Les caméras “intelligentes”, outils de captation des données en Chine (partie 1)

Longtemps en retard par rapport aux États occidentaux comme le Royaume-Unis, la Chine n’a massivement commencé à se doter de caméras de surveillance qu’en 2008, pour se préparer à l’éventualité des attentats aux Jeux Olympiques de Pékin et l’Exposition universelle de Shanghai.

Aujourd’hui, l’Empire du Milieu rassemble à lui seul la moitié des caméras de surveillance au monde– plus de 200 millions- ce qui représente environ une caméra de surveillance pour sept personnes.

Les caméras sont utilisées dans de nombreux endroits : de la place Tienanmen à Pékin, aux principales artères routières ou dans les zones à risque comme le Tibet. On les trouve également dans les principales entreprises et industries, ainsi que dans les Universités. Grâce à ces caméras, on calcule aisément le taux de présence, le niveau de concentration (fréquence des yeux fermés des étudiants…). On détecte également les cas de triches pendant les examens.

Depuis que les caméras ont acquis la technologie de la reconnaissance faciale, elles équipent les portiques de sécurité de différents lieux publics comme les banques, aéroports, hôtel… mais également de nombreux objets connectés, comme des robots, des bornes de paiement [1] ou encore par des applications de Smartphones (Alipay …) [2].C’est notamment le cas de China Construction Bank qui a ouvert une enseigne dans laquelle des robots dotés de caméras intelligentes vérifient l’identité des clients. Autre exemple, fin novembre 2019, Pékin a, comme plusieurs villes chinoises, testé la reconnaissance faciale à l’entrée des stations de métro. Enfin, dans les villes comme Shenzhen ou Shanghai, des caméras placées au niveau des passages piétons servent à identifier les personnes ignorant les feux rouges.

Toutes ces caméras servent tout d’abord à contrôler la sécurité et identifier tant les criminels que de simples contrevenants. Ce déploiement massif s’explique également par la volonté de la Chine de mettre en place le système de Crédit social [3] d’ici 2020, consistant à classer et noter les Chinois selon leur comportement dans la société et selon leur réputation. En effet, ce système ne peut convenablement fonctionner sans la constitution d’une grande base de données et sans un contrôle quasi permanent des citoyens chinois ; d’où la nécessité de développer des caméras performantes et « intelligentes ».

C’est pourquoi, la Chine est également le premier pays au monde à utiliser des caméras avec un tel degré de sophistication. Les nouvelles caméras chinoises sont dotées de 500 mégapixels et d’une technologie de reconnaissance faciale. Selon Xiaoyang Zeng, un scientifique qui a travaillé sur les caméras, elles seraient capables de détecter instantanément une personne dans une foule de 1 000 personnes !

Aujourd’hui, le pays concentre environ 29 % des appareils utilisant la reconnaissance faciale mondiale et on prévoit que le taux serait de 45 % en 2023. Ces chiffres sont d’autant plus surprenants lorsque l’on sait que cette technologie ne s’est développée en Chine que depuis deux ans.

 

Mais comment fonctionnent ces caméras à reconnaissance faciale ? Quelles en sont les évolutions prévues et possibles ?

Les réponses dans la seconde partie de l’article: Les caméras “intelligentes”, outils de captation des données en Chine (partie 2)

 

[1] Pour en savoir plus : « Nouvelle façon de paiement en portable », un article écrit par Ziting Xu

[2] Pour en savoir plus : « “Smile to pay” : une application de paiement par reconnaissance faciale », un article écrit par Ziting Xu

[3] Pour en savoir plus : « Le crédit social chinois: vers le premier État totalitaire numérique ? », un article écrit par Océane Dupont

A propos de Elisa SOBCZYK

Passionnée par les problématiques posées par le monde du numérique et consciente de ses enjeux, je voudrais y contribuer en apportant mon point de vue de juriste

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