la voie à une transformation radicale du secteur de la santé en Europe. 

 

Théo Bartzen

Étudiant en Master 2 Droit de l’économie numérique

 

Sources :

  • https://www.lemonde.fr/sciences/article/2024/09/17/il-faut-d-urgence-insuffler-un-esprit-start-up-dans-la-sante_6321490_1650684.html
  • https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/31/intelligence-artificielle-il-faut-faire-des-donnees-de-sante-un-bien-commun-pour-la-recherche_6167803_3232.html
  • https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/03/21/quand-l-ia-ameliore-le-traitement-de-la-fibrillation-atriale_6584344_1650684.html

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.