« Okja », l’insulte à la chronologie des médias ?

Affiche du film “Okja” de Bong Joon-ho

Du 17 au 28 mai 2017 s’est déroulée le festival de Cannes où le film de Ruben Östlund, The Square s’est vu remettre la Palme d’or. Parmi la sélection officielle figuraient deux films qui ont semé la zizanie : Okja, de Bong Joon-ho et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach, tous deux produits par Netflix, la plateforme de vidéos à la demande.

La chronologie des médias, un système des années 80

Dans les années 80, les VHS inquiétaient les exploitants du cinéma. En effet, craignant cette nouvelle concurrence, ceux-ci réclamèrent une protection de la part des pouvoirs publics. Le premier jet de la chronologie des médias est alors né en introduisant un délai minimum entre la sortie cinéma d’un film et sa sortie en vidéocassette.

En 1984, Canal+ souhaitant créer une réelle chaîne de télévision payante proposant du cinéma, un nouvel accord est mis sur la table. Ainsi en échange du préfinancement de certains films, certaines chaînes peuvent obtenir une exclusivité de diffusion pendant un certain temps.

Ainsi, lorsqu’un film sort en salles, celui-ci ne peut être proposé sur le marché vidéo (DVD/VOD) qu’après 4 mois. Au bout de 10 mois, le film peut être diffusé sur Canal+ et ce délai est étendu à 22 mois pour les chaînes coproductrices ou 30 mois pour les autres.  Ce n’est qu’après 36 mois que le film peut enfin atterrir sur les plateformes de SVOD comme Netflix.

Schéma de la chronologie des médias française (Source : Libération)

 

La chronologie des médias, aujourd’hui dépassée ?

Si le trajet normal d’un film avant d’arriver sur Netflix est de 36 mois, celui d’Okja et de The Meyerowitz Stories est bien plus court. En effet, leur sortie en France est prévue exclusivement sur Netflix, sans passer par le système ordinaire de la chronologie des médias. Si la question n’a pas été soulevé avant pour les autres productions Netflix, c’est en raison de la particularité de ces deux films : ils ont été nominés au festival de Cannes.

Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a alors proposé à Netflix de les diffuser en salles et attendre le délai prévu avant de les sortir sur sa plateforme alors que ce sont ses propres productions.

Certains dont la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) ont alors remis en cause la nature d’œuvre cinématographique de ces deux films. Le festival de Cannes a alors publié un communiqué : les deux films étaient bien maintenus en compétition. Toutefois, une nouvelle règle sera prise en compte pour le festival de l’année prochaine : « Tout film qui souhaitera concourir en compétition à Cannes devra préalablement s’engager à être distribué dans les salles françaises. »

Mais alors qu’est-ce qu’un film dans ce cas-là ? Une vidéo d’une heure et demie projetée nécessairement en salles ? Une vidéo racontant une histoire ? La définition d’un film est multiple et il serait réducteur de considérer qu’une œuvre cinématographique doit nécessairement sortir au cinéma. Une œuvre telle que ou The Meyerowitz Stories sont des films mêmes s’ils sont diffusés de manière contraire à la chronologie des médias. Le mode de consommation de l’œuvre n’impacte en rien la qualité de l’œuvre.

 

 

A propos de François REN

Etudiant en Master 2 Droit de l'Economie Numérique et titulaire d'un Master 1 Droit des affaires, je suis passionné par les nouvelles technologies et les jeux vidéos.

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