La vérité sur les profils fantomes Facebook (2/2)

Première partie de l’article: http://blog.economie-numerique.net

… Il est déjà difficile aujourd’hui d’accepter que les géants du web disposent d’un océan d’informations sur nos identités, nos goûts, nos habitudes et qu’ils en fassent, finalement, a peu près ce qu’ils veulent. Mais admettre qu’il puisse exister des “profils fantômes” est une toute autre chose.

L’utilisation de tels profils acte le franchissement de la ligne rouge par Facebook. Que nos données personnelles soient utilisées quand on possède un compte, ce de manière déjà très opaque comme on a pu le voir dans l’affaire Cambridge Analytica, c’est une chose. Mais que des informations puissent être collectées à notre insu alors que nous ne sommes même pas inscrits sur Facebook, c’est parfaitement intolérable.

La protection des données personnelles est une préoccupation de plus en plus importante dans nos sociétés. La sensation de perte de contrôle des internautes sur leurs données poussent les plus déterminés à boycotter certains sites. L’existence de “profils fantômes” rend cette démarche inutile puisque la collecte de vos données par Facebook n’est plus subordonnée à votre inscription, si tant est qu’elle le fut un jour…

Lors de son audition devant le Congrès, Mark Zuckerberg a indiqué qu’il ne connaissait pas le terme de « shadow profiles », une pratique que Facebook semble pourtant mettre à exécution sans s’en cacher.

Le 10 et 11 avril, le PDG de Facebook était invité à répondre aux questions de la commission du Congrès américain après que le plus gros scandale du réseau social ait récemment éclaté. Durant plusieurs heures d’affilée, les questions se sont succédé et Zuckerberg a tenté de limiter la débâcle tant bien que mal.

Lors de la deuxième journée d’audition, le PDG a été interrogé sur ce que l’on appelle les « shadow profiles », ou profils fantômes. Ces derniers consistent en des données que le réseau social recueille auprès des utilisateurs qui ne sont pas inscrits sur la plateforme. De façon globale, ce sont des données cachées que Facebook détient et ne fait pas apparaître publiquement. De fait, cela signifierait que celui-ci a des informations sur vous même si vous ne vous êtes jamais inscrit sur la plateforme.

Imaginons que vous ayez donné votre numéro de téléphone ou votre adresse email à un ami et que celui-ci ait préalablement accepté de partager son carnet d’adresses avec la plateforme. Cela suffit pour vous connecter de façon invisible avec le réseau, qui obtient ainsi ces données sur vous, sans que vous ayez pu consentir ou non à la pratique.

Ainsi, le représentant du Nouveau-Mexique, Ben Lujan a demandé à Zuckerberg : «Facebook a-t- il des profils détaillés sur les personnes qui ne se sont jamais inscrites sur Facebook, oui ou non ? ». La question a donné suite à un dialogue assez intéressant puisque, si certains députés semblent assez loin de ces problématiques technologiques, Ben Lujan a plutôt l’air d’être au fait. Ainsi, Zuckerberg a répondu :

« Monsieur le Député, en général, nous recueillons des données sur les personnes qui ne se sont pas inscrites sur Facebook pour des raisons de sécurité, afin d’éviter le genre de scrapping auquel vous faisiez justement allusion. »

Lorsque le PDG mentionne le scrapping, il évoque entre autres l’annuaire téléphonique inversé, récemment supprimé du réseau social. Puis lorsque Lujan lui demande s’il évoque là des « shadow profiles », Zuckerberg indique ne pas être « familier » avec les profils fantômes, ou du moins le terme.

Si le fondateur de Facebook semble ne pas connaître ce dernier, l’une des pages d’aide du réseau social ne va pas dans cette direction. Quant à son intitulé, il est relativement explicite : « Je ne dispose pas de compte Facebook, mais souhaite obtenir toutes mes données personnelles conservées par Facebook ».

Mais Ben Lujan indique également : « Cela pourrait vous surprendre que, sur la page Facebook, lorsque vous allez sur ‘Je n’ai pas de compte Facebook’ et que vous souhaitez demander toutes vos données personnelles stockées par Facebook, cela vous amène à un formulaire qui vous dit d’aller sur votre compte Facebook, puis dans les paramètres, afin de télécharger vos données ».

Il faut donc donner son mail et s’inscrire sur Facebook pour récupérer les données que le réseau social possède alors que nous ne sommes même pas présent sur la plateforme.

Une ironie du sort pour tous ceux qui avaient la volonté de se tenir éloignés du réseau social.

A propos de CŽedric RENEL

Étudiant en Master 2 Droit de l’Économie Numérique à l’Université de Strasbourg. La confrontation régulière avec le monde de la technologie a éveillé en moi une passion grandissante pour les nouvelles technologies et je suis particulièrement attiré par la variété et la complexité des situations générées par le développement de l’économie numérique.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.