Les trois facteurs qui tuent le commerce de détail traditionnel

En 2019, les commerçants ont fermé plus de 9 000 magasins – c’est plus qu’en 2018 et plus que le record de 2017. On appelle parfois cette phénomène “l’apocalypse du commerce de détail”. Cela s’explique facilement par le développement rapide du commerce électronique, mais Ostan Goolsby, professeur d’économie à l’université de Chicago et ancien conseiller de Barack Obama, estime que l’impact du commerce électronique sur le commerce de détail traditionnel est exagéré.

Commençons par le fait que le commerce sur Internet se développe moins vite qu’il n’y paraît. Selon le Bureau américain de la statistique, au cours des vingt dernières années, les ventes en ligne ont connu une croissance significative, passant de 5 milliards de dollars à près de 155 milliards de dollars par trimestre. Mais les magasins en ligne représentent uniquement 11 % du total des ventes au détail.

Plus que le commerce électronique, le commerce de détail traditionnel a été affecté par la fusion des trois forces économiques :

Les hypermarchés.

Aux États-Unis et dans d’autres pays, les gens sont passés des petits magasins aux hypermarchés. Il y a quatre ans, les économistes Chad Siverson et Ali Hortaxu, de l’Université de Chicago, ont analysé les dernières évolutions du commerce de détail et ont constaté que la croissance des petits magasins et des hypermarchés était plus importante que celle des magasins en ligne.

Ils ont donné un bon exemple : pendant 14 ans avant 2013, Amazon a augmenté ses ventes de 38 milliards de dollars, tandis que Costco de 50 milliards de dollars et Sam’s Club Walmart de 32 milliards de dollars. Amazon a eu le taux de croissance le plus élevé, mais la menace la plus importante pour la plupart des magasins hors ligne était les hypermarchés. Cette tendance s’est poursuivie en 2019 aussi.

L’inégalité des richesses.

L’inégalité croissante en matière de revenue a laissé moins d’argent dans les mains de la classe moyenne et a affecté les magasins de détails traditionnels qui les desservent. Le Pew Research Center estime que depuis 1970, la part du revenu national perçue par les familles de la classe moyenne est passée de près de deux tiers à environ 40 %. Il n’est pas surprenant que les détaillants qui ciblent que les consommateurs à revenus élevés et modeste, aient réalisé la quasi-totalité de l’augmentation du commerce de détail, tandis que les magasins ciblant la classe moyenne n’ont pratiquement pas augmenté, selon un rapport Deloitte.

À mesure que le revenu des riches augmente, le commerce de détail souffre tout simplement parce que les personnes à revenus élevés conservent une partie beaucoup plus importante de leur argent. Selon les dernières données, 10 % des Américains les plus riches ont économisé près d’un tiers de leurs revenus après avoir payé des impôts, contrairement aux personnes avec revenue moyenne qui ont dépensé 100% de leurs revenues.

Des services au lieu de choses.

Chaque décennie, les Américains dépensent relativement moins d’argent pour les choses et de plus en plus pour les services. Les magasins, les centres commerciaux et même les boutiques en ligne les plus populaires restent de simples vendeurs de produits. Les statistiques gouvernementales montrent que depuis 1960, les dépenses américaines en matière de soins de santé sont passées de 5 % du revenu à 18 %. Ils ont également commencé à payer plus cher pour l’éducation, les divertissements, les services commerciaux et toutes sortes de produits qui ne sont pas vendus dans les magasins traditionnels.

Cette tendance a commencé à se manifester il y a longtemps. Depuis plus d’un siècle, le gouvernement fédéral mène une étude sur les dépenses courantes de la population. En 1920, les Américains consacraient plus de la moitié de leurs revenus à l’alimentation (38 %) et aux vêtements (17 %), qu’ils achetaient presque toujours dans des magasins de détail traditionnels. Aujourd’hui, ils mangent à la maison, et la nourriture représente 10 % des dépenses, alors que les vêtements ne représentent que 2,4 %.

Avec le temps, les détaillants devront donc travailler de plus en plus dur pour maintenir leur activité. En conclusion, les forces qui affectent le commerce traditionnel peuvent être qualifiées comme étant économiques plutôt que technologiques.

A propos de Alexandru BORTA

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.