Le piège des «bulles de filtre»

Le phénomène de la personnalisation du web pourrait être résumé par une phrase de Mark Zuckerberg : « un écureuil mourant dans votre jardin peut être plus pertinent pour vous maintenant que des gens qui meurent en Afrique ». Vous trouvez ça insensé ? Pourtant les médias sociaux usent et abusent de ce principe pour vous satisfaire.

 

Le concept de « bulle de filtre »

L’expression « bulle de filtre » a été inventée en 2011 par Eli Pariser, un activiste et militant Internet:

  • Une « bulle » pour signifier que l’internaute reste dans un périmètre restreint de contenus sur le web.
  • « de filtre » car les algorithmes laissent passer certains contenus mais pas d’autres.

 

Ainsi, chaque internaute a une version différente d’internet, optimisée pour lui. C’est-à-dire que les algorithmes vont montrer principalement les contenus qui peuvent potentiellement intéresser l’internaute. Les moteurs de recherche ou les médias sociaux vont donc orienter leur réponse en fonction des préférences de l’utilisateur. Chaque personne aura donc des résultats de recherche ou un fil d’actualité unique. Une partie d’internet lui est donc occultée.

Eli Pariser explique : « L’internet nous montre ce qu’il pense que nous voulons voir, mais pas nécessairement ce que nous avons besoin de voir ».

 

L’objectif : avoir l’attention de l’internaute

Le seul objectif de la personnalisation des recherches et des contenus est d’augmenter l’ARPU (average revenu per user) des GAFA. Les géants du numérique cherchent à garder les internautes le plus longtemps possible sur leur plateforme, pour revendre cette attention aux annonceurs. C’est ce qu’on nomme « l’économie de l’attention ».

 

En crise de « découvrabilité »

Ainsi, un internaute n’aura pas accès aux contenus divergents de ses opinions et de ses habitudes. Il va donc penser que son opinion est majoritaire car partagée par les personnes dont il a accès aux publications. Sa croyance ne sera donc pas remise en question, or la confrontation entre les divers points de vue est la base de la démocratie. De même, la sérendipité (le fait de faire une découverte par hasard) est également considérablement réduite.

Autre problème : les algorithmes produits par les GAFA sont totalement opaques. La majorité des personnes s’informent via les réseaux sociaux, se pose alors la question du rapport à l’information et sur le libre-arbitre citoyen.

 

La surprise lors des élections américaines de 2016

Lorsque les résultats ont donné vainqueur Donald Trump en 2016, surprise générale chez les démocrates ! En effet, en lisant leurs médias sociaux, les démocrates ne pouvaient voir que les contenus qui les intéressaient, à savoir celui de leur propre camp. Il était donc clair pour eux que tout le monde était contre Donald Trump. A l’inverse, pour les partisans républicains il était évident que tout le monde était contre Hillary Clinton. Ainsi, les deux parties de l’électorat sont hermétiques sur le web. Chaque partie avait lu et commenté qu’à l’intérieur de leur bulle de filtres. Comment débattre contradictoirement alors ?

 

Et vous ?

En sachant cela, seriez-vous prêt à ne pas vous satisfaire de ce que les réseaux sociaux vous proposent, et d’aller au-delà ? Seriez-vous prêt à éclater votre bulle de filtre ?

 

La conférence TED de Eli Pariser qui m’a inspiré pour ce sujet :

 

A propos de Mathilde GARGASSON

Une juriste en quête d'aventures 4.0, actuellement étudiante en Master 2 Droit de l'économie numérique.

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