Quand Google alimente les services de renseignement américains…

Un article du New York Times, un des quotidiens les plus respectés dans le monde, a fait grand bruit le 13 Avril dernier en mettant en lumière Sensorvault, l’immense base de données créée par Google, qui depuis maintenant presque dix ans, enregistre les déplacements de millions d’utilisateurs autours du monde.

Sensorvault fait presque froid dans le dos. C’est un journal retraçant les déplacements d’une personne à une date et une heure précise. Il est évident qu’une telle base de données représente une mine d’or pour une puissance étatique. C’est bien évidement ce qu’a compris le gouvernement américain et ses services de renseignements qui rôdent autour de cette base de données depuis quelques temps. Le gouvernement américain a finalement été gagnant car, au moyen de mandats présentés au service juridique de Google, les services de renseignements disposent désormais d’une autorisation leur permettant un accès à cette base de données.

En pratique, la base de données se révèle très utile. Il suffira d’établir une zone de recherche ciblée, les utilisateurs apparaissant sur cette zone sont ensuite analysés. Pour un minimum de respect de la vie privée, Google attribue à chaque utilisateur un numéro d’identification. Puis, les enquêteurs analysent ensuite les positions suspectes de certains numéros d’identification. Si un doute se confirme, le voile est alors levé sur l’identité de la personne correspondant à l’identifiant.

La base de données a par exemple été très utile lors des attentats d’Austin au Texas en 2018. Grace à l’analyse des lieux où les explosions sont intervenues, cela a permis aux enquêteurs de repérer un même numéro d’identification sur les lieux des attentats et d’identifier ensuite le suspect.

Il est vrai que cette base de donnée est très utile aux services de renseignements, elle pourra également servir lors d’agression sexuelle, de meurtre, d’incendie criminel, de vol et évidemment comme cité précédemment, lors d’attentats. Mais se pose alors la question de la protection de la vie privée.

Pour l’utilisation actuelle de la base de données, une zone doit être délimitée. Au-delà de cette zone, les déplacements ne peuvent « théoriquement »  pas être analysés. Mais quelle sécurité assure que les déplacements ne sont pas suivis au-delà de cette délimitation de périmètre ? Aucune, puisque les déplacements hors de cette zone sont également enregistrés.

Il y a également de quoi s’interroger sur le respect de la vie privée de tout usager, car tout le monde se retrouve « traqué ».

Enfin se pose également la question de l’erreur humaine, et des accusations à tort, car par simple coïncidence, une personne pourra être arrêtée à la place du vrai coupable, comme ce fût le cas dans l’affaire Jorge Molina.

Bien évidemment ce procédé a ses limites car ce n’est pas un procédé pensé pour servir aux enquêteurs, mais aux vues des caractéristiques qu’il présente, il y a de quoi se demander s’il n’a pas été créé spécifiquement dans un but de « surveillance ».

A propos de Sandra RODRIGUES

Férue de nouvelles technologies, j'ai cumulé ce vif intérêt avec ma culture juridique en choisissant la voie du Droit de l'économie numérique pour mon Master 2. Dotée de connaissances en propriété intellectuelle et sensibilisée à la protection des données, j'ai pu élargir mon champs de compétences et me passionne aujourd'hui pour la cybersécurité.

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