Acheter d’occasion en ligne, acte écologique ou hypocrite ?

 La grandeur du capitalisme, c’est de savoir tout récupérer.

Isabelle Barth, professeure-chercheuse en science du management

Face aux changements climatiques et à la raréfaction des matières premières, l’évolution de la conscience environnementale des populations est indispensable. Nos modes de vie actuels ont atteint leurs limites et aujourd’hui il n’y a plus le choix : il faut inventer, créer, faire évoluer notre façon de produire et de consommer.

Mais acheter d’occasion, qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Est-ce que ces plateformes qui s’inscrivent dans l’économie circulaire et la consommation collaborative n’éveillent finalement pas en nous des comportements tout aussi destructeurs que la fast fashion ?

Zéro déchet ne veut pas forcément dire zéro gaspillage.

La population américaine consomme aujourd’hui plus de vingt milliards de vêtements chaque année.

Le succès de Marie Kondo, renommée la Beyoncé du rangement a permis à des milliers d’américains de faire le ménage dans leurs placards. Devant chaque vêtement, il faut se poser la question suivante « Does it spark joy ? ». Si oui, on conserve le vêtement sinon on s’en débarrasse.

La couverture médiatique de L’art du rangement est majoritairement positive avec plusieurs associations caritatives qui applaudissent l’augmentation des dons de vêtements. Mais en réalité, seulement un cinquième des stocks reçus est réutilisé en moyenne. 80 % des vêtements sont revendus à des recycleurs ou des exportateurs et ne voient jamais les rayons des boutiques solidaires, ils sont envoyés à l’étranger, au Maghreb ou en Europe de l’Est.

En effet, l’augmentation du volume de fripes, en particulier de tout ce qui est passé de mode ou très usé, n’est pas vu d’un bon œil dans les pays du tiers monde où s’accumule déjà des tonnes de déchet dans des décharges sauvages comme en Afrique à Accra : l’ONG OR Foundation, a découvert qu’avec plus de 22.000 tonnes par an, les vieilles fringues importées étaient désormais la plus grande source unique de déchets à Accra.

Par ailleurs, avec les plateformes de revente qui sont aujourd’hui très simple d’utilisation, les dons risquent de diminuer : pourquoi donner gratuitement lorsqu’on peut vendre ?

 

En outre, le dernier rapport de ThredUp met en évidence le comportement d’achats boulimiques des Millenials : les 18-34 ans porteraient un vêtement seulement une à cinq fois avant de s’en séparer, et seraient les acheteurs les plus compulsifs.

« Faire de la place pour de nouveaux vêtements de façon responsable, sans efforts et à tout moment, tel est le credo de Vinted », énonce le dossier de presse. Le but des utilisatrices est de faire de la place dans leur armoire, en vendant elles gagnent de l’argent qui sera réinvesti pour acheter davantage. Ainsi les Vinties deviennent des petits soldats de la consommation, des conso-marchandes acculturées aux techniques marketing sans avoir fait d’école de commerce.

 

Ainsi, ce qui part à l’origine d’une bonne intention peut être contrebalancée par des effets pervers comme la surconsommation et l’appât du gain. Le renouvellement incessant de notre garde-robe imite in fine les conséquences de la fast fashion.

Pour un réel changement, c’est l’ensemble de l’industrie textile qui doit être repensée et réinventée. Le consommateur averti devrait finalement sortir de ce cercle vicieux de consommation car c’est en dehors de cette boucle que se fera l’avenir de la mode.

A propos de Thuy Nhy DINH

Diplômée d'un Master Droit du numérique (mention Droit des Affaires) et actuellement étudiante en Master 2 Commerce électronique

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