Manifestations à Hong Kong: la guerre numérique 2.0 (partie 1)

Depuis juin dernier, Hong Kong est secouée par des manifestations massives contre le pouvoir et pour la démocratie. Alors que la péninsule connaît ses pires violences depuis 1997, manifestants et policiers se livrent en parallèle à une véritable guerre technologique, faisant du mouvement l’un des plus tech de tous les temps.

Pour comprendre la crise de Hong Kong

Hong Kong, ex-colonie britannique, est rendue à Pékin en 1997 à condition que la Chine s’engage à respecter temporairement le système économique capitaliste mis en place par Londres. Hong Kong possède donc un régime spécifique dit « semi-autonome » et jouit de libertés inexistantes en Chine continentale.

Ce statut a été négocié par Margaret Thatcher pour une durée de 50 ans soit jusqu’en 2047, en théorie. Toutefois, de nombreux Hongkongais accusent le gouvernement central chinois de vouloir s’avancer sur cette date et violer l’accord de rétrocession de 1997.

Après des ingérences chinoises de plus en plus fréquentes ces dernières années, le gouvernement annonce en avril un projet de loi visant à autoriser les extraditions de Hong Kong vers la Chine pour y juger toute personne (directement ou indirectement) lié à une activité jugée criminelle par la Chine continentale.

Début juin, les manifestations historiquement massives pourtant pacifiques au départ, sont rapidement devenues très violentes. Carrie Lam (cheffe de l’exécutif de Hong Kong) annonce le retrait du texte controversé le 4 septembre. Mais il est trop tard pour reculer, les affrontements continuent pour dénoncer l’influence de Pékin sur Hong Kong, les violences policières et pour la défense des libertés fondamentales.

Le pouvoir chinois qualifie désormais certains actes des manifestants de « terrorisme » et menace de faire intervenir l’armée à plusieurs reprises.

A quelques kilomètres du plus grand système de surveillance électronique au monde, les manifestations à Hong Kong prennent une dimension technologique jamais vue.

Une guerre des communications électroniques

Avec la surveillance accrue des réseaux sociaux et des voies de communications traditionnelles, les manifestants ont dû redoubler d’imagination. Après la classique messagerie cryptée Telegram et la plateforme Twitch pour streamer les actions en direct, les informations sont maintenant diffusées sur des plateformes plus originales comme Tinder et Pokemon Go. Une grande chasse Pokemon a en effet été organisée pour contourner les interdictions de manifester et quoi de plus romantique qu’un rendez-vous Tinder dans la rue pour combattre le régime ?

Du côté du pouvoir central, le statut spécial de Hong Kong l’empêche d’avoir un contrôle direct sur Internet et la police locale. Les services comme Facebook, Google, Youtube et WhatsApp ne sont par exemple pas censurés contrairement en Chine continentale. Le gouvernement explore donc d’autres pistes. Le 13 juin, Pékin lance une série de cyberattaques contre Telegram rendant le service temporairement inaccessible durant les manifestations. Les manifestants accusent également la Chine de se lancer dans une campagne de désinformation: Twitter et Facebook ont annoncé avoir supprimé de fausses publications présentant les activistes pro-démocratie comme des terroristes de l’Etat Islamique.

Pour échapper à la surveillance, les manifestants privilégient maintenant les voies de communications dites « peer to peer » qui ne requiert pas l’utilisation d’Internet, comme AirDrop ou le bluetooth avec l’aide du cloud. Au lieu de prospectus papier, les appels à manifester ont par exemple été envoyé de portables en portables dans les transports en commun de Hong Kong.

Des applications ont été développées pour utiliser ce principe de manière plus complexe. On parle alors de « mesh network » ou « réseau maillé » : chaque utilisateur constitue un routeur formant une sorte de maillage électronique, local et décentralisé, par lequel les informations transitent entre les interlocuteurs par bluetooth. Ce système est parfait pour les manifestations qui rassemblent des milliers de personnes à quelques mètres l’une de l’autre, les informations peuvent alors transiter très rapidement entre chaque appareil. L’application Bridgefy, une start-up de San Francisco, a vu ses téléchargements augmenter de plus de 4000% pendant les manifestations. La technologie n’est pourtant pas nouvelle et a été déjà utilisée en Irak, Taïwan et Hong Kong notamment lors du mouvement des parapluies en 2014.

Néanmoins, ces moyens de communications ont une faille : les messages n’étant pas cryptés, ils sont facilement interceptés.

Les géants de l’Internet jouent donc involontairement un rôle central dans ce conflit technologique et sont parfois contraint de prendre des décisions délicates. En effet, Apple a exclu l’application HKmap.live de l’App Store qui permettait aux utilisateurs d’éviter les zones potentiellement dangereuses (sous-entendus les points de contrôle policier et lieux de manifestations). Selon Apple, l’application « facilite, permet et encourage une activité illégale en échappant à l’application de la loi ». Certains développeurs ont défendu l’application sur Twitter en pointant notamment du doigt l’application Waze de Google qui permet de repérer les radars et contrôle de police. Android a de son côté rapidement approuvé HKmap.live.

Charles Mok, juriste hongkongais spécialisé dans les questions technologiques, a même adressé un courrier au patron d’Apple.

Quelques jours plus tard, Tim Cook revient sur sa décision et approuve l’application pour ensuite la supprimer de nouveau du Store [1].

 

Lien :

[1] Tim Cook défend la décision de retirer l’application HKmap.live dans un mail à ses employés 

A propos de Thuy Nhy DINH

Diplômée d'un Master Droit du numérique (mention Droit des Affaires) et actuellement étudiante en Master 2 Commerce électronique

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.