Tadata, l’application polémique qui rémunère les jeunes en échange de leurs données personnelles

L’application Tadata propose aux jeunes de vendre leurs données personnelles aux annonceurs publicitaires. L’appli a réussi un coup de maitre : tout en flirtant avec la légalité, elle prend le contre-pied des GAFA en étant très transparente sur la revente des données.

 

Le principe de l’application

Depuis fin janvier 2020, l’application Tadata s’offre de rémunérer les 15-25 ans contre leurs données personnelles. Les utilisateurs répondent à des questionnaires sur leur parcours scolaire et leurs ambitions, qui sont revendus aux grandes écoles. Par la suite, les résultats pourront bénéficier à d’autres entreprises. Les jeunes pourront ainsi gagner entre 3€ et 30€ par mois, selon le nombre de formulaires remplis et l’intérêt de leur profil pour les annonceurs.

 

L’argument de la transparence, en opposition aux GAFA

L’appli nargue les géants du web avec des slogans comme « Les géants d’Internet se font de l’argent sur ton dos ? Pas de raison que tu ne touches pas une part du gâteau ! ». Tadata joue la carte de la transparence et explique que les annonceurs publicitaires bénéficient d’une cession d’exploitation des données personnelles pendant 2 ans.

 

Un flirt avec la légalité

L’application détaille plutôt bien l’utilisation des données, mais il reste quelques points d’ombre sur les droits d’information et d’effacement, principes phares du RGPD.

  • Le site promet de reprendre le contrôle sur ses données, seulement vendre un profil publicitaire à des annonceurs ne donne pas un contrôle sur les données personnelles…
  • Dans la FAQ, on parle de propriété sur les données, alors que nous ne sommes pas propriétaire de nos données personnelles d’un point de vue juridique.
  • Le consentement demandé est général, alors qu’il devrait être spécifique aux différentes finalités.
  • L’utilisateur peut se désinscrire à tout moment, mais ses données resteront encore à la disposition des annonceurs. C’est à l’utilisateur de demander l’effacement pour chaque annonceur, mais en pratique est-ce que cela sera réellement fonctionnel ?

 

Prospective : la vie privée, privilège des plus riches ?

Cibler les jeunes, qui sont influençables et en manque de revenus peut être critiquable. Cette application amène aussi à se poser une question encore plus profonde : la vie privée sera-t-elle l’apanage des plus riches ? Les plus aisés n’auraient pas besoin de vendre leurs données personnelles, leur vie privée serait ainsi sauvegardée, et inversement pour les plus pauvres.

 

Source : le site internet de l’application Tadata

A propos de Mathilde GARGASSON

Une juriste en quête d'aventures 4.0, actuellement étudiante en Master 2 Droit de l'économie numérique.

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