L’Île aux Pokemons : pas d’ouverture de la saison de chasse

Que ce soit sur la toile, dans les médias, ou dans les conversations, impossible d’échapper au phénomène Pokemon Go. Bien que le buzz provoqué par la sortie du jeu s’essouffle, l’application de l’éditeur américain Niantic est loin d’entamer le déclin. En effet, le jeu conserve encore près de 30 millions de joueurs chaque jour et son plein potentiel n’a pas encore été déployé.

Du fait de l’état d’urgence, les demandes administratives de rassemblement ont peine à aboutir, notamment quand elles sont liées à des phénomènes de l’envergure de Pokémon Go. C’est à quelques jours de l’événement ” l’Île aux Pokemons ” que la décision s’est fait entendre : la Préfecture des Hauts-de-Seine a demandé l’annulation de l’événement.

Le premier rassemblement autorisé de Pokémon Go n’aura pas encore lieu

Malgré les dernières tentatives avortées de rassemblement et l’incompréhension du grand public pour ce jeu, les communautés de fans n’avaient pas baissé les bras. Le premier grand rassemblement gratuit n’ayant jamais eu lieu en France sur Pokemon Go, baptisé “L’Île aux Pokémons” devait en effet avoir lieu le 10 septembre prochain.

Avec actuellement 3100 inscrits et quasiment 8000 personnes intéressées sur l’événement facebook, les organisateurs prévoyaient des animations et concerts sur l’Île de Puteaux, dans ladite ville en banlieue parisienne, avec notamment une scène dédiée, ainsi que la fameuse “Chasse Géante Pokemon” tant attendue.

L’état d’urgence a apporté son lot de doutes sur la possibilité que l’événement soit annulé. En amont, Pokemon Go – Paris, co-organisateur, avait communiqué dès le 25 Août les diverses mesures de sécurité qui seraient mises en place et les conseils aux dresseurs pour que l’événement se passent dans la prudence et la bonne humeur

  • Interdictions : des sacs et bagages volumineux, des bouteilles et canettes extérieures à l’Île, des répliques d’armes et du stationnement dans l’espace dédié à l’événement.
  • Contrôles : de tous les visiteurs et de leurs sacs, de tous les médias et de leurs équipements, ainsi que des exposants. Toutes ces mesures visent à assurer la sécurité et rassurer les participants et les autorités.

Ainsi, ce dispositif a été présenté le mardi 30 août 2016 au matin devant la Préfecture des Hauts-de-Seine. Or, l’événement se déroulant sur un week-end chargé (fête de l’Humanité, match au Parc des Princes, etc) et dans le contexte actuelle en France, les moyens de sécurité disponibles n’ont pas été jugés suffisants pour pouvoir encadrer cette journée, malgré les mesures bénévoles prises par les organisateurs.

Comme le rappelle Pokémon France sur la page facebook de l’événement, il s’agit d’un report et un tel événement finira par voir le jour avec l’aval des autorités. La communauté Pokémon n’est pas connue pour baisser les bras !

Difficultés dues à l’état d’urgence

Le phénomène ne tient pas tant au jeu lui-même, quoi que sa création soit une avancée majeure pour les fans, mais tient à l’incroyable communauté que connaît la licence Pokémon. Si cette dernière est constituée depuis bien longtemps, l’application de Niantic lui a donné une valeur médiatique monumentale.

Ainsi, avant même la sortie officielle du jeu en France, les communautés de Pokémon Trash et de Pokémon-France avait prévu une chasse aux pokémons en collaboration avec Neokan Gaming pour réunir les joueurs au jardin du Luxembourg le 14 juillet.

Néanmoins, avec l’état d’urgence toujours en vigueur en France, la Préfecture de Paris et le Sénat ont demandé aux organisateurs d’annuler l’événement. Ainsi, c’est avec regret que les organisateurs titraient leur communiqué #PasDePikachuAParis en raison de l’État d’Urgence et de la sécurité. Au moins 6000 personnes étaient attendus pour ce rassemblement.

Bressolles en lutte contre le courant anarchiste Pokemon

Sans rassemblement ou demande administrative de la communauté, le 9 août dernier, le maire de Bressolles, dans l’Ain, Fabrice Beauvois a interdit l’implantation de “Pokémon” sur le territoire de sa commune. Le premier article de son arrêté est rédigé en ces termes : ” l’implantation virtuelle de personnages Pokemon est interdite sur l’ensemble du territoire de la commune de Bressoles”.

pixabay.com/fr

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Si certains des motifs ont leur fondement, une certaine incompréhension peut résulter de la lecture de l’arrêté. Il est encore possible de comprendre les motifs de risques liés à « l’inattention des piétons et conducteurs de véhicules visionnant leur téléphone » et à « la constitution de groupes » pendant la soirée et la nuit. Les réseaux sociaux regorgent d’anecdotes prouvant que les gens se regroupent effectivement en masse pour jouer.

Cependant, certaines mentions de l’arrêté donneraient le sourire si elles n’étaient pas si sérieusement écrites : “propagation contagieuse et anarchique du phénomène” Pokemon Go ” ou encore “addiction dangereuse que représente ce jeu vis-à-vis des jeunes populations”.

Ainsi, les arguments de sécurité laissent place à des motifs subjectifs et excessifs. Ils montrent non seulement le manque de compréhension de certaines autorités face aux nouvelles technologies mais de façon plus générale, ils reflètent bien la peur et la diabolisation des jeux vidéos auprès des individus qui n’ont aucune connaissance du domaine.

Cela rappelle étrangement l’image renvoyée par bon nombre de médias sur la communauté des gamers. Il est dommage que l’intention, certainement louable, et vraisemblablement compréhensible, du maire soit décrédibilisée par ses derniers motifs.

http://www.yzgeneration.com/la-maison-blanche-songe-a-interdire-les-jeux-videos-violents/videogames-meme/

http://www.yzgeneration.com/la-maison-blanche-songe-a-interdire-les-jeux-videos-violents/videogames-meme/

Le gouvernement s’investit pour protéger les écoles de l’invasion

A l’occasion de la rentrée des classes de 2016, la Ministre de l’Éducation Nationale, Najat Vallaud- Belkacem a sollicité une rencontre avec l’éditeur Niantic afin de limiter la présence de Pokemon Go dans les établissements scolaires.

Sans aller dans l’interdiction extrême du maire de Bressoles, le gouvernement souhaiterait que les pokémons rares du jeu ne puissent pas apparaître au sein des écoles, afin de ne pas gêner la  concentration des élèves.  Il est vrai que des individus extérieurs pourraient être tentés de s’introduire dans l’établissement afin de chasser. D’ailleurs, ce ne serait pas la première fois que le jeu provoque de telles anecdotes.

Bien entendu, le jeu reposant sur la géolocalisation et la cartographie, il n’est pas possible pour l’éditeur d’exclure de lui-même tous les établissements français. Cependant, les directions d’établissements pourraient faire une réclamation individuelle par un formulaire adressé à Niantic.

Il faudra attendre les prochains jours si Niantic répond à la demande du gouvernement et sous quelle forme.

A l’international

Les autorités françaises ne sont pas les seules à intervenir face au phénomène, loin de là. Ainsi, l’Iran a tout bonnement interdit le jeu sur l’intégralité de son territoire pour des raisons de sécurité.

Dans une moindre mesure, les autorités japonaises ont appelé à la plus grande prudence et ont demandé aux utilisateurs de ne pas s’approcher de zones dangereuses, telles que Fukushima. Effectivement, certains joueurs téméraires n’hésitent pas à s’aventurer dans des zones à risques, mêmes interdites lorsque des Pokemons y apparaissent.

L’histoire qui avait mis en avant ce nouveau danger a fait le tour des réseaux sociaux. En Bosnie-Herzégovine, selon l’association anti-mines Posavina bez mina, des chasseurs Pokémon s’aventuraient dans des périmètres minés malgré les alertes et les interdictions.

A l’inverse à Anvers en Belgique, les autorités ont soutenu la politique Pokemon et l’attrait de ses citoyens pour le phénomène. Lors d’un rassemblement dans une des rues commerçantes de la ville, plutôt que de disperser la foule, les forces de l’ordre ont bloqué la circulation afin de permettre à la chasse aux pokémons de se dérouler en toute sécurité. L’absence d’état d’urgence en Belgique empêche une réelle comparaison avec son voisin français mais il n’est plus à prouver qu’en ce moment, le gouvernement n’est pas dans la meilleure phase de compréhension de ses citoyens chasseurs de Pokemon.

 

2016-04-24 Claire-1Claire Gimenes

Etudiante en Master 2 Gestion et Droit de l’Économie Numérique à l’Université de Strasbourg, je souhaite participer au développement du droit lié à l’émergence des nouvelles technologies.

 

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