Biométrie et transparence électorale en Afrique

La biométrie est une technique basée sur l’identification d’une personne par usage de ses caractéristiques physiques ; des caractéristiques reposant originellement sur les empreintes digitales et la forme de la main. Par le développement des technologies de l’information, une nouvelle génération de données biométriques (ADN, reconnaissance faciale 3D…) fut créée et le domaine d’usage de la biométrie fut étendu. Désormais, il sert d’outil de référence aux entreprises dans la gestion du personnel, et mieux, aux Etats, pour la sécurisation, la confiance et la transparence dans l’organisation des élections. Toutefois, l’expérience contrastée de cet outil dans le contexte électoral africain préoccupe, d’où la question de savoir si la biométrie est une garantie de résultats fiables et incontestés.

Biométrie et processus électoral

Le système électoral africain est fortement marqué par le Data et le scrutin présidentiel, comme dans la plupart des Etats occidentaux, commence avec l’enrôlement biométrique de la classe populaire en âge de voter. Juridiquement encadré par le code électoral de chaque Etat, cette technologie est administrée par des entreprises, généralement, occidentales, sous le contrôle des autorités locales compétentes. Elle est à distinguer du vote électronique (admis dans certains contextes électoraux) ou l’électeur utilise, soit un identifiant pour élire via une plateforme en ligne sécurisée, soit sa carte d’électeur pour voter via une machine à voter.

Biométrie, gage de transparence électorale

Ce fut les mouvements d’oppositions africaines qui, avec le soutien franc d’ONG locales, militèrent pour le recours aux techniques biométriques et ce, dans l’objectif de garantir la transparence des scrutins et d’éviter par la conséquence, les fraudes massives électorales. Et quoique soit l’argument des détracteurs de cette technologie, on observe des avancées majeures. Désormais, les fraudes, consistant d’habitude en des bourrages d’urnes, ont été diminuées, les listes électorales fiabilisées et la confiance entre administration et électorat rétablie à minima.

Biométrie et insécurité

La biométrie, quel que soit son niveau d’efficacité, reste la chose des hommes et cache bien plus souvent une image peu trompeuse. Selon Rushdi Nackerdien, Directeur Afrique de la Fondation internationale pour les systèmes électoraux, « cette technologie répond à un besoin d’accessibilité et de précision (des résultats), mais elle ne résout pas tous les problèmes ». On en vient à conclure que la biométrie est insuffisante dans sa quête de transparence, étant entendu qu’elle ne couvre pas l’ensemble du processus électoral. Aussi, le but escompté par le recours aux techniques biométriques se trouve mitigé, car utilisé à des fins spécifiques du fait de la corruption. Voilà pourquoi les résultats de ces scrutins sont incessamment contestés. L’expérience de cette technologie au Kenya lors du scrutin présidentiel de 2017 (ou Railla Odinga, principal opposant, accuse Idemia de manipulation) et au Togo en 2015 (lorsque Jean-Pierre Fabre, porte plainte à Bruxelles pour faux et usage de faux contre la société Zetes chargée de l’enrôlement biométrique des électeurs) est une illustration.

De la sorte, les administrations électorales africaines gagneraient mieux à former des acteurs locaux à la maîtrise des systèmes biométriques, engager des experts de contrôle des opérations des entreprises prestataires de services biométriques, et multiplier les actions de sensibilisation contre toutes formes de fraude électorale. Cela y va de l’intérêt de la démocratie.

 

 

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