Le rôle des réseaux sociaux dans la lutte contre les infox

Le terme infox a fait son entrée au Journal Officiel le 4 octobre dernier. Il est la contraction de deux termes : intoxication et information. C’est la traduction choisie par les parlementaires français pour qualifier le terme « fake news ». Concrètement, l’infox caractérise une campagne de désinformation relayée généralement sur les réseaux sociaux, visant à manipuler l’opinion publique, particulièrement à l’approche d’une élection afin de biaiser son résultat. 

Les réseaux sociaux : relai de la désinformation

Les principaux relais visés par les auteurs de campagnes de désinformation sont les réseaux sociaux.

L’information n’étant plus centralisée au cœur des médias traditionnels, les réseaux sociaux symbolisent un contrepoids propice à l’épanouissement de la désinformation. Chacun peut ainsi déverser des informations contradictoires avec ce qui est avancé dans les médias. De plus, dans une période qui vise à capter l’attention du public, la désinformation interpelle plus aisément le lecteur car elle dispose d’un caractère généralement plus dénonciateur.

Un des derniers exemples de désinformation révélé sur les réseaux était lors des élections au Brésil. WhatsApp a été épinglé par le Parti Travailliste qui accuse le Parti Social Libéral d’extrême droite (PSL) d’avoir mené une campagne de désinformation à l’encontre de leur candidat Haddad et du Parti, à travers des messages envoyés sur WhatsApp.

Dans les faits, au Brésil, il est interdit pour un parti politique de diffuser des messages à des personnes qui ne sont pas recensées dans les bases de données de sympathisants. Or, le parti de Bolsonaro (nouveau président élu) a engagé des sociétés de diffusion de messages ayant des bases de données embrassant potentiellement des utilisateurs non sympathisants. Les messages diffusés relayaient des rumeurs sur divers projets d’Haddad, candidat du PT, comme celle de la distribution de « kit gay » dans les écoles primaires visant à enseigner l’homosexualité. 

La manipulation de l’opinion publique sur Internet est réelle. Une responsabilisation des réseaux semble alors nécessaire. 

Obligation de transparence des réseaux reconnue par la loi française

A l’heure où la campagne pour les élections européennes se prépare, il est nécessaire que les parlementaires confèrent des moyens d’action visant à éviter un résultat biaisé. 

Concrètement, les textes relatifs à la loi sur les infox (adoptée par le Parlement le 20 novembre 2018) permettent désormais à un candidat ou à un parti de saisir le juge des référés dans le but de faire cesser la diffusion de cette fausse information dans les trois mois précédant un scrutin. La loi fait peser également aux plateformes numériques une obligation de transparence lorsqu’elles diffusent des contenus contre rémunération. 

Le juge des référés dispose de 48 heures pour déterminer si la publication visée est trompeuse ou non. 

Cette nouvelle loi vise ainsi à responsabiliser les réseaux sociaux dans la lutte contre les infox. 

Toutefois, il convient de relever que ces derniers ont déjà pris différentes mesures contre la diffusion de fausses informations. 

Par exemple, pour les élections de mi-mandat américaines, Facebook avait mis en place un outil de signalement de fausses informations attaché aux contenus publiés. 

L’autorégulation des plateformes comme solution ? 

Le 26 septembre dernier, un Code de bonnes pratiques contre la désinformation a été adopté par la Commission européenne. Il a été rédigé par des plateformes parmi lesquels se trouvent les réseaux sociaux. Dans ce texte, ces derniers présentent leurs engagements en matière de lutte contre les infox.

Par exemple, ce Code présente la mise en place de systèmes pour bloquer les revenus publicitaires d’annonceurs diffusant un contenu illicite ou encore l’obligation pour les publicités politiques d’être présentées comme telles. Enfin, une plus grande transparence pour les contenus sponsorisés sera mise en place.

Si certains saluent cette initiative, il convient de se questionner sur la légitimité de ces acteurs pour réguler les risques d’infox au regard des intérêts directs que retirent les plateformes liées à la publicité. 

Les prochaines élections européennes révèleront la portée de ces engagements.

A propos de Victor BERTIN

Étudiant en droit de l'économie numérique. Intéressé par l'exploitation et la défense du droit d'auteur sur internet, le droit des données personnelles et le droit de la communication sur internet.

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