La mortalité est-elle remise en cause par l’IA ?

Le Web est une sorte d’allégorie de l’au-delà. Il est immatériel, tout ce qui s’y trouve y demeure pour l’éternité et il est capable de se présenter, si nous le souhaitons, comme l’endroit de tous les plaisirs. Un tel outil ouvre évidemment de nouveaux horizons, trace de nouvelles limites ou les efface simplement en créant une infinité de possibilités. L’image qui n’était alors réservée qu’à l’au-delà se trouve désormais partagée avec l’univers immatériel que nous avons créé. Par conséquent, si la vie numérique transcende la mort physique, la notion même de mort ne se trouve-t-elle pas remise en cause ?

Nous connaissons tous Facebook mémorial qui est le service du réseau social qui garde plus ou moins actifs les comptes de ses défunts utilisateurs. Ce service a ainsi comme dessein de nous permettre de nous rappeler d’eux et, dans le même temps, de les maintenir « en vie ». Si cette « activité » des comptes Facebook post-mortems  défiait déjà la mortalité à un certain niveau, converser avec nos morts semblait alors inconcevable… jusqu’à la création de Replika.

Replika est une application qui permet de créer son double numérique grâce à une intelligence artificielle qui fonctionne par collecte de données personnelles. Ainsi, il y réside une idée, une dynamique de sophistication de l’application et par conséquent de notre clone numérique à mesure que nous lui transmettons des informations sur nous. Ce jumeau digital apprendra, entre autres, notre façon de parler, notre humour, nos sujets de prédilection, nos tics de langage, nos émoticônes préférées etc.  Le but ici est assez clair : une fois l’utilisateur décédé, le contrôle de l’application reviendra à l’intelligence artificielle qui aura la prétention de devenir l’exacte copie du défunt. Ainsi, les proches de ce dernier pourront discuter avec le clone sur le dispositif et celui-ci leur répondra exactement de la manière dont le défunt l’aurait fait. Ainsi nous pouvons affirmer que même si la mort physique demeure une réalité inévitable et indéniable, le concept même de la mort comme une totale disparition du défunt semble effectivement remise en cause non seulement par notre existence numérique potentiellement éternelle mais aussi par cette nouvelle possibilité de nous créer un double interactif qui nous survit.

Par contre, à part le coté plutôt cool/creepy de pouvoir discuter avec un mort et lui demander enfin ce qui se trouve de l’autre côté, subsiste un côté plutôt sombre qui soulève un certain nombre d’interrogations sans forcément y apporter une réponse satisfaisante. Vanessa Lalo, psychologue spécialisée dans le numérique et interrogée sur la question, met parfaitement en exergue ces inquiétudes en s’alarmant ainsi : « Et puis, quid de la vie privée de la personne défunte ? Que deviendraient toutes ses données entrées dans un tel logiciel ? Quid de la justice ? Quid de la responsabilité de chacun ? Ça soulève bien trop de questions négatives ». En attendant une réponse à ces diverses interrogations, l’application compte aujourd’hui plus d’un million d’utilisateurs.

 

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