Le Self Data : la réappropriation des données par l’individu

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« 2016, l’an 1 du Self Data. A travers le pilote MesInfos, les organisations partenaires restitueront leurs données à leurs clients et usagers, de manière pérenne, pour qu’ils en fassent ce qui a du sens pour eux. »  C’est avec ces quelques mots que le site MesInfos se présente de façon ambitieuse; digne représentant français du Self Data.

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(Source : http://mesinfos.fing.org)

 

Le Big Data perturberait la protection de vos données personnelles, même si les deux notions ne sont pas si inconciliables que cela, surtout avec l’arrivée du règlement européen sur la protection des données personnelles.

Qu’est-ce que le Self Data ?

Mais comment permettre à l’utilisateur de contrôler totalement ses données personnelles sans risque ?  Le concept Self Data pourrait répondre à cette question. Ce nouveau concept se base sur le partage des données sous le contrôle des individus décidant pour quels services ils sont prêts à autoriser l’usage de leurs informations. Il se définit par le fait que l’utilisateur se réapproprie ses données personnelles : c’est en fait une co-proproriété avec l’entreprise qui traite et collecte les données où l’utilisateur devient administrateur de ses données.

La FING : représentant français du Self Data 

Une expérimentation du Self Data a lieu en France depuis quelques années autour du projet MesInfos. Les individus ne retirant rien du phénomène de Big Data de leurs données personnelles, voire se trouvant démunis face à ça; ils vont bientôt pouvoir être rassurés. En effet, le Self Data pourrait résoudre ces problèmes de données personnelles.

Ce mouvement, lancé par la Fondation Internet Génération (FING) avec le projet MesInfos vise à explorer la production, l’exploitation et le partage de données personnelles par les individus qui vont récupérer un contrôle sur leurs données. Son but pour l’individu ? « mieux se connaître, prendre de meilleures décisions, évaluer leurs décisions passées, se faciliter la vie » estime Daniel Kaplan, délégué général de la FING.

Au Royaume-Uni, par exemple, a déjà eu lieu une expérimentation du même genre avec le projet MiData. La FING a rassemblé diverses entreprises pour le projet telles que des banques, des assurances ou encore des startups, des acteurs publics, des chercheurs, des juristes de manière à explorer les opportunités offertes par le partage des données personnelles entre les individus et les organisations.

Phases expérimentales et tests sur les individus et les entreprises 

La première phase expérimentale a lieu en 2014 sur 8 mois où des individus testeurs ont accepté de récupérer leurs données personnelles détenues par des entreprises dont ils sont clients : Intermarché, Orange, AXA avec une multitude de données (achats, communication, bancaires, assurance…) déposées dans une plateforme sécurisée de cloud mise en place par la startup Cozy Cloud. S’en suivait donc une phase de contrôle et de responsabilisation des données par l’individu avec une possibilité de pouvoir en retirer certaines et de choisir l’accés d’autres à certaines entreprises. Actuellement, de nouvelles phases plus spécifiques ont lieu sur deux projets thématiques : MesInfos Energies et MesInfos Santé.

Cela recouvrirait toutes les données personnelles dont l’usage peut fournir une information utile aux individus. L’expérimentation a démontré que c’est au travers de services et d’applications qu’il sera possible de percevoir la valeur d’usage, permettant de répondre aux attentes de consommateurs.

Opportunités, défis et risques 

De manière concrète, cela pourrait transformer la relation entre les individus et les entreprises puisqu’on va partager les données personnelles. On parle désormais de Vendor Relationship Management (VRM)  qui défend l’idée selon laquelle le client peut devenir lui-même trader de ses données ou gérer lui-même les usages qu’il souhaite en faire, renversant ainsi le paradigme du CRM (Customer Relationship Management) dans lequel toutes les données des clients sont centralisées et gérées par l’entreprise.

Les modèles du VRM et donc du Self Data offrent de réelles opportunités pour le futur, comme l’amélioration de la qualité des bases de données marketing que les clients mettent à jour eux-mêmes, la création de nouveaux services qui sont une opportunité de croissance ou encore l’ajout de confiance et de fidélité dans la relation client. L’individu est acteur de ses données, il ne pourra plus se trouver fiché. Il faut cependant nuancer cela avec certains risques ou défis comme l’intelligibilité du projet, la valeur économique du Self Data ou encore la sécurité des données. Daniel Kaplan souligne aussi un défi juridique et se demande « comment faire en sorte qu’un monde de «Self data» fournisse aux individus à la fois plus de pouvoir et plus de sécurité, sans créer d’incertitude juridique pour les organisations ? »

Quel futur pour le projet ? 

La prochaine étape du projet MesInfos est de faire vivre une «communauté Self Data en connectant grandes et petites entreprises, chercheurs et acteurs puis en décloisonnant les petites communautés d’innovateurs qui travaillent dans des domaines proches (…) » selon Daniel Kaplan.

Le but serait d’aller vers une économie du consentement, plus saine et plus transparente; cela constitue une vraie valeur ajoutée et enlèverait de nombreux risques pour la vie privée de l’individu, puisqu’il contrôlera tout. Attendons donc de voir si cette expérimentation Self Data, ambitieuse et prometteuse, pourra rivaliser avec le phénomène au caractère unilatéral du Big Data.

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Charles-Antoine Jaubert – Etudiant en Master 2 Droit de l’économie numérique à l’Université de Strasbourg. Juriste, passionné par le droit des nouvelles technologies et les questions relatives aux données personnelles, propriété intellectuelle, réseaux sociaux, médias et musique en ligne

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