Lorsque les armes 3D succombent à la tendance du Do It Yourself (partie 1)

L’Amérique de Trump n’est pas prête de régler la question explosive des armes à feu: au mois de juin 2018, le gouvernement a autorisé le partage en ligne de plans permettant la fabrication à partir d’une imprimante 3D, d’une arme à feu. La nouveauté ? Elle est indétectable et intraçable.

Créée au XVe siècle en Allemagne, l’imprimante n’a pas échappé au progrès technique: désormais tombée dans le domaine public, l’impression tridimensionnelle est accessible depuis 2009.
Son fonctionnement se rapproche de l’imprimante conventionnelle, à ceci près que le plastique remplace l’encre, disposé en plusieurs couches de matières liées les unes aux autres, permettant de créer une structure en 3D. L’utilisateur doté des connaissances techniques suffisantes, télécharge un fichier en 3D, qu’il transmettra à la machine pour impression.

Alors que cette nouvelle technologie intéresse les avancées médicales telles que la greffe d’organes, elle est utilisée à de plus sombres desseins: la fabrication d’armes à feu. L’impression de l’arme telle quelle n’est pas possible. L’assemblage se fait à la manière d’un kit.

Attaché à ses droits constitutionnels, le texan Cody Wilson est le premier à avoir dessiné les plans d’une arme à feu pour une impression 3D. Il crée la première arme à feu en plastique, baptisée « Liberator », dont les plans ont été téléchargés 100 000 fois avant leur retrait d’Internet. Cette arme créée à domicile, et sans numéro de série, échappe à tout contrôle gouvernemental, perspective très séduisante pour des individus mal intentionnés.

Diffusés largement sur le web, les plans étaient accessibles à tous: repéré par le Federal Bureau of Investigation (FBI) en 2013, l’américain est considéré par les autorités comme un trafiquant international d’armes. On le somme de retirer de son site Internet le code informatique permettant le téléchargement des plans du « Liberator ».

En 2015, il décide d’intenter une action en justice afin de contester l’interdiction de diffusion des plans. Il fait appel au premier amendement de la Constitution américaine: la liberté d’expression. Son site n’est pas un site de vente d’armes, mais de diffusion de connaissances à destination du public. Or, les tribunaux américains reconnaissent depuis les années 1990 que le code informatique est protégé par la liberté d’expression.

Fin juin 2018, le gouvernement fédéral autorise alors la publication de ces plans sur le site Internet de l’association créée par Mr. Wilson, Defense Distributed. Les plans sont de nouveau partagés le 28 juillet 2018. Le mois suivant, huit Etats et la capitale fédérale Washington saisissent en urgence un tribunal fédéral de Seattle afin que la diffusion des plans soit suspendue. Chaque année, l’Amérique est touchée par des fusillades. Profondément divisée sur la question des armes à feu, une partie de l’opinion américaine considère que l’amendement autorisant le port d’arme n’est plus en phase avec la société actuelle. Pourtant, le débat perdure, et la légalisation de la diffusion de tels plans aggrave une situation déjà inquiétante. Aujourd’hui, la législation concernant les armes à feu est une prérogative laissée aux Etats. Certains sont plus stricts que d’autres, tels que certains districts de Californie et de New-York, qui délivrent très peu de permis, contrairement à l’Etat du Nevada, plus laxiste.

La question de la diffusion des plans 3D fait face à un vide juridique.

A propos de Océane DUPONT

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