Intelligence artificielle et production musicale : menace ou atout au profit des artistes ?

Le 12 janvier dernier, une intelligence artificielle sortait son premier album « Hello World ». Aux manettes de ce projet, un mélange de parties prenantes audacieux. D’un côté, l’auteur-compositeur Benoît Carré, ainsi qu’un panel d’artistes dont Stromae. De l’autre, une intelligence artificielle, Flow Machines, créée par François Pachet du laboratoire Sony CSL.

Hello World est donc né d’une collaboration entre l’homme et l’intelligence artificielle. Dans un contexte dans lequel l’opinion publique s’empresse d’associer les algorithmes à la substitution de l’homme par la machine, est-il légitime d’appréhender cette avancée comme une menace pour la créativité ?

 

Intelligence artificielle et musique : une histoire ancienne

En 1957, Illiac Suite est la première production musicale issue d’un algorithme. A cette époque, Lejaren Hiller et Leonard Isaacson, avaient mis au point un programme qui générait aléatoirement des sons appris grâce aux compositions d’artistes classiques.

Dans les années 1970, le compositeur français Pierre Boulez s’intéresse à ces questions avec les chercheurs de l’IRCAM.

En 1990, le compositeur et scientifique David Cope de l’Université de Colombia a mis au point un programme informatique baptisé « Emily Howell » capable de découper des échantillons de partitions de Bach dans le but de les reconstituer dans un ordre différent.

A partir des années 2010, l’intelligence artificielle fait naître des programmes informatiques dotés d’une autonomie plus importante. En effet, ces programmes basés sur l’apprentissage profond (méthode fondée sur des réseaux de neurones artificiels) sont désormais capables de générer des compositions originales.

Parmi ces nouveaux programmes, Flow Machines, Lyreland et Aiva font office de fer de lance. François Pachet (créateur de Flow Machines) explique que l’intelligence artificielle analyse les partitions et les fichiers audio rentrés dans un logiciel par un musicien. Ce dernier choisit le style et appuie sur un bouton « composer ». Ensuite, le logiciel propose des morceaux entiers ou non selon le style prédéfini par l’artiste.

 

Une collaboration entre l’homme et la machine

A l’instar de la musique assistée par ordinateur, l’IA se révèle comme étant une nouvelle aide à la créativité.

Le fonctionnement de Flow Machines expliqué précédemment le montre bien. Le musicien reste au cœur de la création. C’est à lui de valider la composition proposée par l’IA. Il choisit également le cadre de la création en sélectionnant un style particulier. En résumé, l’homme donne un cadre à l’intelligence artificielle avant que celle-ci plonge dans un nuage de données.

De plus, Benoît Carré (compositeur de l’album Hello World) révèle être surpris par certaines successions de notes choisies par l’intelligence artificielle. Selon lui, sans l’intervention de celle-ci, il n’aurait pas eu l’idée d’effectuer certains enchaînements. Cette réaction montre l’étendue de l’apport potentiel de l’intelligence artificielle dans le domaine de la musique. Elle permet à certains artistes de développer leur sensibilité et leur créativité en leur montrant des exemples de successions de notes ou d’accords atypiques.

François Pachet introduit son projet comme un questionnement général de la créativité. A l’issue de ses recherches il présente deux types de musique. La première, appelée musique traditionnelle présente dans les films ou dans des jeux vidéo est asservie à l’image. Selon lui, sa création peut être automatisée. En revanche, la seconde qui est la musique en tant qu’œuvre d’art dans laquelle l’intentionnalité de l’artiste est déterminante n’ouvre, pour le moment, aucune piste d’automatisme.

 

En résumé, il n’est pas question de substitution dans la création mais plutôt d’aide à la création. L’IA apporterait une solution économique en ce qui concerne la musique traditionnelle définie par François Pachet. Elle permettrait de produire des morceaux plus rapidement à moindre coût sans remettre en cause le rôle central de l’homme.

Enfin, l’intelligence artificielle permet aux artistes de développer leur sensibilité avec des propositions de compositions originales pouvant les surprendre.

A propos de Victor BERTIN

Étudiant en droit de l'économie numérique. Intéressé par l'exploitation et la défense du droit d'auteur sur internet, le droit des données personnelles et le droit de la communication sur internet.

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