You are currently viewing L’intelligence artificielle en santé : entre promesses technologiques et enjeu éthique
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L’intelligence artificielle (IA) connaît une expansion majeure dans le secteur de la santé, notamment dans l’aide au diagnostic et à la personnalisation des soins. Le marché mondial de l’IA devrait même atteindre, d’ici à 2030, 190 milliards de dollars. Bien que de nombreux objets connectés contiennent déjà de l’IA dans un but médical, tels que les montres connectées, son utilisation va plus loin et pourrait bien révolutionner le domaine de la santé. Cette utilisation nécessite néanmoins un encadrement strict pour répondre à des préoccupations éthiques majeures.

Les promesses de Delphi 2M : prévention, économie et autonomisation

Une nouvelle IA, toujours au stade de la recherche, a été dévoilée le 17 septembre 2025 par l’université de Copenhague. Elle se nomme Delphi 2M et relance l’engouement quant à l’utilisation de l’IA en matière de santé. Cette technologie a pour vocation de détecter plus de 1 000 maladies 20 ans avant que celles-ci ne se déclarent. Comment est-ce possible ? Delphi 2M se base sur les grands modèles de langage (LLM en anglais) et a été entraînée sur près d’un demi-million de personnes issues de la UK Biobank, puis validée sur 2 millions de dossiers danois. Ces données incluent des diagnostics, des autodéclarations, des hospitalisations, des décès, etc. Delphi 2M prend en compte des facteurs variés tels que l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, le tabagisme, etc., afin de pouvoir affiner ses analyses. Les résultats sont pour l’heure prometteurs, avec une précision moyenne de 0,76 à 0,97 s’agissant de la prédiction de mortalité, et affichent une fiabilité sur 10 ans.

C’est une avancée considérable qui pourrait, à terme, largement dépasser ce que l’Homme est capable de faire. Outre les progrès médicaux, cette IA pourrait également permettre des avancées économiques. En effet, si les maladies peuvent être diagnostiquées bien avant leur déclenchement, leur prise en charge peut se faire en amont, ce qui, à terme, représente des économies en matière de soins. Nous passerions alors d’une médecine curative à une médecine plus préventive, qui permettrait également une certaine autonomisation du patient, puisque ce dernier pourrait, grâce à l’IA, détecter ses prédispositions à certaines maladies et mettre en œuvre diverses solutions pour les éviter (régime alimentaire, sport, etc.).

Si l’on va encore plus loin, cela pourrait également constituer une solution à un tout autre problème : une plus grande autonomie du patient pourrait permettre de désengorger les salles d’attente et de remédier aux pénuries de soignants dues au manque de valorisation de la profession et au nombre insuffisant de places ouvertes. Bien que cette solution ne puisse pas répondre à un problème structurel des établissements de santé français, ce système pourrait néanmoins permettre une meilleure prise en charge et, par conséquent, conduire à un système de santé plus efficace.

Biais et enjeux éthiques : la nécessité d’un encadrement strict

Cependant, bien que cette technologie présente des avantages indéniables en matière de médecine préventive, il existe des limites non négligeables. En effet, les chercheurs déclarent notamment qu’il existe une sous-représentation notable, puisque l’entraînement de l’IA se base principalement sur des Britanniques adultes et âgés et sous-représente donc les non-Britanniques, les enfants et les minorités ethniques, ce qui peut engendrer des biais, impactant considérablement la fiabilité de la technologie.

C’est justement pour prévenir d’éventuelles dérives et les anticiper que le ministre de la Santé de l’époque, Yannick Neuder, a annoncé un état des lieux sur l’IA en santé, document sorti durant l’été 2025. Le but est ici de dresser un état des lieux de ce qui se fait en la matière, d’informer sur les risques possibles en intégrant un cadre éthique, tout en soutenant l’innovation, notamment au moyen des investissements « France 2030 ». Le but de ce programme est de mieux comprendre l’environnement des secteurs stratégiques et de se placer en leader dans ces domaines. Le document, sorti cette année, rappelle en outre l’importance de l’« ethic by design », que l’on peut également retrouver dans le RGPD, qui oblige tout organisme ou entreprise à prendre en compte l’aspect éthique dès la conception. Cette feuille de route vise à éviter des débordements, puisque, on le sait, le domaine de la santé est un secteur comportant des données hautement sensibles, et l’utilisation de l’IA dans ce domaine est, selon l’AI Act, un système d’intelligence artificielle à haut risque nécessitant par conséquent un cadre strict.

De plus, afin de ne pas louper le coche dans un domaine qui ne cesse de croître, et ce, à une vitesse fulgurante, là où la Chine et les États-Unis se livrent à une course à l’IA, il est primordial de former les médecins de demain aux technologies de l’intelligence artificielle afin de démystifier l’idée selon laquelle l’IA pourrait remplacer les médecins. Car, en effet, au vu de la haute sensibilité du secteur, un tel système ne pourrait raisonnablement pas remplacer un humain. En outre, former le personnel soignant à ces technologies aurait un effet bénéfique sur la façon dont on aborde le soin, en cessant de voir les IA comme des ennemies à combattre, mais plutôt comme des alliées que l’on peut utiliser au service du patient.

L’émergence de ces technologies illustre donc le défi auquel font face les systèmes de santé modernes : exploiter le potentiel révolutionnaire de l’IA tout en garantissant une utilisation raisonnée et maîtrisée. Face à la course technologique, l’Europe et la France ont une carte à jouer en la matière en démontrant que l’« ethic by design » n’est pas un frein, mais une valeur ajoutée. L’enjeu est donc de taille : il ne s’agit pas de remplacer le médecin par la machine, mais de faire de celle-ci une véritable alliée, ce qui pourrait finalement rendre la médecine plus humaine que jamais.

Sources : 

https://www.lebigdata.fr/delphi-2m-cette-ia-predit-votre-risque-pour-plus-de-1000-maladies

https://genethique.org/delphi-2m-une-ia-pour-predire-des-maladies-plus-dune-decennie-a-lavance/#_ftn3

https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/publication-de-l-etat-des-lieux-de-l-intelligence-artificielle-ia-en-sante-en 

https://www.lefigaro.fr/services/ia-et-sante-le-systeme-medical-a-l-heure-de-la-transformation-numerique-20251008

https://www.lefigaro.fr/services/l-ia-moteur-de-transformation-globale-la-vision-de-gilles-babinet-20250925

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