Les caméras “intelligentes”, outils de captation des données en Chine (partie 2)

Comme vu dans un précédent article, la Chine a, ces dernières années, massivement déployé des caméras à reconnaissance faciale. Ces dernières permettent un contrôle instantané et quasi permanent de tous les citoyens chinois dans le cadre du Crédit social.

Comment fonctionnent-elles ? Quelles en sont les évolutions prévues ?

En pratique, on distingue deux grandes phases :

  1. La phase de représentation de l’utilisateur dans le système 

Elle consiste tout d’abord à capturer des informations biométriques auprès de la population chinoise. Pour cela on utilise :

  • les informations transmises volontairement

Tel est par exemple le cas lorsque les utilisateurs de Smartphones fournissent leurs données biométriques dans les applications comme Alipay

  • les informations transmises dans le cadre d’un consentement « contraint »

Cela fait référence à la situation dans laquelle des informations sont transmises lors de la demande d’une carte d’identité ou d’une nouvelle carte bancaire.

Récemment, on apprend[1] que depuis le 1er décembre 2019, la Chine a mis en place une nouvelle réglementation selon laquelle tous les chinois souhaitant acheter un Smartphone ou souscrire un nouveau forfait téléphonique ont désormais l’obligation de se soumettre à un scan du visage. Avant, seule une copie d’une pièce d’identité était demandée.

Une fois toutes ces informations récupérées, ces dernières sont enregistrées dans une grande base de données et reliées à des données d’identification (nom, prénom, âge…).

2- La phase de détection du visage par les caméras « intelligentes »

Les caméras détectent tout d’abord les visages des personnes filmées. Puis, elles mettent en correspondance les caractéristiques détectées (écarts entre les yeux, taille des lèvres, place des oreilles…) avec les informations enregistrées dans la base de données. Les contrôleurs ont donc en instantané accès à toutes les informations liées à l’identité de la personne filmée, mais également le nombre de points obtenus dans le système de notation du Crédit social, ainsi que la probabilité de véracité de toutes ces informations.

 

Le Gouvernement chinois ne compte pas s’arrêter là !

 

Il souhaite tout d’abord perfectionner les systèmes de reconnaissance faciale ainsi que leurs supports pour les rendre plus fiables, rapides et précis. C’est pour cela que les scientifiques travaillent sur des caméras de plus en plus puissantes en augmentant le nombre de pixels. Les futures caméras pourraient, selon les scientifiques, identifier des personnes jusqu’à 15 kilomètres, et ce malgré des conditions visuelles difficiles (brouillard, neige, nuit…) !

De plus, les chinois veulent diversifier cette identification. Les scientifiques travaillent donc sur d’autres éléments que le visage. Ils étudient par exemple le comportement des individus, en prenant en compte leur posture et leur démarche. Cela évite des problèmes de reconnaissance lorsque la personne est de dos, beaucoup trop éloignée par rapport à la caméra, ou encore si son visage est difficilement identifiable. En effet, cela nous rappelle les récentes manifestations à Hong Kong durant lesquelles des milliers de personnes ont défilé les visages dissimulés[2].

Enfin, les années à venir, les caméras ne seraient plus seulement utilisée pour « identifier » les personnes. Placées dans de nombreux endroits et intégrées dans des objets, elles seraient capables d’apporter un jugement sur les comportements détectés et ainsi prévenir des infractions en faisant ressortir des comportements « suspects », voire « criminels ». Cela pourrait être possible grâce à un perfectionnement de l’intelligence artificielle qui saurait identifier le comportement « anormal », frauduleux, mais également un développement du système de reconnaissance à l’aide des éléments présentés ci-dessus.

 

[1] « En Chine, pas de reconnaissance faciale, pas de mobile ! », Frédéric SCHAEFFER, publié le 02.12.2019 dans Les Echos

[2] Pour en savoir plus : « Manifestations à Hong Kong: la guerre numérique 2.0 » partie 1 et partie 2, articles écrits par Thuy Nhy Dinh

 

A propos de Elisa SOBCZYK

Passionnée par les problématiques posées par le monde du numérique et consciente de ses enjeux, je voudrais y contribuer en apportant mon point de vue de juriste

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