L’animation japonaise, théâtre de l’affrontement entre fans et ayants-droit

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Engouement titanesque.

Après les succès internationaux retentissants de titres comme L’Attaque des Titans, One Punch Man, ou encore My Hero Academia, il ne fait désormais plus aucun doute que le marché de l’animation japonaise est d’une importance capitale en occident: la culture manga a connu, en dehors de son pays natal, un gain de popularité sans précédent au cours des deux dernières décennies, à tel point que la France est aujourd’hui, à titre d’exemple, le pays consommant le plus de bandes dessinées japonaises et d’animés au monde après le Japon. Pour les éditeurs locaux, la distribution et la diffusion de ces productions dans les plus brefs délais étaient donc devenues d’une importance capitale.

 

Après un succès colossal en 2013, l’Attaque des Titans reviendra sur les écrans en avril 2017 pour sa seconde saison.

 

La nouveauté du Simulcast.

Au même titre que pour les séries américaines, si une diffusion à la TV en simultané avec le Japon reste encore relativement compliquée, des plateformes dites de « simulcast » ont émergé pour publier les séries d’animation japonaise dans d’autres pays. Le travail de l’éditeur consiste à dialoguer avec les ayants droit japonais pour obtenir le matériel vidéo plusieurs jours avant sa date de diffusion des épisodes, afin de les éditer pour y ajouter des sous-titres, et les diffuser sur une plateforme de streaming dédiée, avec en moyenne une heure de décalage seulement avec l’heure de diffusion japonaise.

Destinées à rémunérer les créateurs et les ayants droit des studios d’animation, ces plateformes, gratuites, puisent leurs revenus dans la publicité. Néanmoins, elles proposent également un service payant permettant à l’internaute de s’affranchir de cette publicité, de disposer d’une meilleure résolution sur les vidéos, et surtout d’accéder aux fichiers en avance.

Ce modèle, pertinent sur le papier, restait pourtant assez impopulaire chez la majorité des consommateurs d’animation en occident pour une raison simple: les internautes n’ont pas attendu l’année 2010 pour partager eux-mêmes des animés par internet.

 

Crunchyroll, le leader du simulcast d’animés aux USA.

 

La résistance des fansubbers.

Dès les années 90, la pratique du « fansub« , consistant pour des fans, à effectuer un travail de sous-titrage « maison » des animés, s’était déjà largement répandue chez les fans les plus motivés: des groupes de traducteurs bénévoles s’attachaient à récupérer les pistes vidéos depuis les sites de téléchargement japonais, puis à les sous-titrer eux-mêmes avant de les rediffuser sur leurs sites personnels, le tout dans l’illégalité la plus totale. Cet état de fait très particulier ne pouvait dès lors que mener à des complications lorsqu’un éditeur tenterait de reconquérir ce marché avec des armes légales.

En France, le pionnier dans le milieu du simulcast, le petit éditeur parisien Wakanim, s’est illustré dès ses débuts, en combattant avec virulence les groupuscules de fansubbers. L’entreprise multipliait les mises en demeure auprès de ces sites amateurs, afin de les contraindre à cesser leurs activités de diffusion pour les séries que l’éditeur licenciait légalement.

Sur les réseaux sociaux, Wakanim n’a pas hésité non plus à menacer d’action en justice le moindre internaute qui se vantait d’avoir téléchargé illégalement une des séries de leur catalogue: un acharnement donnant régulièrement lieu à des échanges acerbes en public entre un éditeur professionnel et des adolescents agacés. De façon générale, l’attitude de l’éditeur a été très critiquée par les consommateurs d’animation, d’autant plus que Wakanim, fraichement en situation de monopole à l’époque, s’attachait à licencier les séries les plus populaires chaque saison, réduisant ainsi leur disponibilité sur les sites de fansub, pour une qualité « professionnelle » souvent loin d’être irréprochable au bout du compte.

 

Après avoir expérimenté plusieurs systèmes de paiement, Wakanim s’est finalement rabattu sur un modèle similaire à celui de la concurrence.

 

Le calme après la tempête. 

Si une véritable guerre entre Wakanim et les pirates, s’était installée à l’époque, les choses se sont aujourd’hui tassées avec l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché, Crunchyroll, le leader américain, et ADN, plateforme lancée par Kazé, l’éditeur français d’animation en support physique numéro un, de fait bien moins engagés contre le piratage, et plus professionnels, avec souvent plus de moyens:  une concurrence qui a probablement incité Wakanim à revoir sa stratégie et son image auprès des internautes.

 

Série la plus populaire de l’été dernier, Love Live Sunshine était une exclusivité Wakanim, alors que sa saison précédente… l’était chez Crunchyroll.

 

En France, le marché s’est systématisé et aseptisé, puisque les éditeurs proposent aujourd’hui tous plus ou moins la même offre. C’est donc le choix des séries licenciées qui fait à présent pencher la balance vers un éditeur ou un autre. Si Wakanim détient toujours sa position de leader de par son catalogue choisi selon la popularité des productions, il reste néanmoins aberrant que le fan d’animation moyen soit amené à souscrire trois abonnements différents sur trois sites différents pour profiter d’une offre qui pourrait être, comme aux Etats-Unis, unique*.

 

Gundam : Iron Blooded Orphans est l’une des rares séries à être disponible sur quasiment toutes les plateformes de simulcast.

 

Révolution ou régression ?

Alors que les éditeurs de simulcast se défendent souvent en rappelant que leur offre est en faveur des fans d’animation, en permettant de financer davantage une industrie qui leur est chère, il est regrettable de constater que le jeu des licences et des abonnements payants complique parfois davantage la diffusion et la publicité de certaines productions, tandis que le piratage avait à l’époque au moins l’avantage de rendre populaire les séries encore totalement inconnues du grand public occidental: une situation inconfortable qui a poussé certains éditeurs japonais comme le collectif DAISUKI à prendre les devants, en diffusant eux-mêmes, gratuitement, sur leurs propres plateformes de streaming, les séries qu’ils créent.

 

 

*Aux USA, le partenariat récent entre les deux éditeurs majeurs Crunchyroll et Funimation, permet désormais aux consommateurs d’avoir accès au catalogue commun aux deux éditeurs avec un seul et même abonnement.

A propos de Bruno C.

Etudiant en Master 2 Droit de l'Economie Numérique à l'Université de Strasbourg, titulaire d'un Master en Droit des affaires, mes passions dans les domaines des nouvelles technologies et dans les moyens modernes de communication renouvellent constamment mon intérêt pour le monde digital et ses évolutions.

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2 réponses

  1. Lukas~ dit :

    15 € par mois pour les trois plates-formes, faut pas pousser svp ! Si y en avait qu’une, le prix serait même supérieur puisqu’il n’y aurait aucune concurrence !
    Et la fusion de Crunchyroll et Funimation aux US c’est pas pour faire plaisir aux utilisateurs, c’est surtout pour faire face aux géants Netflix et Amazon qui arrivent sur le marché !

    Bref, un article bien traité, mais on sent ça sent un peu le mec frustré au final, alors que l’offre de simulcast n’a jamais été aussi alléchante et bien traitée qu’aujourd’hui.

  2. Bruno C. dit :

    Il serait intéressant de savoir combien de personnes en France peuvent se permettre de débourser la « modique » somme de 15 euros tous les mois pour regarder des dessins animés avec trois abonnements différents.

    Toujours est-il que dans notre pays, on demande aux consommateurs de payer trois fois plus qu’aux USA pour exactement le même contenu. Ce n’est pas de la frustration, juste la réalité.

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