Le numérique au service du jeu des acteurs après leur mort

Imaginez la possibilité de scanner des acteurs afin de créer leurs doubles numériques qui se chargeront de jouer des rôles même lorsque ces acteurs sont retraités ou simplement décédés ! Vous voyez sûrement déjà votre grand père devant un nouveau film de Chaplin ou de Louis De Funès, pipe à la bouche, moustache et barbe jaunies, riant à s’en arracher les poumons en s’extasiant : « ça c’est de la comédie ! ça c’est du jeu ! L’expressionnisme dans son paroxysme ! C’est génial ! Génial ! ».

Faire part à votre grand père d’une telle possibilité lui ferait certainement lever un sourcil dubitatif. En effet, on serait là certainement de son point de vue, dans de la science-fiction.

Pourtant, la numérisation des acteurs est bien le nouveau dada des réalisateurs hollywoodiens. Aujourd’hui, nous sommes dans une ère où l’âge, la maladie, la réduction de la mobilité et même la mort ne sont plus des freins naturels à la créativité ou plus spécifiquement, en ce qui nous concerne, au jeu d’acteur.

Néanmoins, il serait erroné de prétendre que cette technologie est récente. En effet, comme le montre si bien Alexandre HELLIN dans son article “le métier d’acteur est-il voué à disparaître ?”, la numérisation d’acteurs a été expérimentée pour la première fois en 1994. Ce champ de possibilité a ensuite été exploré avec plus de profondeur dans de nombreux films allant de l’apparition de Paul WALKER dans Fast Furious 7 après sa mort, à celle de Peter Cushing dans Star Wars: Rogue One, deux décennies après le décès de l’acteur.

De surcroît, cette technologie permet de se libérer non seulement des contraintes naturelles citées plus haut mais aussi d’autres écueils circonstanciels comme l’emploi du temps parfois chargé des acteurs. C’est dans cet esprit que le réalisateur Ari FOLMAN a tourné son film Le congrès avec une actrice 100% numérique résultat du scan de l’actrice Robin WRIGHT. En cela ressort également un excellent investissement de la part des producteurs. Par ailleurs, cette technique permet de générer une plus grande efficacité dans le domaine de la production cinématographique. Nous pourrons ainsi entrer dans une époque où l’acteur n’est plus condamné à jouer un rôle à la fois.

Toutefois, il serait peu prudent de considérer que sous une telle révolution, ne gisent que bonnes nouvelles et évidentes certitudes. En effet, une telle situation érige un bon nombre d’interrogations à la fois éthiques, juridiques et économiques.

D’abord, d’un point de vue éthique nous pouvons nous demander si cette pratique relève de la morale telle que nous la concevons aujourd’hui. Peut-on faire l’apologie d’un « réveil des morts » au nom d’un talent qui aura été le leur sans considération de leur mémoire, de leurs proches ou encore du respect de leur repos éternel ?

Ensuite, concernant le coté juridique, la question se poserait plus par rapport à la titularité  des droits ainsi qu’au type de contrat qui existerait entre le l’entreprise de numérisation et l’acteur. Si aux Etats-Unis cette question semble dores et déjà résolue, rappelons que le droit d’auteur français, beaucoup plus protecteur du créateur et des interprètes que celui des Etats-Unis, n’a pas encore été confronté à ce type de contrat qui présente tout de même de fortes analogies avec le contrat de cession du droit à l’image.

Enfin, d’un point de vue économique, la question se pose de savoir si les acteurs ne seront pas remplacés pour de bon par leurs doubles numériques ? Une telle situation pourrait (permettons-nous une petite prémonition dystopique) nous conduire à considérer la mort du métier d’acteur tel que nous le connaissons et par conséquent l’extinction de tout un pan de l’économie.

Par rapport à cela, Christian GUILLON nous rassure néanmoins avec ces mots : « Les acteurs ne se feront jamais remplacer, simplement ce procédé leur permettra d’étendre leurs capacités. C’est le principe du masque. Ils vont pouvoir se concentrer sur l’essence de leur métier, le jeu, la comédie, en se débarrassant de leur apparence. »

Toujours est-il que, dans l’attente de réponses satisfaisantes à ces inquiétudes, secrètement, comme votre grand père, nous rêvons tous de pouvoir revoir un grand acteur disparu dans un nouveau rôle.

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