La magie des influenceurs : l’exemple du Fyre Festival

 

Le Fyre Festival devait être le festival de musique de la décennie, mais ce fut à la place un « epic fail ». Retour sur le scandale aux millions de dollars. 

Fyre était une application permettant de « booker » des artistes pour des évènements. Afin de la rendre importante dans le milieu, les dirigeants décident de créer un festival de musique exceptionnel, sur une ile déserte des Bahamas, promettant luxe, alcool, gastronomie et célébrités. L’idée vient de Billy McFarland, que l’on décrit comme un visionnaire, mais qui n’a aucune expérience dans le domaine. 

Jusqu’au dernier moment, les organisateurs laissent croire aux participants du festival, que cela soient les artistes ou les festivaliers, que l’évènement aura bien lieu, dans les conditions prévues. Il s’avère que l’organisation est un désastre et ne tient pas les promesses vendues pour des milliers de dollars. 

L’ile déserte n’est pas déserte. Les festivaliers doivent dormir dans des tentes de l’Agence fédérale de situation d’urgence, totalement insalubres, reçoivent des sandwich au fromage et les artistes sont annulés. Le festival n’a pas lieu. Ils cherchent à quitter l’ile, mais aucun avion n’est disponible pour tant de personnes, et ils doivent donc attendre des heures sans eau ni nourriture dans l’aéroport afin de pouvoir retourner chez eux.

Mais comment un festival, totalement inconnu, a pu avoir tant de succès en si peu de temps ? 

Toute la campagne de marketing du Fyre Festival utilise les codes en vigueur aujourd’hui : les réseaux sociaux et les influenceurs. Instagram a été le plateau de jeu de la communication du Fyre Festival. 

Pour lancer sa campagne de marketing, l’équipe tourne une vidéo sur une île déserte, celle de Pablo Escobar, mettant en scène des mannequins connus vivant une parenthèse paradisiaque. Quelques semaines plus tard, plusieurs célébrités et influenceurs importants aux Etat-Unis publient un carré orange sur Instagram, le même jour, à la même heure, avec un lien vers cette vidéo. Il s’agissait de vendre un rêve aux consommateurs, le pari est réussi. En 48 heures, 95% des 6000 tickets sont vendus.

Pour cette campagne, les célébrités ont été payées plusieurs milliers de dollars ($250 000 pour Kylie Jenner par exemple), tandis que les influenceurs ont eu comme promesse d’avoir une villa gratuite pendant le festival, pouvant accueillir trois personnes.

Le reste de la campagne a continué sur le même chemin, profitant de la notoriété des influenceurs pour faire le buzz.

Mais, même les organisateurs le reconnaissent aujourd’hui : les publications sur Instagram faisaient passer ces moments comme idéaux, alors qu’en réalité ils vivaient un enfer, tant l’organisation était devenue ingérable. 

Billy McFarland ne s’est pas contenté d’arnaquer de jeunes riches ou des influenceurs : il a également soutirer 27 millions de dollars à ses investisseurs. Sans parler des bahamiens qui ont travaillé pendant des jours pour le Fyre Festival, sans n’être jamais payés.
En 2018, il a été condamné à 6 ans d’emprisonnement, notamment pour escroquerie et il purge aujourd’hui sa peine dans la prison fédérale FCI Otisville, dans l’état de New-York. 

Mais le Fyre Festival reste la parfaite catastrophe de l’ère des réseaux sociaux, illustrant justement ce que véhiculent ceux-ci : un mode de fonctionnement et de consommation particulier, la quête du succès ou du moins l’apparence du succès, mais aussi l’importance de montrer un rêve, une histoire et non une réalité. Ce scandale a permis de démontrer qu’il était aujourd’hui nécessaire que les posts des influenceurs, que cela soient des célébrités ou non, précisent si leur publication n’est que publicitaire ou non.

Le coup de revers reste que les réseaux sociaux ont aussi permis de démonter cette grande supercherie, ainsi que ses acteurs. Demander aux influenceurs de publier des posts positifs ne les empêchent pas de rétablir la vérité ensuite. Leur pouvoir est, et restera, leur liberté d’expression.

 

 

A propos de Cecilia DI PIETRO

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