Le revenu de base, un moyen de s’adapter à la robotisation de la société !

Aussi connu sous le nom de revenu universel, de revenu inconditionnel ou encore de revenu d’existence, le revenu de base est un concept très ancien qui a longtemps été cantonnée aux débats intellectuels, mais qui séduit depuis quelques années, de plus en plus de partis politiques et de mouvements citoyens. Si certains l’ont déjà (partiellement) adopté, d’autres, comme la France, sont en train de sérieusement l’envisager. Simple délire émanant de la pensée utopiste d’un petit nombre ou réelle solution pour permettre de s’adapter à l’évolution de nos sociétés, et notamment à l’indéniable robotisation et ubérisation de celles-ci ?

 

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I. Le revenu de base : Explications

Même si cela peut paraître surprenant, l’idée de l’instauration d’un revenu de base est loin d’être nouvelle, celle-ci ayant déjà été envisagé dès le 16ème siècle. Cependant, à cette époque, elle correspondait à une indemnisation versée à tous, financée par une taxe applicable aux propriétaires afin de compenser l’appropriation de la terre par certains au détriment d’un « droit naturel que détiendraient tous les hommes sur la terre ».

Même si cette idée a traversé les époques, à l’heure actuelle, les considérations qui fondent la mise en place d’un tel revenu ne sont plus exactement les mêmes (bien qu’elles divergent considérablement en fonction des inspirations politiques de ceux qui la défendent…) mais son principe reste à peu près inchangé puisqu’il s’agit, selon la définition du Basic Income Earth Network, d’un « revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation de travail » (autrement dit un revenu distribué de manière inconditionnelle à l’ensemble des citoyens et cumulable avec d’autres revenus).

Cependant, lorsque l’on étudie le revenu de base d’un peu plus près, l’on s’aperçoit qu’il n’existe pas une vision unique de celui-ci, ce qui explique que cette idée soit soutenue par des personnes d’horizons (et, de facto, de pensées) très divers (voire même diamétralement opposés, la vision marxiste et la pensée libérale s’accordant toutes deux à promouvoir la mise en place d’un tel revenu). Ainsi, dans l’horizon politique français, l’on constate que dans tous les bords l’idée est (ou a été) défendue : de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par les Verts avec Eva Joly, à la droite avec Dominique de Villepin…

Dans tous les cas, comme l’explique le Conseil National du Numérique (CNNum) dans son rapport remis au début de l’année au gouvernement, « les différences entre ces dispositifs relèvent plutôt des finalités ou des montants envisagés, qui vont de l’équivalent du RSA jusqu’à […] 1000 euros par mois ». Toujours est-il que l’une des volontés commune à tous ceux qui soutiennent le revenu de base est celle d’adapter nos sociétés aux phénomènes de robotisation et d’ubérisation qui frappent celles-ci.

 

II. Le revenu de base : une manière de s’adapter à la robotisation de la société

Outre le fait que ce revenu de base tente de résoudre une double préoccupation de notre époque que sont la persistance du chômage de masse et la montée des inégalités, il a aussi vocation à anticiper la future, mais certaine, robotisation de nos sociétés. En effet, dans un rapport (remis au gouvernement français le 6 janvier 2016) rédigé par le CNNum, ce dernier affirme la nécessité de repenser le travail et la protection sociale dans un contexte où, « dans l’hypothèse d’un remplacement du travail humain par des machines », le système actuel ne serait plus adapté…Ainsi ce rapport évoque l’idée, notamment pour mieux protéger les salariés face aux bouleversements numériques du monde du travail, d’un revenu qui serait assuré par l’État pour tous les Français, qu’ils aient ou non un travail (un revenu de base en somme) avec comme objectif principal de rationaliser le système d’aides et de permettre aux nouveaux travailleurs indépendants d’être mieux protégés.

Force est de constater que l’évolution récente mais rapide de nos sociétés pousse de plus en plus d’Etats à réfléchir à l’instauration d’un revenu de base. En effet ces derniers sont conscients que l’émergence fulgurante et intense de l’économie numérique (et avec elle, de l’économie dite collaborative) impliquera de fortes modifications dans les marchés du travail des pays développés : l’automatisation des tâches va entraîner la disparition progressive des qualifications intermédiaires (selon un rapport, 3 millions d’emplois en France pourraient être détruits par la numérisation à l’horizon de 2025 !).

Dès lors, l’instauration d’un tel revenu est perçu par ses défenseurs comme l’arme ultime pour lutter contre tous les maux actuels dont souffrent nos sociétés, et notamment l’ubérisation et la robotisation de ces dernières. En effet dans une économie où les connaissances s’acquièrent de plus en plus en dehors des heures effectives de travail et où s’inventent, grâce aux technologies numériques, de nouvelles formes d’organisation du travail, il apparait nécessaire de trouver de nouvelles formes de partage de la valeur. Reste à savoir si la mise en œuvre d’un revenu de base constitue une solution sérieusement envisageable pour répondre à ces problématiques…

 

III. Quel avenir pour le revenu de base ?

Actuellement le revenu de base n’a jamais été mis en œuvre de façon totale et pérenne, à l’échelle nationale, dans un pays développé, ce qui constitue d’ailleurs l’une des critiques majeures de ses détracteurs. Dans le passé seules des expériences limitées ont été conduites en Namibie et dans des villages ruraux de l’Inde, et dans les années 1970 aux États-Unis. Cependant, plusieurs villes (voire pays) sont en passe de devenir des « villes tests » afin qu’il soit possible de prendre pleinement conscience des conséquences de la mise en œuvre d’un tel revenu. Ainsi, par exemple, en Suisse, une initiative populaire devrait conduire en juin à un référendum sur un revenu inconditionnel de 2300 euros par mois pour tous. De même, en Finlande, l’on prévoit l’expérimentation d’un revenu de base de 800 euros par habitant dès 2017. Plus largement encore, en Europe, une « initiative européenne pour le revenu de base » a été lancé en 2013 et achevé en 2014 avec 300.000 signatures. Enfin, au niveau mondial, l’organisation « Basic Income Earth Network » fondée en 1986 lie les défenseurs du concept à travers le monde, et ces derniers sont relativement nombreux.

Toutes ces initiatives permettent de prendre conscience qu’il s’agit d’un mouvement qui tend à s’accélérer tant au niveau national qu’au niveau international. Et quoi que l’on en dise, malgré le peu de cas de mise en œuvre effective de ce revenu de base, tous les chercheurs qui ont étudié les applications de celui-ci en font un bilan positif arguant que la désincitation au travail a été faible et que les travailleurs ont mieux vécu, et les étudiants mieux réussi.

Malgré les effets positifs du revenu de base, mis en avant par ces recherches, les clivages ressurgissent dès que l’on évoque la mise en œuvre, le montant et le financement de ce revenu. Relativement faible et financé par un redéploiement des allocations existantes pour les libéraux ; ou, au contraire, suffisant pour vivre dignement et financé par une forte hausse des prélèvements obligatoires pour les anticapitalistes. Dans le rapport remis au gouvernement, plusieurs propositions sont ainsi évoquées : une augmentation de la fiscalité pour financer le revenu de base, la suppression de tout un ensemble d’allocations, la taxation du chiffre d’affaires des entreprises… Autant dire que la question du financement d’un revenu de base ne semble pas prête d’être résolue, ce qui constitue, là encore, l’un des principaux argument de ses détracteurs.

Ainsi, le revenu universel, qui suscite presque autant de fantasmes que d’interrogations, est bien loin de faire l’unanimité (même si selon un sondage Ifop, 60% de Français y seraient favorables), et risque dans les années à venir de faire l’objet de nombreux débats !

WYWYDRA_Alexis_PHOTO_2015DRA Alexis

Étudiant en Master 2 de Droit de l’Économie Numérique à la Faculté de Droit, de Sciences Politiques et de Gestion de Strasbourg, et membre actif de l’association MédiaDroit.

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